Magazine Journal intime

On avait accroché deux ailes à son nom

Par Ghizlane
DSC02009.JPGElle aimait parcourir la nature d'un pas rapide et décidé, son bâton à la main, chantant comme un rossignol. Ma mère avait de grands yeux et un grand sourire...J'ai peut-être hérité d'elle son amour de la lumière et de l'espace, cette sensation de liberté et la communication subtile qui se fait avec les quatre saisons...Je regarde un arc-en-ciel avec elle au-dessus de la maison du Folgoët...sa soeur venait de mourir et nous avons eu la même pensée en nous serrant la main.
Ma mère s'appelait Rosalie, mais l'homme qu'elle aimait accrocha deux ailes à son nom et la renomma Noëlle, peut-être parce qu'elle incarnait la joie de vivre.
J'ai toujours ressenti que ma mère appartenait à la race des oiseaux. Sa voix de rossignol, son besoin quotidien de "bol d'air", sa légèreté et son innocence, sa façon de picorer dans son assiette...Noëlle avait des ailes pour rêver, pour conter, pour ne pas voir les dures réalités...et Noëlle s'est envolée progressivement, s'installant dans cette terrible maladie au nom barbare d'halzeimer.
Un jour les infirmiers l'ont emportée dans une maison d'où l'on ne revient pas et elle a pensé qu'elle partait chez des amis.
-"Je n'ai plus d'argent m'a t'elle dit, inquiète, mais peut-être me donneront-ils un peu de pain ?"
Je lui ai fait visiter les cuisines de la résidence pour la rassurer et lui dire qu'elle serait nourrie et entourée. Elle s'est assise au milieu de tous ceux que la vie a abîmé. Elle les a regardé sans les voir, et a émietté son pain...J'ai regardé les miettes s'éparpiller autour de son assiette, sachant qu'elle ne mangerait pas, ainsi que le font les oiseaux qu'on met en cage.
Puis trois jours plus tard elle a compris qu'elle était enfermée alors elle a tapé, tapé, tapé  les murs blancs de la chambre en criant :
"Je veux sortir ! Je veux sortir..."
Et puis elle est tombée au sol se brisant le poignet
Je l'ai appris et j'ai tellement souffert de la savoir prisonnière, pauvre oiseau encagé. L'emmener, la sortir, lui redonner l'oxygène et la liberté... Les médecins m'ont dit non. On ne revient pas du pays d'Halzeimer.
Alors j'ai marché pour elle dans le sable du désert, offrant ma tête nue au souffle de l'espace pour que le vent et la lumière s'engouffre dans sa chambre, dans sa tête et l'emporte sur ses ailes...

Aujourd'hui une petite mère se meurt doucement dans un lit d'hôpital tandis que son esprit flotte sur quelque nuage bleu invisible à nos yeux...Aujourd'hui, le cerveau fracassé d'une mère oiseau lutte entre deux mondes. Je lui souhaite un arc en ciel pour qu'elle trouve le chemin de la lumière...Je lui souhaite des ailes encore plus grandes pour prendre son envol...

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