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Muriel Robin : “J’ai besoin d’être désirée”

Publié le 07 mars 2010 par Mameriniak

Dans ce téléfilm rythmé par les musiques de Catherine Lara, on retrouve aussi Annie Gregorio en infirmière. Vous aimez être entourée de vos proches pour travailler ? (Elle rit). Il se trouve qu’elles sont mes meilleures amies et qu’elles ont beaucoup de talent. Alors autant en profiter ! Si Annie était une mauvaise comédienne, nous ne l’aurions pas choisi avec Josée. Idem pour Catherine…

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Sa voix est posée et douce, son oreille attentive. Muriel Robin va mieux. Apaisée, elle évoque son rôle sur TF1, ses projets et surtout son après-burn-out. Sorte de dépression puissance mille, cet état a engendré chez elle un épuisement émotionnel et la perte de toute estime d’elle-même. C’était il y a trois ans. Aujourd’hui, l’humoriste et comédienne en est guérie. Et elle voit la vie presque en rose.
FRANCE-SOIR. Ce rôle de Juliette a été écrit pour vous par Nicolas Bedos. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
MURIEL ROBIN.
Je le connais depuis qu’il a douze ans. J’ai d’abord pratiqué le père (NDLR : elle a partagé un spectacle avec Guy Bedos en 1992), et quand j’en ai eu marre, j’ai eu envie du fils (rire). J’aime beaucoup ce rôle de Juliette car c’est une héroïne de tous les jours qui joue les amnésiques pour remettre les pendules à l’heure dans sa famille. Elle veut que son mari et ses enfants se débrouillent sans elle… Et personne n’en meurt !
Ne vous ressemble-t-elle pas, cette Juliette qui ne sait pas dire non ?
Si ! Elle se fabrique un petit burn-out pour dire que la machine ne marche plus. Il y a quand même une différence majeure : Juliette a construit une famille autour d’elle, pas moi…
Regrettez-vous de ne pas avoir eu d’enfants ?
Je n’étais pas prête pour en avoir car j’ai été mon propre enfant pendant très longtemps. Depuis, je me suis rééduquée de l’intérieur, mais il est un peu tard. Ce n’est pas un problème. Vraiment… Ma vie est comme cela. J’ai fini le gros du boulot avec moi, donc je profite.
Que s’est-il passé exactement ?
Je commençais à me dire : « J’en ai marre », puis la machine a lâché. Alors pour se reconstruire, il faut penser à soi, être égoïste. J’ai un nouveau personnage dans ma vie, c’est moi.
Comment fait-on pour guérir ?
Il ne faut plus faire semblant et enlever tout ce qui ne convient pas : les gens, les objets, les projets. En gros, arrêter de vouloir que tout fonctionne. Par exemple, j’ai cessé de fumer. Je n’ai plus besoin de cette petite mort. Aujourd’hui, je fais du sport, je me sens bien dans mon corps et ça change tout.
S’occuper autant des autres cache-t-il un désamour de soi ?
Consciemment ou inconsciemment, j’ai fait cela pour être aimée, pour me déculpabiliser aussi de n’être pas trop mal servie par la vie. Petite, j’ai été aimée mais on ne me le montrait pas. Sans parler de mes problèmes de poids. C’est sans doute pour ça que je n’ai pas confiance en moi.
Votre maman est décédée de la maladie d’Alzheimer. Il y a peu de recul sur cette pathologie, mais la question de l’hérédité se pose. Y songez-vous ?
De temps en temps. Si ça doit arriver, ça arrivera. Chaque année, je fais un check-up complet, je veux savoir pour soigner au plus tôt. Je connais ma chance d’être en bonne santé. Encore récemment, des médecins ont décelé des métastases dans la colonne vertébrale d’une de mes amies. Elle a 47 ans ! Alors que faire à part pleurer ?
A quand votre retour sur scène ?
Ce sera pour l’année prochaine. J’ai hésité, mais j’ai laissé la place pour les tournages. J’ai en projet de produire une émission télé dans laquelle il y aura beaucoup de choses, dont du Muriel comme avant. Et nous réfléchissons à une autre comédie avec Nicolas Bedos.
N’est-il pas frustrant que les propositions de tournage arrivent alors que vous avez 55 ans ?
Il faut être patient. Je ne suis pas la même femme qu’il y a vingt ans. Mes mâchoires sont desserrées et ce n’est pas par hasard que les rôles arrivent aujourd’hui. Il faut se donner les moyens de se rapprocher de ses rêves. Une comédienne a besoin d’être désirée.
Cela n’a pas toujours été le cas ?
Dans Les Visiteurs 2, j’ai été à chier ! Le metteur en scène (Jean-Marie Poiré) ne me désirait pas. Je remplaçais quelqu’un qu’il aimait (Valérie Lemercier). J’ai été très malheureuse sur ce tournage et je me demande encore aujourd’hui pourquoi j’ai fait ce film.
Vous avez récemment mis au grand jour votre relation avec Anne. Pensez-vous que cela peut aider des personnes à s’assumer ?
Inévitablement. Mais l’afficher n’était pas pour autant une libération. A un moment, les choses sont en place, simples. Juste normales.
Comment occupez-vous votre temps libre ?
Je cuisine. C’est un acte d’amour. Comme j’aime bien manger de très bons produits et faire des plats pas trop gras, je m’organise : j’ai mes fiches, mes classeurs, j’ai tous les ustensiles possibles et inimaginables. Jeter un oignon dans un peu d’huile d’olive, ça m’émeut. Ça me rappelle le bruit et l’odeur de mon enfance.
Etes-vous croyante ?
Disons que je trouve le divin dans la nature. Il y en a beaucoup en Corse. Cette île m’apporte de la quiétude. J’y ai trouvé ma terre. Si on m’embête trop, j’irai là-bas, dans une cabane, avec ma petite Anne.
Après toutes ces épreuves, une nouvelle vie commence. Dans votre tête, vous avez quel âge ?
Pas encore vingt ans (rire).


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