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Petit bilan des Six Nations 2010

Publié le 23 mars 2010 par Vinz

Ca y est c’est fini. La France a remporté son neuvième Grand Chelem par une victoire étriquée mais symbolique et décisive contre l’Angleterre. C’est l’occasion de revenir sur les six équipes qui fêtent la onzième édition du Tournoi des Six Nations.

6 nations

Le classement

J’ai même inclus le classement domestique qui ne bouleverse pas la hiérarchie. Avec dans l’ordre, les points de matchs (entre parenthèses les points domestiques), les points marqués, encaissés, la différence de points.

1. France 10 points (21) 135-69, +66

2. Irlande 6 points (13) 106-95, + 11

3. Angleterre 5 points (12), 88-76, +12

4. Pays de Galles 4 points (9), 113-117, -4

5. Écosse 3 points (8), 83-100, -17

6. Italie 2 points (5), 69-137, -68

Mes impressions

Le Tournoi 2010 n’a pas été d’un cru exceptionnel. Une seule équipe a réussi à marquer 4 essais : la France contre l’Italie. Mais il y a eu bien peu de matches alliant qualité de jeu et suspens. France-Irlande et Galles-Écosse ont été les plus proches de cette harmonie. Mais il y a eu des matches très intenses, des parties serrées, celle des Anglais essentiellement contre l’Irlande et la France.

On pourra aussi relever les changements introduits par l’arbitrage du Sud. En sifflant plus vite, en sanctionnant plus tôt, les arbitres ont essayé d’empêcher l’enterrement du ballon. Cela a bénéficié à l’équipe de France contre des joueurs habitués à « pourrir » le ballon : les Irlandais ont été souvent sanctionnés (mais c’était M. Barnes l’arbitre), Martyn Williams n’a pas pesé, etc. L’assimilation de ces nouvelles consignes a été importante dans le succès français.

Les équipes

France

Grand chelem pour les Bleus, ce dont je ne croyais pas au début. L’équipe de France a su capitaliser sur ses acquis : une mêlée devenue dominante en Europe qui casse tout le monde même du blanc rosé, une bonne défense. Elle a progressé dans d’autres secteurs : la touche qui n’est plus un concours de pizzaiolos, tant sur ses propres lancers que les lancers adverses. Les progrès de Morgan Parra au but : le fait de tenter (même si cela a échoué) une pénalité de 45 mètres montre la confiance gagnée par le demi de mêlée. 61 points marqués, la première place avec Jones, et un taux de réussite autour de 80%. Pas mal pour quelqu’un qui n’est pas un premier buteur à Clermont.

Soyons honnête aussi, l’équipe de France a capitalisé sur la baisse de niveau des rivaux. Irlandais, Gallois ont été franchement décevants, surtout les premiers au Stade de France. L’équipe a désormais des acquis, une base pour gagner des gros matches. Et quand on sait que Barcella, Papé, Milo-Chluski, Picamoles, Ouedraogo ont été blessés avant ou durant le Tournoi, on a l’idée que cette équipe a une bonne réserve devant.

Derrière, c’est quand même plus incertain. J’ai le sentiment qu’il manque quelqu’un pour mettre le feu. On joue sur le physique mais on n’a pas le dynamiteur. Poitrenaud a progressé dans son jeu au pied durant l’épreuve : de quicho-roi, il a fini par distiller quelques bons coups. Au centre, ni Jauzion, ni Bastareaud, ni Marty n’ont fait de mauvais matches (enfin Marty qui bouffe la feuille comme à son habitude contre les Anglais) mais il manque quelque chose. Et à l’aile, difficile de réellement distinguer quelqu’un. Le petit Andreu me plaît beaucoup, Palisson n’est pas mauvais mais ils ne sont pas meilleurs que les absents.

Bref il y a du travail pour valoriser la ligne de trois-quarts. Cela passe aussi par les progrès de la charnière qui s’est installée. Parra est le patron devant, assimilée à Jacques Fouroux avec le pack de 1977. Trinh-Duc tente plus de choses mais doit, à mon avis, diversifier son registre un peu plus. C’est dire que si tout ce beau monde progresse, il y a de quoi glaner quelque chose en Nouvelle-Zélande. On verra déjà en juin ce que ça donnera au Cap.

