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Débat sur l’islam : ni amalgame xénophobe, ni candeur « islamolâtre », par Éric Timmermans

Publié le 16 mars 2010 par Roman Bernard
« La bataille contre le voile islamique n’est que le début d’une guerre ouverte contre les intégristes, dont l’issue dépendra de notre capacité à les disqualifier des institutions publiques, y compris de l’école. Si l’on perd cette manche, l’islamisme en sortira plus fort et plus revendicateur. »
(Ma vie à contre-coran — Une femme témoigne contre les islamistes, Djemila Benhabib, VLB éditeur, 2009, p. 78).

Par la revue de presse internationale consacrée au djihad et à l’islam militant, qui sera publiée à la suite du présent article dans les semaines à venir, nous avons voulu sortir de l’habituel carcan manichéen de l’affrontement « Djihad VS McWorld », qui a tendance à dominer le débat sur l’islam dans nos sociétés occidentales, et nous avons également voulu démontrer que le problème posé par l’islamisme, par l’islam idéologique donc, qu’il soit ou non de nature violente, ne se limite pas à une opposition, réelle ou supposée, entre deux civilisations, mais constitue, dans les faits, un problème universel.
Aussi avons-nous voulu réaliser un tour d’actualité des différentes lignes de fracture civilisationnelles sur lesquelles l’islam idéologique s’oppose, avec violence ou non, à d’autres croyances et philosophies, qu’elles soient chrétienne, juive, hindoue, bouddhiste ou athée. Il s’agit donc, non pas de diaboliser l’islam en tant que religion, en tant que croyance personnelle, en tant que démarche spirituelle individuelle, en tant que mystique, mais bien de souligner le danger universel que représente l’instrumentalisation politique ou/et militaire de cette religion pour tous les penseurs libres, athées, incroyants, de même que pour les adeptes des autres religions et croyances de cette planète.
Nous n’aborderons donc pas, dans notre revue de presse, la question des conflits intra-musulmans, ni celle des grands dossiers internationaux du moment, afghan, pakistanais, iranien ou irakien, ou alors très brièvement, à propos d’un détail de ces situations qui, dans leur globalité, méritent chacune plus qu’un simple articulet. Nous nous sommes également refusé à nous livrer à un décompte des morts de ces différents conflits, à l’exemple d’une presse officielle qui semble avoir élevé ces calculs morbides au rang de substitut à l’analyse géopolitique profonde et permanente qui devrait constituer la norme dans une presse de qualité, comme c’était encore le cas, il y a maintenant plus de vingt ans, avant l’imposition du règne du « politiquement correct » et de l’info « people » et « proximiteuse ».
L’islam est, avec le christianisme, l’une des deux grandes religions prosélytes de notre univers. Certes, me rétorquera-t-on, mais il convient néanmoins d’opérer nombre de distinctions entre l’islam et le christianisme. Nous n’en doutons guère, répondrais-je, mais nous éviterons toutefois de nous engager dans ce débat, car tel n’est pas le propos de cette revue de presse. Bornons-nous à constater qu’il convient de distinguer les religions prosélytes, d’une part, dont l’islam est de loin la plus active aujourd’hui, des religions enracinées, d’autre part, qui ne pratiquent pas (ou très peu) la conversion, tels que le judaïsme et l’hindouisme. Dans ce très schématique tableau du paysage religieux universel, le bouddhisme occupe une place particulière. Bien qu’étant à vocation universelle, tout comme l’islam et le christianisme, le bouddhisme ne pratique pas le prosélytisme agressif, du point de vue de la doctrine bouddhique, cela n’aurait d’ailleurs aucun sens. Nous excluons évidemment de ces remarques les innombrables dérives sectaires plus ou moins marginales.
Ainsi donc, maintenant que nous venons de désigner expressément l’islam comme une religion à vocation universelle et donc comme une religion prosélyte, qui vise à convertir et à s’étendre aux non-musulmans, est-on en droit de considérer l’islam comme une religion fondamentalement expansionniste ? Bien entendu. L’islam, ou si l’on préfère l’islamisme, c'est-à-dire la forme idéologique de l’islam, fait aujourd’hui preuve d’expansionnisme tout comme le christianisme le fit jadis — et encore sous certaines formes aujourd’hui d’ailleurs — à l’époque coloniale, par exemple, où lors de l’évangélisation des païens polythéistes en Europe. Cela constitue une réalité historique indéniable.
