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Belgique : interdiction de parler le français dans la périphérie de la « capitale de l’Europe »

Publié le 23 mars 2010 par Roman Bernard
Ou comment l’humoriste François Pirette a piégé la commune flamande de Dilbeek (vidéo)
Connaissez-vous Quiévrain ? Non ? Moi non plus. Après vérification, il s’agit d’une localité wallonne forte de quelques milliers d’habitants et située sur cette frontière franco-belge que je n’ai jamais cessé de considérer comme parfaitement inepte.

Lorsque les belgicains, les « belgolâtres », enfin, bref, les partisans (essentiellement francophones) d’une prétendue « patrie belge », créée de toutes pièces en 1830 pour répondre aux besoins des intérêts stratégiques et financiers de Londres et d’une certaine bourgeoisie francophone locale, veulent se démarquer de la France, ils évoquent un pays situé « outre-Quiévrain », tout comme l’on dirait, par exemple, outre-Rhin, à cette différence près que le Rhin, sur la carte d’Europe, c’est quelque chose, alors que Quiévrain s’apparente à un bled à peine trouvable sur une carte de Belgique. On a les références que l’on peut.

En parlant du Rhin d’ailleurs, j’aurais vu d’un bon œil, moi, la frontière française subsister sur la totalité de ses rives. Bonapartiste ? Pourquoi pas ! Pour moi, le 18 juin 1815, à Waterloo, nous connûmes une défaite, un désastre, et plus que jamais, je le clame : vive l’Empereur !

Certes, mais tout cela, me direz-vous, c’est terminé, fini, aux oubliettes, dans les poubelles de l’Histoire. D’abord, cher Monsieur, avez-vous vu le bourbier dans lequel nous sommes en Europe, en Occident, dans le monde ? Et visez un peu l’état de la France, hein, pas folichon, vous en conviendrez ? J’en conviens, j’en conviens…! Et vous vous voudriez peut-être essayer de nous fourguer en sus cette Wallonie et cette ville de Bruxelles qui ont la réputation d’être des régions sérieusement paupérisées et pas le moins du monde dynamiques du point de vue économique, des gouffres, des tonneaux des Danaïdes, des assistées éternelles, des dévoreuses d’aides européennes qui, à peine versées, disparaissent comme neige au soleil, englouties dans des projets aussi mégalomaniaques qu’inutiles, telle votre gare de Liège, là, complètement démentielle, un aéroport que vous avez bâti, pas une gare de chemin de fer, non ! Et où, je vous le demande ? Quelque part sur la Meuse, perdu on ne sait où dans l’ancienne Germanie inférieure ! Soit, je vous l'accorde !

Je n’essaie d’ailleurs pas de vous filer ma camelote, que nenni ! Partisan du rattachement à la France de toutes les communes de Belgique majoritairement francophones, ma foi, je l’ai été. Je le suis même encore. Du moins, théoriquement. Eh bien oui : voyez-vous encore la France, dans l’état qui est le sien, et quand bien même cela en vaudrait encore la peine, se lancer dans l’aventure d’une révision de frontière ? Non, et certainement pas avec Kouchner, bien plus préoccupé par l'Afrique et les Caraïbes. En outre, l’état de délabrement de Bruxelles et de la Wallonie, avec leur moyenne de 20 % de chômeurs, aura tôt fait de vous convaincre qu’il s’agit là de cadeaux bien empoisonnés. De l’assistanat, encore de l’assistanat, me hurlera-t-on aux oreilles, nous n’en voulons pas ! Oui, d’accord, j’ai bien compris…!

Mais alors quoi, Monsieur, vous n’êtes donc pas belge, vous ne vibrez pas aux accents de la Brabançonne, vous ne vénérez point le drapeau et la monarchie belges ? Voilà, c’est ça, vous avez tout compris ! Je n'ai de belge que ce qu'il y a d’écrit sur mes papiers d’identité, rien de plus ! Ha mais qu’êtes-vous alors ? Gallique, Mesdames et Messieurs, parfaitement ! Référence communautaire pure souche et absolument pas nationaliste, ni régionaliste ! Gallique, c’est-à-dire Occidental de langue et de culture françaises, compatriote de tous les Occidentaux de langue et de culture françaises, qu’ils soient du Québec ou de Romandie, de Bruxelles ou de Picardie, de Paris ou de Wallonie ! Faudra que je vous parle un jour de l’approche « communautariste » telle qu’on l’entend « outre-Quiévrain », mais tel n’est pas mon propos aujourd’hui, cela nous mènerait bien trop loin.

Mais dites donc, indécrottable incivique, nous direz-vous au moins d’où vous vient ce rejet si tenace de ce qu’aucuns croient, de toute évidence naïvement, être votre patrie nationale ? Ha là, pour que vous me compreniez et que vous compreniez bien la vidéo délirante de surréalisme qui va suivre, faut tout de même que je vous explique le mælstrom dans lequel nous vivons, « outre-Quiévrain ». Je vais essayer de ne pas faire long, de ne pas vous saouler avec nos fondamentales inepties ; ça ne va pas être facile, autant vous prévenir.

