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Dans les coulisses de la «Septimanie»

Publié le 12 mars 2010 par Ncadene

Je vous invite à lire cette enquête de Mediapart, menée par Mathilde Mathieu sur le « système Frêche»  : c’est ici.

Extrait :

(…)

Le PS n’en a pas fini avec Georges Frêche. Donné vainqueur par tous les sondages, le président sortant du Languedoc-Roussillon devrait rempiler pour quatre ans. Dès lors, quid de la rénovation? «Elle est en marche!», clame Hélène Mandroux (maire de Montpellier), depuis le jour où le bureau national du parti l’a investie tête de liste contre son ancien mentor. «Nous allons réconcilier le dire et le faire!», jure encore Arnaud Montebourg, chargé de la rénovation au PS depuis un an, qui mène dans le Sud son premier test grandeur nature. Pour preuve de sa détermination, Martine Aubry a déjà fait exclure les colistiers de Georges Frêche (à titre provisoire) – parmi lesquels nombre de parlementaires et de conseillers généraux.

Mais comment Hélène Mandroux, en cas de défaite, pourra-t-elle prétendre faire le ménage chez le «maître des lieux», timonier en chef des cinq fédérations départementales du PS (malgré son exclusion du parti en 2007)?

Au lendemain des régionales, la bataille entre les deux camps devrait reprendre de plus belle, bien qu’une «mission de réconciliation» soit programmée sur place. La guérilla des clefs, d’ailleurs, a déjà commencé: sommés par Paris de restituer les locaux, coffres-forts et imprimantes, de céder leurs numéros de digicodes et mots de passe d’ordinateurs, les cinq «premiers fédéraux» du Languedoc-Roussillon (suspendus par Solférino) ont bouclé leur «maison» à double tour, soudés derrière Georges Frêche. Le mors aux dents, ils ont aussi déposé un recours contre l’investiture d’Hélène Mandroux, sur lequel le tribunal de grande instance de Paris devra se prononcer le 31 mars. «Ils sont dans la seringue et n’ont plus d’autre issue que le soutien indéfectible à Georges Frêche», soupire un jeune colistier d’Hélène Mandroux, Benjamin Mathéaud. De son côté, Paris a répondu par l’envoi d’un huissier dans l’Hérault, chargé de constater la «rébellion», en prévision d’une procédure judiciaire éventuelle.

Dans ce capharnaüm, quelles sont les probabilités de voir la rénovation «aubryiste» s’imposer, et dépasser le stade du «slogan marketing» (pour reprendre une critique d’Europe Ecologie)? Réponses à quatre voix – discordantes.

1. «Monsieur rénovation» côté Frêche

Jean-Fernand Nguéma est «le secrétaire à la rénovation» dans l’Hérault, fédération clef dirigée par un fidèle de Georges Frêche, Robert Navarro – où «les entorses aux règles du PS sont devenues légendaires», tance Arnaud Montebourg. Après 17 ans de parti, Jean-Fernand Nguema, lui, considère son «patron» comme «un socialiste exemplaire»: «Si Robert est premier secrétaire (de l’Hérault), c’est qu’il sait ce qui passe dans la tête des militants»

Sur son blog, il l’encense, encore épaté que Robert Navarro ait réussi, en décembre 2009, à faire valider par la Convention nationale du PS les listes 100% «frêchistes» du Languedoc-Roussillon: «Notre premier fédéral a orchestré les manœuvres offensives et défensives d’une main de maître, écrit Jean-Fernand Nguéma, dans un style quasi propagandiste. Ce grand et redoutable stratège nous avait déjà distribué nos rôles pour la Convention. Il avait déjà orchestré tous les scénarios possibles (…) C’est ainsi que tous ceux qui ont broyé de l’air avant la Convention ont été neutralisés ou ont capitulé…» Du coup, quand on lui parle de rénovation, Jean-Fernand Nguéma identifie bien des besoins «au niveau national» mais aucun spécifique à sa région…

