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Sénégal : angoisses et questionnements

Publié le 05 mars 2010 par Francisbf

Trois mois. Ca va faire trois mois que je suis au Sénégal, et les paniques qui pouvaient me prendre par moments ont enfin disparu.

Mais ce n'est que pour laisser la place à une perpétuelle terreur, dans laquelle je vis. Une angoisse routinière. De celles qui vous rongent petit à petit. Mais je dois tenir. Je dois vivre avec mes peurs.

Je dois me faire à l'anxiété renouvelée tous les jours de ne pas avoir de monnaie, et de ne me trimballer que des grosses coupures. Comment voulez-vous filer un pourboire de cent balles à quelqu'un quand vous n'avez que des biffetons de dix mille dans votre poche ? Comment voulez-vous vous payer un thé quotidien à cinquante balles quand le paiement de votre repas ne vous laisse qu'avec des pièces de 500 au mieux ? Ca me bouffe tous les jours.

Comme les moustiques. On croit qu'on va s'y faire, mais non. Tous les jours, à chaque minute, ils sont là. Pendant que j'écris cette note, ils volent devant mon écran. Sous ma moustiquaire, je crois les sentir se poser sur ma peau, et j'allume la lumière, et ils ne sont pas là, et quand j'éteins, ils me bourdonnent aux oreilles. C'est inhumain. Intenable.

Intenable comme le suspense de savoir si le courant ne va pas être coupé pendant qu'on se regarde un épisode de Chuck sur le vidéoprojecteur. Avec des coupures qui ont repris depuis la fin de la Coupe d'Afrique des Nations, et qui ne finiront qu'avec « la réélection de Wade en 2012 », selon le directeur de la Sénélec, et qui peuvent durer des heures, on n'est jamais sûr qu'on ne va pas faire sauter l'ampoule à 1000€ du projecteur.

Sans compter l'arrêt des téléchargement que ça entraîne. On se retrouve tout perdu dans un monde cruel, perdu dans un pays où volent les vautours au-dessus des autoroutes squattées par les zébus.

Mais il y a pire que tout ça. Ce sont des choses inévitables, après tout.

Le pire, c'est quand il y a des choix à faire. Le pire, ce sont les dilemmes.

J'ai un paquet de biscuits fourrés chocolat d'une marque, et un paquet d'une autre marque, et j'aimerais bien pouvoir les comparer, parce que cette décision va conditionner les achats de biscuits fourrés au chocolar des prochains mois.

Le problème, c'est que je n'ai que ces paquets pour tenir la semaine.

Et que je ne peux pas ouvrir les deux paquets en même temps, parce que les biscuits deviennent tout mous une fois le paquet ouvert.

Et comparer des biscuits à deux jours d'intervalle, ce n'est pas sérieux. On n'est pas dans le même état d'esprit, d'hydratation, de faim...

Je pourrais comparer le dernier biscuit du premier paquet ouvert avec le premier du deuxième paquet, mais le premier ne sera plus bon, vu que ça me prend quelques jours à finir un paquet.

Je serai donc réduit à tester un biscuit dans son meilleur état à un dans son moins bon. Et bien que je mange des biscuits dans leur moins bon état, je veux pouvoir juger dans leur meilleur état de forme.

Je ne sais plus quoi faire. Vous êtes mon seul espoir. Aidez-moi.

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