Dans chaque religion, il convient toutefois de distinguer deux aspects fondamentaux : l’aspect spirituel et l’aspect idéologique. Et l’islam ne fait pas exception. Le premier vise à une réflexion individuelle sur la place de l’être humain dans l'univers, sur la mort, sur la vie, sur le pourquoi de l’existence, se place sur un plan métaphysique et correspond à une démarche personnelle et légitime relevant exclusivement de la sphère privée. Le second, par contre, se place clairement sur un plan physique, matériel, et vise non pas à la démarche spirituelle individuelle mais bien au contrôle politique, au pouvoir temporel, à la domination et à l’asservissement d'autrui, à l’expansionnisme planétaire, à la pénétration de la sphère publique, a priori ouverte à tous, par une forme religieuse unique présentée comme seule détentrice de la Suprême Vérité.
En islam, le terme de djihad, qu’en Occident nous assimilons désormais exclusivement, mais en partie improprement, à la notion de « guerre sainte », permet de distinguer ces deux approches, individuelle ou expansionniste, de la religion. À l’origine, le terme de djihad signifie en réalité « effort » et même plus précisément « effort sur soi ». Selon Mahomet lui-même, le vrai « combattant » est celui qui livre combat à lui-même et à ses propres travers en vue d’un perfectionnement dans la voie de Dieu, c’est al-Djihad al-Akbar, c’est-à-dire la « Grande Guerre » introspective. Mais force est de constater qu’aujourd’hui, cette approche ardue du djihad est largement occultée par al-Djihad al-Asghar, la guerre, au sens littéral du terme, doublée d’une intention avouée ou inavouée de prosélytisme, c’est-à-dire la « guerre sainte » : il est évidemment plus aisé de se donner bonne conscience et de se prétendre supérieur en stigmatisant et en essayant d’asservir autrui que de se livrer à une profonde critique de son être profond. Il va sans dire que, dans le cadre de cette revue de presse, nous utilisons les termes de djihad et de « djihadisme » dans leur acceptation militariste, politique et mesquine, et non dans celle d’une louable démarche spirituelle intérieure. (Info. : Dictionnaire des symboles musulmans, Malek Chebel, Albin Michel, 1995, p. 140).
L’Occident commet l’erreur de vouloir distinguer un « islam modéré » d’un « islam radical », alors qu’il devrait plutôt distinguer un islam spirituel, à vocation strictement individuelle et introspective, celui du al-Djihad al-Akbar, d’un islam idéologique, prosélyte et dominateur, celui du al-Djihad al-Asghar, à vocation publique, politique, sociale et par trop temporelle. L’on peut paraître « modéré » et travailler activement à la réalisation d’une société entièrement régie par la loi islamique, tout comme on peut être « radical » en pratiquant, par exemple, une sévère ascèse strictement individuelle et basée sur les préceptes du Coran. Le terme d’ « islamisme » ne devrait donc pas servir à désigner l’« islam radical », terme vagues et imprécis, mais bien l’islam idéologique, sous toutes ses formes, même apparemment modérées, qui, empiétant sur le domaine de la sphère publique, n'est, dans le contexte de la séparation des pouvoirs temporel et spirituel, évidemment pas compatible avec la tradition occidentale.
À ce sujet, je voudrais d’ailleurs me livrer à une petite digression. Récemment, lors d’une soirée, nous étions quelques-uns à évoquer les risques de dérive totalitaire susceptible d’émaner de n’importe quel pouvoir politique et de n’importe quelle idéologie. J’affirmai que la démocratie n’échappait pas au danger de ce genre de dérive et que l’on pouvait même voir, dans la « pensée unique », dans le « politiquement correct », les prémisses d’une certaine dérive totalitaire. L’on me répondit que cela ne pouvait être, car dans nos démocraties rien ne pouvait être comparé à la violence qui caractérise les totalitarismes communiste et nazi, par exemple. C’est là confondre les moyens et le but. Ce qui caractérise le totalitarisme n’est pas la violence, celle-ci n’étant qu’un moyen et non une fin en soi, mais la volonté de contrôler les esprits. Le régime totalitaire qui parviendrait à s’imposer sans user de violence n’en serait pas moins totalitaire. Et il nous faut retenir cela dans notre combat contre l’islamisme : ce qui le caractérise ce n’est pas la violence physique ou verbale mais sa volonté de s’imposer sans partage, y compris par l’apparence de modération et de dialogue.