En tout cas, bravo au staff qui a bien préparé l’équipe. Lièvremont a gagné en expérience même si sa ligne conductrice n’est pas toujours très droite. Mais il faut apprendre à gagner et le Tournoi a permis de faire un grand pas dans l’apprentissage.

Irlande

J’en avais faite ma favorite même sans chelem. J’ai été très déçu de leur prestation globale. Difficile de trouver une explication : la performance générale de l’équipe a été moins bonne et cela s’est vue d’autant plus que l’équipe avait été excellente en 2009. Pourtant l’équipe n’a pas changé même si Jonathan Sexton a pris la relève de Ronan O’Gara. Sexton est bon dans le jeu mais n’a pas fait preuve de la sérénité devant les perches qu’il avait démontré à l’automne.

Sans doute l’équipe est aussi vieillissante. La mêlée a été moins bonne : l’absence d’Horan, la suspension de Flannery ont pesé aussi mais ce n’est pas suffisant. Quelques satisfactions : David Wallace encore et toujours et Keith Earls, qui est bon quand il se tait, plus encore Tommy Bowe, les deux ailiers ont inscrit 3 essais chacun dans le tournoi.

Angleterre

Une chose est certaine. Martin Johnson est un mauvais manager. Il n’arrive à rien avec cette équipe qui ne manque pas de talents comme l’a démontré les matches contre la France et l’Irlande mais il nous propose un jeu insipide avec sans doute des choix de sélections douteux, certains sont même assimilés au copinage.

Les Anglais n’ont rien proposé, c’est leur jeu, sauf contre la France mais la pluie les a sans doute trahi sur quelques actions. La presse britannique s’en est même offusquée. Et comme Wilkinson n’était pas en grande forme, ils ont cafouillé leur jeu déjà limité. Pourtant les lignes arrières ont du talent : les gars de Northampton (Foden et Ashton dangereux), Monye, Armitage (en forme), Cueto, tout ça fonctionne mais le problème est l’ouvreur. Et la mêlée n’a pas été ultra-dominante.

Alors que faire ? Rayer des cadres Wilkinson ? Mais alors qui appeler ? Flood ? Pas impressionnant à ce poste. Cipriani ? Tête du client qui va s’exiler à Melbourne. Il faudra aussi trouver de bons centres, le point faible de l’équipe, sauf si on titularise Tait. Flutey a été assez peu en vue.

Beaucoup de travail pour le XV de la Rose qui ne fait que confirmer ses limites depuis la Coupe du Monde 2007.

Pays de Galles

S’il y a une équipe qui associe autant la joie que la déception, c’est bien le Rouge Poireau. Les Gallois n’ont joué que la moitié de leurs matches, les deuxièmes mi-temps. Les premières ont souvent été insipides, sans âme, sans créativité. A part contre l’Italie, les Gallois ont toujours fait la course derrière (3-13, 9-18, 0-20, 6-16 et 12-0 contre les cinq adversaires à la pause). Et c’est après que l’équipe s’est mise à jouer (17-17, 22-6, 20-6, 6-11, 24-10) avec plus ou moins de succès.

La faute à une équipe qui joue un peu trop de la même façon, à un James Hook assez alternatif, à un demi de mêlée pas très décisif, à un pack d’avants pas très dominateurs. Cette équipe a quelques joueurs de talent (Hook donc et Shane Williams qui ont marqué 3 essais) mais cela manque de changement de rythme et la formation repose quand même sur ses individualités.

Un Tournoi sous forme de stagnation où quelques éléments ont quand même été assez anonymes (Byrne, Halpenny, Roberts et la troisième ligne).

