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Gérard Longuet ne veut pas de Malek Boutih à la Halde : racisme ordinaire décomplexé au plus haut niveau de l’Etat

Publié le 11 mars 2010 par Kamizole

gerard-longuet-derapage-raciste.1268271608.jpgChassez le naturel, il revient au galop ou par la fenêtre. Si vous ne connaissez pas la brillante carrière de Gérard Longuet à l’extrême droite, je vous invite à lire l’article que lui consacre Wikipedia. Il a beau s’être acheté une respectabilité et être fort ami de Nicolas Sarkozy – c’est fou ce qu’il entretient de liens d’amitié avec d’anciens fachos ! – le fond reste le même. Il y a déjà quelques mois, le sociologue Didier Lapeyronnie remarquait dans une interview à 20 minutes qu’en matière de Racisme ordinaire «La parole s’est décomplexée au plus haut niveau de l’Etat»…

C’est encore pire aujourd’hui ! Le nauséabond débat sur l’identité nationale – dans une perspective purement électoraliste : conquérir les derniers bastions de l’électorat lepéniste – et le «gros rouge qui tache» réclamé par Nicolas Sarkozy dans le même but sont responsables du climat franchement délétère et nauséabond de la campagne électorale où de dérapages en scandales nous aurons bu la coupe jusqu’à la lie.

Il fut un temps où, même n’en pensant pas moins, les personnalités politiques de haut niveau se fussent plutôt mordu la langue jusqu’au sang que de proférer le moindre propos raciste ou xénophobe. Ils laissaient cela à des individus comme Le Pen. Le souvenir de la barbarie nazie contre les juifs était encore trop présent. Ce n’était hélas ! qu’un simple vernis et l’on a pas parlé pour rien de lepénisation rampante des esprits. Le vernis, à force de s’écailler a fini par laisser le bois à nu et nous en voyons aujourd’hui les plus mauvaises veines.

Je trouve toutefois rassurant que chaque dérapage raciste ou xénophobe, déclenche une telle levée de boucliers. Tout ce que touchent Sarko & consorts fait scandale et polémique. Bien entendu, ce n’est pas toute la France qui se dresse sur ses ergots – coq oblige ! – mais quand même une part significative qui refuse que nous nous laissions entraîner dans cette atroce logique qui rappelle les heures les plus sombres de l’entre-deux-guerres et du Régime de Vichy. Refuse la résignation passive du troupeau de «Matin Brun» de Franck Pavloff ou du «Rhinocéros» de Ionesco. T

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Or donc, Malek Boutih serait pressenti pour remplacer Louis Schweitzer à la tête de la Halde (haute autorité contre les discrimi-nations, laquelle serait d’ailleurs menacée dans son indépendance selon un article du Monde que je n’ai pas encore eu le temps de lire). Ce qui n’a pas l’heur de plaire à Gérard Longuet qui veut un président de la Halde issu du “corps traditionnel français” ais-je lu tout à l’heure dans Le Monde. Drôle de périphrase ! Pensait-il faire illusion ?

Je trouve plutôt amusante une de ses remarques : “La Halde, cela veut dire que c’est la France qui s’ouvre aux populations nouvelles. Schweitzer, c’est parfait ! Un vieux protestant, parfait ! La vieille bourgeoisie protes-tante, parfait !”… Cela signifierait-il qu’au temps de l’Affaire Calas, il eût été de ces catholiques qui ne manquèrent pas d’approuver la condamnation à mort de Jean Calas, accusé à tort du meurtre de son fils Marc-Antoine au prétexte controuvé qu’il s’apprêtait à abjurer la religion protestante ? Ce qui est proprement ridicule puisqu’un autre de ses frères l’avait déjà fait. C’est à cette occasion que Voltaire qui s’est dépensé comme un beau diable pour faire réhabiliter Jean Calas écrivait en conclusion de chacune de ses nombreuses lettres : «Criez et faites crier»… Contrairement à ce qu’avancent certains, Voltaire s’il professait la tolérance en matière religieuse, n’était nullement incroyant comme en témoigne sa correspondance avec un de ses anciens professeurs jésuite.