Après avoir opéré une première distinction entre religions prosélytes et religions enracinées, et après avoir distingué ce qui dans la religion, et en l’occurrence dans la religion islamique, relève de la démarche spirituelle individuelle islamique et ce qui relève du prosélytisme temporel islamiste, nous allons à présent relever quelques formes différentes de l’islam idéologique. Par les termes d’islam califatiste, l’on désigne la volonté islamiste d’expansion universelle et, concrètement, le projet islamiste d’établissement d’un « califat universel ». Par les termes d’islam djihadiste l’on désigne les dérives militaristes et terroristes de l’islamisme. Par les termes d’islam politique on désigne, bien évidemment, les actions islamistes visant à s’emparer du pouvoir politique, ce qui n’est pas compatible, nous le répétons, avec la règle occidentale de séparation des pouvoirs temporel et spirituel. Par les termes d’islam militant l’on désigne la volonté islamiste d’empiéter sur le domaine de la sphère publique, non seulement d’un point de vue politique, mais également par les biais économique, financier, social, associatif, culturel.
Il ne s’agit donc pas pour nous d’appeler à la croisade contre l’islam en tant que choix spirituel librement consenti — et nous insistons sur ces derniers termes qui excluent bien évidemment toute forme d’imposition d’un arbitraire religieux à un individu, homme ou femme, vivant sur le sol d’Occident, et cela quelle que soit son origine — et comme démarche religieuse individuelle, mais bien de rejeter et de combattre l’islamisme en tant qu’idéologie politique prosélyte.
À ce sujet, précisons que les islamistes ont su subtilement, par les termes désormais courants d'« islamophobe » et d’« islamophobie », opérer une confusion entre les notions de xénophobie anti-musulmane — l’on ne peut parler de « racisme » dans le cas d’une appartenance religieuse — et de critique de l’islam en tant qu’idéologie politique : tout qui rejette l’islam en tant que vérité idéologique et religieuse incontestable serait donc un « islamophobe » qui hait tous les musulmans. Cette approche tronquée est, en outre, largement relayée par certains milieux politiques et sociaux, particulièrement enracinés à gauche du spectre politique et faisant preuve à grande échelle d’une sotte candeur « islamolâtre », celle-ci ne servant en rien une meilleure connaissance de la spiritualité islamique mais faisant par contre clairement le lit de l’islamisme prosélyte. Faut-il préciser que dans leurs choix politiques, ces gens, à travers l’Histoire, n’ont jamais cessé de faire erreur ?
Or, du point de vue du droit à la liberté d’expression qui prévaut en Occident, toute religion, surtout lorsqu’elle prétend de manière illégitime à un rôle social et politique, est évidemment critiquable. Il n’y a donc pas à stigmatiser ni à condamner ceux qui souhaitent critiquer l’islam, et moins encore à accepter qu’ils le soient. En clair, ce que l’on dit, écrit et dessine à propos, par exemple, de l’Église catholique, doit également pouvoir être dit, écrit et dessiné à propos de l’islam. Si cette liberté de parole gêne certains, ma foi, nous ne saurions trop leur conseiller de partir à la recherche de cieux à leurs yeux plus cléments. Si la xénophobie anti-musulmane, c'est-à-dire le rejet d’une personne du seul fait de son appartenance religieuse — oserais-je, pour la désigner, user du néologisme « muslimophobie » ? — est évidemment condamnable, l’anti-islamisme, lui, c'est-à-dire le refus de l’islam idéologique, est parfaitement légitime dans un contexte démocratique. Le concept d’ « islamophobie » qui établit un dangereux amalgame entre ces deux notions doit, lui, par contre, être impérativement abandonné.
Nous ne combattons pas les peuples musulmans, ni la démarche spirituelle islamique, mais bien une idéologie politique, l’islamisme, absolument incompatible avec les notions occidentales de séparation des pouvoirs temporel et spirituel, de même qu’avec la liberté d’expression chèrement acquise au cours de luttes menées, à travers les siècles, contre d’autres obscurantismes. Et il va sans dire que nous sommes solidaires des autres peuples, des autres cultures, des autres civilisations et des musulmans eux-mêmes, de même que des musulmans qui ont fait le choix de se détourner de l’islam, engagés dans ce même combat. C’est-ce que nous tentons d’exprimer par cette revue de presse.
Éric Timmermans
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