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Nostalgie hollandaise

Publié le 22 mars 2010 par Toulouseweb
Nostalgie hollandaisePour la deuxičme fois, Fokker tente de renaître de ses cendres.
Est-ce réaliste ? Est-ce sérieux ? Les questions se bousculent face au projet d’investisseurs hollandais de relancer la production du biréacteur court-courrier F100. Un appareil qui arriverait de maničre pour le moins inattendue sur un marché déjŕ trčs encombré. De plus, on est en droit de se demander s’il serait possible de faire du neuf avec du vieux, face aux ambitieux rivaux Bombardier et Embraer et aux nouveaux venus qui pointent ŕ l’horizon, ARJ21 chinois, Superjet russe et, pour plus tard, un prétendant turc.
Ce n’est pourtant pas de cette maničre qu’il convient d’aborder le nouveau projet Fokker. Certes, le F100 pourrait ętre modernisé, doté de nouveaux types de moteurs et d’une voilure retravaillée. Il ne manquerait pas d’atouts, malgré une cellule conçue il y a bien longtemps. Mais qu’en penseraient les acheteurs éventuels ?
La réalité est plutôt subliminale : les Pays-Bas n’ont toujours pas fait leur deuil de Fokker et du ŤFlying Dutchmanť. Ils n’ont pas accepté la décision prise en 1996 par Daimler-Benz de laisser tomber cette filiale devenue encombrante, compliquée et déficitaire. Fokker n’avait tout simplement pas le bon actionnaire qui lui aurait permis de poursuivre sa route. La faute ŕ pas de chance, la faute au hasard.
Il y avait alors trop de prétendants sur le marché des avions régionaux et, pour la plupart, ils ont d’ailleurs déclaré forfait ŕ la męme époque, ŕ commencer par Saab et Fairchild Dornier, puis British Aerospace. Fokker aurait néanmoins mérité un autre sort, en sa qualité d’icône, au męme titre que les deux autres joyaux aéronautiques de la couronne, la compagnie KLM et l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol.
La roue tourne, observateurs et commentateurs ont la mémoire courte. Ils ont déjŕ oublié que les Pays-Bas, 15 millions d’habitant seulement, avaient brillamment réussi ŕ devenir une grande nation aéronautique : un aéroport élevé au rang de Ťhubť européen avant l’invention du mot, une compagnie aérienne rayonnant dans le monde entier et un avionneur trčs respecté.
Personnage visionnaire, Anthony Fokker, Hollandais né ŕ Java, fut tout d’abord citoyen allemand, fit voler son premier avion dčs 1911, devint industriel ŕ part entičre l’année suivante et s’implanta aux Pays-Bas en 1919. Rapidement, il devint un avionneur de référence, notamment grâce ŕ la lignée des trimoteurs ŕ aile haute F-VII. Aprčs sa mort en 1939, une équipe forte poursuivit son œuvre.
En 1996, le naufrage de la société a traumatisé la nation hollandaise tout entičre, une disparition vécue comme une profonde injustice. Et, qui plus est, la plus grande faillite de l’histoire du pays, trčs mal vécue par les autorités de La Haye et durement ressentie par tous les Hollandais. Stork, un nom dans le monde de la machine ŕ coudre, a ensuite repris les activités qui pouvaient ętre sauvées (aprčs-vente, sous-traitance, contrats spatiaux) mais la carričre des biréacteurs ŕ 70 et 100 places F70 et F100 s’est arrętée du jour au lendemain. Aujourd’hui, il en reste environ 300 en service.
Un ancien cadre de Fokker, qui fut trčs attaché ŕ la société, nous a fait part de sa perplexité face au projet de relance. A ses yeux, les conditions ne sont pas réunies pour remettre en selle un avionneur qui fait ŕ tout jamais partie du passé.
Une premičre tentative de faire renaître le F100 avait été envisagée il y a quelques années, sous le nom Rekkoff (Fokker écrit ŕ l’envers) mais avait finalement été abandonnée. Cette fois-ci, les autorités gouvernementales sont prętes ŕ soutenir modestement un montage financier apparemment prudent, l’intention étant d’aller de l’avant pour autant qu’une cinquantaine de commandes de lancement puissent ętre réunies.
Si cet objectif est atteint, le F100 revu et modernisé pourrait effectuer son premier vol dans moins de 3 ans et les livraisons commenceraient en 2013. Les Pays-Bas sont tenus en haleine par le projet, sachant qu’il y a consensus national : Fokker n’aurait jamais dű quitter la scčne.
Pierre Sparaco - AeroMorning

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