Colistier de Georges Frêche, il vient de recevoir une missive de Solférino, lui signifiant son exclusion. «Ces gens nous parlent au nom de qui?, réplique-t-il. Hélène Mandroux est minoritaire dans sa propre section, même pas capable de gagner chez elle! Aucune crédibilité!» Pour Jean-Fernand Nguéma, ce courrier «c’est de l’esbroufe, un rideau de fumée»: «Je continuerai d’assister aux réunions du parti.» Il croit dur comme fer, de toutes façons, que le tribunal de Paris annulera l’investiture d’Hélène Mandroux; que cette affaire de «rénovation» s’arrêtera là. Ce qui l’agace, au fond, c’est qu’il n’a «plus accès au fichier Rosam (le listing national des adhérents, objet de manipulations en tous genres)»: «Un coup bas de Solférino», peste-t-il. Mais un simple contretemps.

Selon ce fabiusien, engagé derrière Martine Aubry au dernier Congrès du PS à Reims, la première secrétaire est condamnée à court terme à perdre son bras de fer. «Après, elle pourra faire une croix sur les fédés du Sud, surtout les Pyrénées-Orientales, sans lesquelles elle ne serait pas là aujourd’hui», menace-t-il. De fait, Georges Frêche clame désormais que les prochains votes des adhérents du Languedoc-Roussillon tomberont dans l’escarcelle de Dominique Strauss-Kahn («la médaille d’or»), de Ségolène Royal («d’argent») ou de François Hollande («de bronze»). Lui aussi, visiblement, sait à l’avance «ce qui se passe dans la tête des militants»…

2. La relève en embuscade

C’est dans le Gard que l’appareil «frêchiste» pourrait s’effriter le plus vite. A 28 ans, le nîmois Nicolas Cadène veut profiter de l’exclusion du «patron» de sa fédération (un colistier de Georges Frêche) pour «reprendre» la maison. Derrière lui: au moins 23 des 55 «secrétaires fédéraux» (une minorité pour l’heure «interdite» de locaux, d’imprimantes, etc.).

Le discours de Nicolas Cadène, proche de Ségolène Royal, est limpide sur «l’après-régionales»: Solférino doit pousser au-delà des 58 exclusions déjà prononcées et placer les fédérations «sous tutelle», «pour faire le ménage». «Si Martine Aubry laisse planer la moindre ambiguïté sur sa volonté réelle de rénover et opte pour un entre-deux foireux, ça va renforcer le système Frêche, prévient le jeune militant (membre du conseil national du PS). Et laisser la place pour une chasse aux sorcières, à coups de pression ou de refus de ré-adhésions. On va se faire virer des sections, ils feront tout pour garder l’appareil!» Dans le Gard, il suffira par exemple à son «boss» de «placer un homme de paille à sa place», pour continuer de contrôler la «fédé». Et Nicolas Cadène de rappeler que nombre de secrétaires de section sont «des alimentaires», salariés «dépendants du système Frêche» (dans une collectivité, une association subventionnée, etc.).

Martine Aubry ira-t-elle jusqu’au bout? En traînant à investir Hélène Mandroux, elle a montré selon lui «un courage un peu limité». «En optant pour le bon scénario à six semaines seulement des régionales, plutôt qu’en septembre, la direction nationale nous a déjà plombé la rénovation en partie», regrette-t-il.  «L’objectif de Martine Aubry, c’était aussi de se refaire une autorité morale», souffle Nicolas Cadène. En considérant que la partie est déjà gagnée «dans l’opinion», elle pourrait juger bon d’arrêter les frais…

Nicolas Cadène a bien noté le manque d’envie (euphémisme) perceptible dans tous les courants du PS, chez des fabiusiens, des strauss-kahniens, des hamonistes, … Chacun sait que les primaires pour la présidentielle de 2012 seront ouvertes aux millions de sympathisants de gauche et que les 15.000 cartes d’adhérents contrôlées par Georges Frêche ne joueront plus qu’à la marge, mais pourquoi jouer les têtes brûlées? En particulier, Nicolas Cadène dénonce les arrière-pensées de Vincent Peillon (qui a refusé de voter l’investiture d’Hélène Mandroux début février): «Lui veut plutôt devenir premier secrétaire du PS et considère qu’il aura besoin de ses voix-là…»

(…)


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