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Avant le 12 janvier, la République était-elle malade ?Auj...

Publié le 13 mars 2010 par 509
Avant le 12 janvier, la République était-elle malade ?Aujourd'hui, un sursaut républicain est-il nécessaire pour refonder ou reconstruire une République en agonie ?Par Dr Frantz Toyo
Dans un contexte particulièrement tourmenté, les responsables de ce pays doivent jeter les bases, faites d'intuitions et de compromis, sur lesquelles vont progressivement contruire une société plus juste et mieux équilibrée : la République va devoir développer, par étapes, des outils de justice sociale qui accompagneront les progrès de l'économie et répartissent mieux les fruits du développement. Si la République est souffrante aujourd'hui, c'est parce qu'elle est centralisatrice, parce qu'elle n'a pas su déconcentrer ses administrations publiques dans les autres coins du pays. Ainsi donc,la maladie peut être définie comme une altération de la santé, des fonctions des êtres vivants, en partie quand la cause est connue. L'Etat d'Haiti est une personne morale, son poumon économique est altéré ; il est dans un état psychologique proche du malaise. La dégradation de l'état de santé de la
République est surtout due aux troubles de la catastrophe du 12 janvier 2010. Depuis cette date, la République est devenue une patiente complexe, qui nécessite beaucoup de soins et d'attention. C'est dans cette optique que nous pouvons dire que le cas de la République ressemble à celui d'un accidenté de la route, qui pose aux médecins un problème insoluble. Ils ne peuvent pas soigner simultanément la totalité des blessures ; le temps qu'ils attaquent à la blessure la plus urgente, la patiente ne risque -t-elle pas de rendre l'âme ? Cependant, après tant de jours de souffrance et d'agonie, doit -on refuser de changer de méthode et de médecin pour éviter de mourir. Nous croyons que non ! Les médecins doivent revoir leurs méthodes en faisant un diagnostic complet afin d'identifier les maux qui rongent la patiente. Car celui qui refuse d'appliquer des remèdes nouveaux doit s'attendre à souffrir de nouveaux
maux ; car le temps est le plus grand innovateur
La République va-t-elle prendre le risque insensé de continuer à reconstruire la même façon qu'avant le 12 janvier ?Si les Haïtiens croient en un destin commun, alors la chose la plus urgente aujourd'hui pour les responsables politiques est de se mettre au tour d'une même table afin de réfléchir sur un projet collectif. Nous devons cesser de faire la politique politicienne en évitant de créer d'autres crises. Aujourd'hui, l'heure est à la citoyenneté, à la solidarité, aux valeurs républicaines, non à la démagogie, ce n'est pas le moment de la division, le peuple a besoin d'entendre autre chose, c'est-à-dire quand et comment, avec quel moyen on va le sortir de cette situation de précarité.
Le 12 janvier nous oblige à nous questionner sur nos vieux dilemmes et appelle une autre attitude que celle d'avant. La priorité est aujourd'hui à l'émergence d'un projet commun aux forces de progrès en Haiti, entre lesquelles les conditions d'un débat stratégique doivent être établies de façon urgente. Nous devons avoir un seul objectif, comment sortir la République là où elle se trouve ? Pour le peuple haïtien, l'important, c'est de préparer l'avenir et que l'avenir n'est plus là : le véritable affrontement, à l'échelle de la République, est désormais la bataille pour une véritable démocratie durable, politique certes, mais aussi économique, sociale et culturelle. Sommes-nous encore capables de porter la triple exigence que la démocratie implique, aujourd'hui encore, vis-à-vis des valeurs de la République, tellement traditionnelles que nous en négligeons l'importance et l'actualité, tellement
banalisées que nous oublions déjà nos morts qui sont sous les décombres pour qu'elles puissent vivre la liberté, l'égalité, la fraternité ? C'est au travers de ces trois exigences, universellement reconnues sinon appliquées, que l'on peut remobiliser ceux qui ont tout perdu le 12 janvier dernier. Car elles ont, ensemble ou séparément, la capacité de motiver ceux qui désespèrent et d'inciter à se battre ceux qui ont perdu le goût de vivre à l'intérieur d'une maison.