Ecosse

« Flowers of Scotland » est bien le plus bel hymne de rugby (et sans doute de tous les sports). Les Écossais ne méritaient pas la cuillère de bois, si celle en plastique (c’est-à-dire sans victoire). Mais ils ont montré une incurie offensive assez criante : 3 essais seulement (tous à l’extérieur). Il manque derrière un numéro 13 ou 15 de talent pour faire jouer une ligne de trois-quarts qui a de la qualité (Max Evans, Morrison bon dans la percussion).

La troisième ligne a été énorme, à l’instar de Beattie (qui pique à Harinordoquy le titre de meilleur 8 du tournoi), Kelly Brown doté d’un sacré courage. L’Ecosse est toujours très forte en touche et la mêlée s’est améliorée au fil du tournoi, pour finalement aider l’équipe à gagner en Irlande.

Le courage ne manque pas mais c’est la relève. Les Écossais ont payé les blessures derrière : Chris Paterson et Thom Evans.Titularisé pour mettre les buts, Dan Parks a bien tenu son rôle malgré deux poteaux contre les Anglais.

Andy Robinson fait du bon travail. Il lui faut maintenant insister sur le jeu offensif d’une équipe moins puissante que les autres nations.

Italie

Le slogan « no scrum no win » est la tarte à la crème des commentateurs. Mais « only scrum, no win » pourrait bien aussi s’appliquer. Les Italiens sont bons en mêlée mais c’est à peu près tout. Ils ont progressé en défense mais cela ne s’est vu que lors des trois premiers matches. Ils ont à mon avis balancé les deux derniers, ayant atteint leur objectif : gagner un match.

Même s’il y a un peu de mieux derrière, le jeu offensif italien est d’une pauvreté à assimiler le jeu anglais au French Flair. L’équipe passe son temps à se débarrasser du ballon (et pas toujours très bien) et les joueurs manquent de coordination et de soutien. C’est franchement ennuyeux quand on a des Bergamasco à l’aile qui n’ont quasiment jamais rien vu sur leur côté. D’ailleurs, pour voir le ballon, Mirco a dû se convertir en buteur, pas mauvais d’ailleurs.

Que dire de plus ? Que Nick Mallett fait avec les moyens du bord. Manque de talent bien que la charnière (Tebaldi/Canavosio-Gowher) soit moins désastreuse que les précédentes. Manque de profondeur. La troisième ligne a été bonne, malgré l’absence de Parisse.

Mais c’est tout.

Le XV majeur

Voici le XV du Tournoi dévoilé et mon appréciation. La France rafle 7 des 15 nominations, logique car l’équipe a été nettement meilleure.

15. Clément Poitrenaud. Pas convaincu, il m’a rassuré au fur et à mesure du Tournoi avec son jeu au pied. Sûr en reprise des chandelles, on l’a peu vu relancer mais cela a payé. S’installera-t-il enfin derrière ?

14. Tommy Bowe. Deux essais contre les Anglais, un autre pour égaliser face à l’Ecosse, l’ailier irlandais a largement mérité son titre. Rien à dire.

13. Brian O’Driscoll. Faute de mieux ? BOD a toujours été dangereux, a marqué contre l’Ecosse mais il est toujours là, lui le centenaire en sélections. Un concurrent ? Les Anglais pensent à Bastareaud qui a fait un bon tournoi, surtout au début.

12. James Hook. Un choix très discutable car si Hook a marqué deux essais contre l’Italie, il n’a pas été si décisif parce qu’inconstant. Un Morrison, un Jauzion auraient mérité un meilleur sort. Mais sans doute n’ont-ils pas été déterminants et sont restés plus « anonymes » que le Gallois.

11.Sean Lamont. Symbole du fighting spirit écossais, Lamont a toujours été dangereux et sa puissance a posé bien des problèmes, y compris à la France. En défense, il a aussi été bon. Il s’impose à un poste où il n’y avait vraiment pas mieux.

10.Dan Parks. Remplaçant en début de Tournoi, Parks a dû assumer le but après la sortie de Paterson. Son expérience a fait le reste et il a été un des éléments clés de l’équipe écossaise. Certes, Parks n’a pas fait un méga tournoi mais aucun ouvreur n’a été splendide dans la compétition. C’est peut-être pour ça aussi que le Tournoi a été un peu plus décevant dans le jeu.

