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Modestie ou gesticulation: Où est le débat?

Publié le 18 novembre 2007 par David Orbach
Article paru
dans la revue d'architecture Archicool.
dans le blog du Moniteur "Equerre d'argent 2007 : le débat"
De la controverse née des résultats de l’édition d'architecture 2007 de l’Equerre d’Argent, le reproche sous-jacent fait aux architectes, on le comprend bien, est que l'architecture "modeste" est morale, économe, raisonnable, vertueuse en un mot; quand celle de "gesticulation" est le gaspillage inutile et coûteux de l'égo-surdimensionné-de-l'architecte (pléonasme). Nous le vivons tous les jours. Lors de la construction, tout matériau inhabituel est trop cher, tout balcon habitable est suspect, toute couleur est criarde, toute fenêtre est trop grande. Restons modestes.
Parce qu'enfin que demande-t-on dans le fond ici aux architectes ? Une architecture audacieuse pour quelques grands édifices publiques d'exception (la Grande Bibliothèque, le Stade de France, l'Opéra, etc.); et le reste des constructions doit être banal, éprouvé, sans intérêt particulier, ce que l'on appelle parfois une "architecture d'accompagnement". Bon.
En réalité le problème est ailleurs. Nous architectes ne cherchons ni la modestie, ni la gesticulation, mais l'expression. Qui n'entend pas partout les gens se plaindre et avec raison que leur quartier est défiguré par l'architecture d'aujourd'hui? Et bien accompagnons pour une fois ces personnes et regardons avec elles les immeubles incriminés. Le balcon trop petit ne sert qu'à la parabole. L'entrée est déprimante. Les pièces sont sombres. Les matériaux se décollent. L'ensemble est triste, triste, triste, qui a envie de ça? Si l'on vous demande quelle est votre couleur préférée, allez-vous répondre le grisâtre? le beigasse? Alors pourquoi devons-nous couvrir la France de ces bâtiments qui ne plaisent à personne? Il nous faut un Ministère de la Joie, nous sommes extrêmement sérieux. Cela permettrait au moins de mettre la question de la gaieté architecturale sur la table, pour commencer. Il est aussi important pour un édifice de répondre aux normes techniques que de créer de la surprise, de l'émotion, du plaisir. Cela ne devrait pas être une question esthétique mais sociale, de l'affaire de tous car tout le monde a besoin d'être heureux. L'architecture contribue naturellement à ce bien-être puisqu'elle est le lieu-même de notre vivre ensemble, et elle n'est pas qu'une question de chaudière qui fonctionne et du nombre de vitrages aux fenêtres. Si le bonheur est dans le pré, ce serait chouette qu'il le soit aussi en ville. Cela tomberait bien puisque nous y sommes.
Hélas! les méfaits de l'ennuyeux et du sinistre ne sont pas chiffrables. Aucune ligne dans les Plans d'Occupation des Sols ou les PLU, ne demande jamais de faire un édifice agréable. Personne ne s'en préoccupe donc. Sauf l'architecte. S'il en a le courage. Ou les moyens. Faut-il rappeler ceci? L'ennui naquit de l'uniformité. Au lieu de ce prix de "l'Equerre d'argent", récompensons plutôt l'architecture qui "éclaire les gens". Ne serait-ce pas mieux ?

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