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Otages de bien bas étage

Publié le 19 novembre 2007 par Jotbou
Réflexion

l y a quelques jours, la seconde grande grève nationale a commencé, paralysant en majorité les moyens de transport publics. Et comme dans pareilles situations, l’ensemble des journaux se sont faits écho de tous les mécontentements des usagers quotidiens. Usagers qui n’avaient à la bouche que le mot “Otage”…

Je n’ai pas noté ce type de réflexion dans un seul journal télévisé mais plutôt sur l’ensemble des chaines. Et cela m’a passablement énervé puisque l’usage de ce mot dans de pareilles situations est totalement inapproprié. Pour mémoire, voici la définition générique fournie pour le mot “otage“.

Et à cela, il faut le mettre en parallèle de son usage qui en est fait dans le cas des grèves. Alors, qui est le preneur d’otage ? En quoi leurs vies sauves sont elles tributaires d’une décision ? L’ensemble de leurs libertés individuelles leurs sont elles retirées ?

Un otage, c’est par exemple Ingrid Betancourt, les infirmières bulgares etc. et pas des milliers d’usagers privés de l’utilisation de transports en commun. Ces personnes sont d’avantage incommodées, dérangées, perturbées par ce mouvement social, c’est tout.

Et pourtant, dans l’ensemble des médias ce type de commentaires est très largement diffusé sans aucun recadrage. Ceci semble passer pour normal alors que non. La parole du public, qui est depuis plusieurs années de plus en plus utilisée n’est en aucune manière sacrée ! Et lorsqu’elle se trompe, il serait agréable d’en faire la remarque. Notamment dans des situations où la clarté des propos et des engagements est demandée de part et autres, je trouve la négligence flagrante.

D’ailleurs, cette utilisation totalement erronée d’un mot à la place d’un autre emmène avec elle de nombreux dérapages possibles dans la perception des choses. Car, lorsque l’on qualifie les ouvriers privés de transports “d’otages“, comment peut on par la suite justifier le statut d’un véritable otage retenu dans des conditions abominables, lorsque l’on donne une signification moindre à ce même mot ! Bien sûr, tout un chacun possède son propre jugement et sera (je l’espère) y faire un distinguo.

Mais c’est à plus long terme que l’on peut s’interroger sur cette pratique de regroupements des sens en un mot. Dans le livre “1984” de Georges Orwell (merci Hebus), cette pratique est appelée novlangue, et les perspectives associées ne sont pas réjouissantes…


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