La Belgique est un État fédéral composé de trois régions (Région de Bruxelles-Capitale, Wallonie, Flandre) et de trois communautés (francophone, néerlandophone, germanophone). La communauté française (car oui, on la nomme ainsi), rassemble les francophones de Bruxelles et de Wallonie ; la communauté flamande rassemble les néerlandophones de Bruxelles et de Flandre ; la communauté germanophone regroupe les 60 000 germanophones présents dans l’est de la Wallonie, du côté d’Eupen et Malmédy. Ok, vous suivez toujours ?

Au cœur de ce dispositif géopolitique tordu, il y a Bruxelles. Vous aurez remarqué que les deux principales communautés de Belgique sont représentées dans cette région qui apparaît donc comme la seule région bilingue français-néerlandais de l’État belge. Et c’est là que les Romains s’empoignent. La région de Bruxelles, composée en outre de 19 communes distinctes, compterait 85 % de francophones et 15 % de néerlandophones (encore que l’immigration et la présence de nombreux eurocrates a considérablement bouleversé la donne démographique de la ville, mais soit, je simplifie, sinon vous n'allez plus rien y comprendre).

Le territoire de la région de Bruxelles est enclavé dans le territoire qui relève administrativement de la Flandre. Autrement dit, pour sortir de Bruxelles, vous devez forcément passer par le territoire flamand. Mais où diable est le problème, me direz-vous, on n’est tout de même pas dans le Berlin-Ouest de la « Guerre froide » ! Non, certes, pas tout à fait, heureusement, mais il y a un peu de ça quand même, car le voici, le problème.

La Flandre considère que la région de Bruxelles lui appartient historiquement et qu’elle est même sa capitale. En revanche, les Bruxellois, qui ne comptent parmi eux qu’une minorité de néerlandophones, considèrent, soit que Bruxelles a droit à son autonomie, notamment en tant que « capitale de l’Europe », soit qu’elle appartient de fait à la Francophonie et n’a donc rien à faire en Flandre. En réponse aux visées annexionnistes flamandes, les Bruxellois revendiquent en outre le droit à l’extension de leur ville aux communes périphériques, administrativement flamandes, mais dont certaines sont peuplées de nombreux francophones, parfois même très majoritairement (ex. : la commune de Linkebeek). Pour votre information, sachez que la périphérie de Bruxelles n’a rien de commun avec certaines banlieues françaises « sensibles », mais constituent, bien au contraire, un havre de bourgeoisie prospère.

Pour compliquer encore ce tableau enchevêtré, sachez que les francophones de certaines communes flamandes périphériques (six en tout) se sont vu accorder des « facilités linguistiques ». Celles-ci sont toutefois largement remises en question par la Flandre aujourd’hui qui craint, par-dessus tout, l’extension de Bruxelles et des populations francophones sur son territoire. Aussi, pour endiguer ce qu’elle considère comme une menace pour sa survie culturelle, la Flandre tente-t-elle d’interdire l’usage du français sur son territoire, et particulièrement dans les communes de la périphérie de Bruxelles, ce qui aboutit, l’on s’en doute, à des situations aussi burlesques qu’ubuesques.

Certains me diront que je ne peux qu’exagérer, que l’on ne peut avoir eu l’idée saugrenue d’installer la « capitale de l’Europe » (j’insiste sur les guillemets puisqu’il ne s’agit évidemment que de la capitale de l’ « Euromarket », mieux connu sous la dénomination surréaliste d’ « Union européenne ») dans un tel champ de betteraves, que tout cela paraît parfaitement fantaisiste. Bien plus que vous ne le pensez, croyez-moi, preuve à l’appui.

Parmi les communes flamandes de la périphérie de Bruxelles les plus acharnées à endiguer la marche de la langue française, l’on trouve la commune de Dilbeek. Or, il y a quelques jours, l’humoriste et imitateur wallon, François Pirette, a piégé téléphoniquement des fonctionnaires de cette commune, en se faisant passer pour un diplomate africain installé à Paris, unilingue francophone et soucieux de trouver, pour un collègue, un logement sur le territoire de la commune de Dilbeek.

Voici la vidéo. Jugez vous-même du délire. Bon amusement !

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Comme quoi, la réalité dépasse souvent la fiction, et Michel Colucci, fils d’un émigré italien nommé Honorio Colucci, ce Coluche donc, qui a popularisé les « blagues belges » en imitant fort mal un accent bruxellois (et non belge) qu'il ne connaissait guère, n’avait peut-être pas autant d’imagination et d’originalité qu’on l’a dit.

Pour en savoir plus sur un sujet, rien de tel que de remonter jusqu’à sa source : je viens de le démontrer.

Éric Timmermans, Bruxelles


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