Magazine Handicap

Non à la compassion!

Publié le 03 mai 2007 par Philippe Barraqué

Le débat électoral pour la campagne présidentielle bat son plein et la personne handicapée ressort des tiroirs où on l'avait remisé. Que voit-on dans le journal de campagne de Sarko? - Un handicapé qui a assisté à un meeting. La belle affaire! On ne le décrit pas comme une personne en situation de handicap, non c'est "l'handicapé". A quoi assiste-t-on lors de la prestation sur TF1 de Ségolène Royal? - A l'intervention d'une personne handicapée larmoyante qu'on a casée, tant bien que mal, avec son fauteuil roulant au premier rang. Et PPDA d'ajouter à Ségolène : "on en a bien pris soin!" L'instant est fort et poignant quand, dans un sanglot, notre malheureux "handicapé de service" tente une citation sur la normalité. Alors, en mère compassionnelle, Ségolène s'approche de lui et le remercie pour avoir eu le courage de venir jusque-là.

Et bien non! Beaucoup de personnes en situation de handicap ne se reconnaitront pas dans ce psychodrame télévisuel. Elles ne demandent pas de compassion, elles ont en marre qu'on mette en avant leur courage, leur force de caractère. Elles veulent vivre comme tout le monde! C'est d'autant plus cruel que cet épisode télévisuel avec la Jeanne d'Arc socialiste a eu un impact dans les chaumières où on a pleuré beaucoup ce soir-là : "C'est vrai qu'ils sont méritants, courageux, ces handicapés. C'est vrai qu'ils sont travailleurs, qu'ils s'absentent rarement du boulot. Normal, ils ont rarement une vie de famille, une vie sexuelle, une vie tout court. Alors, ils compensent par le travail!" Et bien non! La coupe déborde. On ne demande pas aux candidats à l'élection présidentielle un ministère dédié aux handicapés. Bien au contraire, on n'en veut plus! Dites-vous bien que l'intégration sera parfaitement réussie quand il ne sera plus nécessaire de nous confier à un ministère. Y a-t-il un ministère des blacks, des homosexuels, des "jeunes des banlieues" (quoique!)? - Non.

En parcourant le budget du Conseil Général d'Ile de France, je lis à la rubrique "solidarité" qu'une dotation de 218,2 millions d'euros ira, en partie, à "l'aide aux handicapés et aux précaires". Deux lignes plus haut, on parle de l'aide aux "personnes âgées", deux lignes plus bas: des "handicapés". Question: "Est-ce que nous sommes des "personnes" à part entière ou simplement des précaires, des oisifs qui attendent sagement, les pieds sous la table, la maigre allocation Adulte Handicapé? - Non, cela n'a plus de raison d'être! Ou la société nous accepte en tant que personne humaine et responsable avec ses droits et ses devoirs, ou elle nous dit franchement que cinq millions de personnes handicapées en France, elle peut s'en passer non seulement pour les élections, mais surtout comme consommateurs que nous sommes potentiellement!

Enfin - petit retour en arrière -, les personnes en situation de handicap n'ont pas oublié que le gouvernement de Lionel Jospin les a tout simplement ignorées. D'ailleurs, à quelques euros près, les personnes handicapées ne pouvaient pas bénéficier de la Couverture Maladie Universelle. Un comble quand on sait les difficultés au quotidien que génère le handicap.

Rappelez-vous, le handicap n'est que le résultat d'un traitement discriminatoire de la société. Quand tous les obstacles sont levés, quand le mot "intégration" disparait du vocabulaire, il n'y a plus de handicap, il ne reste que la déficience. C'est alors un problème à gérer avec soi-même, un combat personnel, une saine énergie dépensée pour son mieux-être et non plus pour s'intégrer, pour survivre, pour revendiquer le droit d'exister.

Philippe Barraqué/Cesarina Moresi

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