9.Morgan Parra. Le chef, le meilleur buteur du Tournoi. Parra est jeune et a pris une autre dimension cette année. Il a commis peu d’erreurs et il va s’installer durablement à ce poste, surtout s’il reste aussi bon au pied (n’en déplaise à des types comme Salviac qui disent qu’il ne l’est pas).

8.Johnnie Beattie. Sa course de 20 mètres avec trois Irlandais sur le dos a fait la décision par rapport à Harinordoquy. L’Ecossais a été excellent durant le Tournoi et a influé sur une bonne troisième ligne écossaise.

7.David Wallace. Toujours encore et encore. Présent pour faire le lien avant-arrières, Wallace est l’intenable flanker irlandais, qui a un surnagé dans un pack irlandais moins dominateur.

6.Thierry Dusautoir. Le capitaine et peut-être le meilleur 6 au monde, même si la concurrence est relevée à ce poste. Impressionnant par sa discipline, par son aura et par sa présence. La France a la chance d’avoir rapidement trouvé un successeur à Betsen. Dusautoir prolonge la tradition des grands flankeurs et rappelle peut-être un autre grand chelemard : Jean-Pierre Rives. Reste à lui trouver un surnom poétique plutôt que les termes bourrins de Lartot (découper, mais c’est pas possible, qu’il la ferme !)

5.Alastair Kellock. Énorme le deuxième ligne écossais. Présent partout où ça saute et dans les phases de regroupement, il incarne la générosité écossaise.

4.Lionel Nallet. Délesté de son rôle de capitaine, en meilleure forme, Nallet a été très présent où il devait être. Souvent là pour piquer les ballons, gros pousseur en mêlée, bon preneur en touche.

3.Nicolas Mas. Un pilier élu meilleur joueur d’un match c’est rare. Mais Mas est la première composante du Grand Chelem français en première ligne. Ce n’est pas le pilier le plus en avant, mais quel boulot, à un poste difficile comme celui de pilier droit. Les numéros un en face s’en souviennent, même les Anglais !

2.William Servat. Combatif, présent, généreux, bon lanceur (mais Sz a progressé dans le lancer), Servat a lui aussi confirmé ses bonnes sorties habituelles avec les Bleus.

1.Thomas Domingo. La surprise française. Remplaçant de Barcella blessé, le Clermontois a tout simplement tordu les piliers droits adverses, tout en étant présent et mobile. Il n’a que 24 ans, ce qui peut lui permettre de signer un (très) long bail. En tout cas, la France a désormais un bon groupe de piliers de classe mondiale. A confirmer contre la référence sud-africaine en juin.

William Servat, Nicolas Mas et Thomas Domingo : le trio infernal de la première ligne française, qui a martyrisé toutes celles qui s'opposaient à elle.

William Servat, Nicolas Mas et Thomas Domingo : le trio infernal de la première ligne française, qui a martyrisé toutes celles qui s'opposaient à elle.

Notez bien qu’aucun Anglais ni Italien n’ont été retenu quand ce quinze majeur. Ce sont aussi les deux équipes qui ont produit le moins de jeu, le moins intéressant. Les Écossais ont quatre représentants malgré leur avant-dernière place, les Gallois un seul et les Irlandais trois. Finalement, dans ce choix, peu sont vraiment contestables (Hook l’est davantage pour moi).

Quel sera le MVP du Tournoi ? Il se pourrait bien que ce soit Morgan Parra mais j’avoue que dans la sélection, Imanol Harinordoquy aurait mérité cette récompense.

Enorme dans les airs, dans le jeu, les regroupements, Imanol Harinordoquy est pour moi, et beaucoup, le meilleur joueur du Tournoi.

Enorme dans les airs, dans le jeu, les regroupements, Imanol Harinordoquy est pour moi, et beaucoup, le meilleur joueur du Tournoi.

Pour les pronostics, j’avais tout faux mais c’est pas grave.


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