La thèse avancée par Gérard Longuet est proprement ridicule. Selon lui, il faudrait que ce soient des Français de longue date – fussent-il issus d’une immigration antérieure, Italiens ou Marocains nombreux en Lorraine… tu parles ! – qui fassent l’effort de s’ouvrir à l’extérieur : “Si vous mettez quelqu’un de symbolique, extérieur, vous risquez de rater l’opération”

Que Malek Boutih soit une personnalité “symbolique” nul ne saurait le contester d’autant qu’il a été président de SOS-Racisme. Mais je réfute totalement le terme “d’extérieur”… J’ai consulté sa fiche sur Wikipedia qui m’apprend qu’il est né en 1964 à Levallois-Perret (tiens ! comme moi…) et le présente à bon droit comme “un homme politique français”… Point barre.

Derrière les circonvolutions langagières de Gérard Longuet se cache à l’évidence une conception toute racialiste de la francité que je ne peux m’empêcher de rattacher à la pensée d’un Gobineau – dont Hitler tira matière dans Mein Kampf – dans son «Essai sur l’inégalité des races» et qui s’est exprimée – au grand étonnement des journalistes américains ! – lors des débats sur l’identité nationale : certaines personnes prétendant qu’il fallait au moins être français – par ses deux parents ! - depuis au moins 8 générations pour pouvoir se revendiquer Français.

A ce compte-là, je ne le suis pas puisque ma mère était Ecossaise. Pourtant, je me sens tout à fait Française. Par la langue – dont je défends avec acharnement le bon usage – et la culture, le goût de l’histoire, sans oublier les bons vins et fromages, l’esprit rebelle du peuple. Une certaine idée de la grandeur de la France que Nicolas Sarkozy ne cesse de fouler aux pieds. La beauté sans cesse renouvelée des paysages quand je traverse la France. La Résistance de mes parents. Tant de choses…

Sans oublier l’Ecole de la République, farouchement laïque, qui m’a formée. Certes, tous apprenaient «nos ancêtres les Gaulois» quelles que fussent leurs origines mais cette école intégrait tous les enfants et je n’y ai jamais connu aucune discrimination.

Enfin, Gérard Longuet fait injure aux qualités morales et intellectuelles de Malek Boutih tout en déclarant qu’il est “un homme de grande qualité mais ce n’est pas le bon personnage” pour la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité… Tiens ! donc… tout ça parce qu’il ne serait pas «issu du corps traditionnel français» ?

Les seules questions qui devraient se poser portent précisément sur la capacité de Malek Boutih – ou de n’importe quelle autre personnalité – à exercer une telle fonction qui demande à l’évidence beaucoup d’impar-tialité. Sur le plan de la formation intellectuelle, je constate – toujours sur Wikipedia – qu’après avoir fait des études de droit à Nanterre, il a suivi la formation de l’Ecole supérieure de journalisme de Paris. Il est par ailleurs membre du Conseil économique et social.

Sauf à penser qu’il ne s’occuperait des discriminations que sur le plan du racisme et plus spécialement à l’égard des seules personnes d’origine maghrébine, lors même que nous savons que Malek Boutih est très libre voire iconoclaste dans ses propos où l’on ne trouverait aucun copeau de “langue de bois” - ne va-t-il pas jusqu’à affirmer qu’il éprouve de l’estime pour Nicolas Sarkozy ? je suis souvent d’accord avec ce qu’il dit mais là, que l’on ne me demandât point de partager son avis ! - Gérard Longuet lui fait un fort mauvais procès. Il fait même preuve d’une discrimination qui en toute logique relève précisément de… la Halde !

:)

Malek Boutih a de la constance… en cherchant une photo sur Google, je tombe sur un article de… mon blog ! Malek Boutih se voyait déjà en haut de l’affiche qui date de 21 décembre 2008, faisant état d’un article du Monde.


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