Nous devons comprendre, pour certains, c'est l'effort de toute une vie qui se trouve réduit à néant sous les coups de boutoir d'une fraction de seconde.
La réflexion démocratique sur le comment organiser une autre façon de vivre ensemble apparaît comme une exigence républicaine. L'édifice tout entier doit être repris à la base, aujourd'hui, de façon à pouvoir reconstruire une république adaptée à la réalité de notre temps, sur une plus grande échelle, celle de toute la République et dans un plus grand nombre de domaines, tous ceux qui caractérisent notre société dans sa complexité.
Au moment où nous allons refonder notre République, dans un cadre plus largement rural, les facteurs de socialisation seront pour l'essentiel constitués des liens, en petits nombres mais très contraignants, que seuls des esprits forts ou engagés oseront remettre publiquement en cause. Il est important de souligner, dans notre République, on existe plus quand on n'a ni travail ni logement. On existe à peine quand on est payé au salaire minimum. La perte de l'emploi, cet élément majeur de la réalité sociale, va contribuer à la perte d'identité de nos compatriotes.
Avant le 12 janvier, on constatait qu'en Haiti, la pauvreté était héréditaire : l'enfant né dans une famille pauvre avait toutes les chances de connaître, à son tour, la pauvreté et la précarité. Une société qui laisse ainsi des jeunes perdre toute espérance peut-elle continuer à fermer les yeux et à se satisfaire de faux-semblants et d'effets d'annonce?
Aujourd'hui, dans la nouvelle République que nous allons refonder, il ne suffit pas de dire qu'on est haïtien, il faut une nouvelle vision. Chaque Haïtien, digne de ce nom, doit s'engager, partout où il peut jouer un rôle, à prendre des initiatives, à exercer ses talents, à lutter, à convaincre etc. Il faut donc que se lèvent une autre génération avec une nouvelle mentalité, animée par un nouvel idéal humaniste, pour sensibiliser, mobiliser, réunir, organiser, associer les gens les plus concernés par l'injustice et les dysfonctionnements de notre société. Nous ne pouvons pas refonder la République avec Cité Soleil, Martissant, Cité de l'éternel et autres. Aujourd'hui, la refondation ou la reconstruction de la République doit reposer sur une formation et sur une morale civique, il faut d'abord commencer par révolutionner notre mentalité avant d'entamer la rédaction d'un projet commun, c'est-à-dire, il
faut privilégier l'intérêt collectif avant notre intérêt personnel. La République a besoin d'un leader charismatique qui soit capable de porter un projet collectif au nom de toutes les couches de la société, il lui faut un leadership pour coordonner ce projet. Nous devons plaider pour une démocratie de la responsabilité, celle des élus et celle des citoyens. La seule réponse aux incertitudes de la refondation de la République est de bâtir une nouvelle culture politique en changeant notre façon de faire avant le 12 janvier. Nous ne devons pas être seulement une société travaillée par l'individualisme, où la tendance au consumérisme peut entraîner de funestes dérives, mais une société mieux éduquée dont les citoyens seront capables, beaucoup plus que par le passé, d'entrer dans un monde meilleur. En fait, nous devons admettre et faire comprendre à la nation que la situation est difficile, car les responsables
politiques sont déterminés à diriger la République autrement. Le seul vrai espoir, à mon sens, pour la refondation, est de commencer par être franc avec les défis qui sont devant nous et les capacités concrètes que nous avons de construire une République à visage humain.
Docteur Frantz Toyo[email protected]Docteur en science politique et Doctorant en droit
- Professeur de droit international public à l'INAGHEI- Professeur de droit pénal spécial, pour la maîtrise de criminologie de l'UEH- Professeur de relation internationale et géopolitique (Master II) à SPO Toulouse- Avocat au barreau de Port-au-Prince- Conseiller auprès de l'ONU dans le domaine de sécurité publique.

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