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Equipe de France : Lièvremont, le nouveau Laporte ?

Publié le 24 mars 2010 par Lben

Et si on était revenu au meilleur des années Laporte ? Au moment du Grand Chelem 2002, lorsque l’équipe de France dominait l’Europe et nous annonçait un nouveau rugby avec le système des blocs qui, soi-disant, annonçait la domination de la France à la Coupe du Monde ? C’est vrai que le parallèle est tentant et demande à être approfondi avec, en point de mire, la question fatale : est-ce que le résultat de l’équipe de France à la Coupe du Monde 2011 sera le même qu’en 2003 ?

Lièvremont ne fait rien de mieux que Laporte :

Au vu de la manière dont joue l’équipe de France ou plutôt de la manière dont elle réussit à faire déjouer ses adversaires grâce à une défense et une conquête de fer, il est facile de faire le rapprochement avec le meilleur des années Laporte. On pourrait même dire que, à un moment donné, Bernard Laporte était allé plus loin que Marc Lièvremont avec la théorisation de son système d’attaque grâce au principe des blocs. C’est vrai que lorsque l’on regarde l’animation offensive de l’équipe de France 2010, elle n’a rien de bouleversante. Mis à part quelques belles sautées de François Trinh-Duc qui ont profité du leurre Bastareaud ou des faiblesses de la défense de ligne Italienne, il y a peu de satisfaction à en retenir. Côté joueur, Bernard Laporte possédait une charnière expérimentée avec Fabien Galthié – Gérald Merceron, une paire de centre Traille – Marsh qui se complétait et un triangle arrière Rougerie – Brusque – Bory beau à voir jouer. Il avait aussi su se passer de Yannick Jauzion. Marc Lièvremont a composé avec les blessures de Traille, Mermoz au centre et les méformes de Médard et Heymans pour composer une ligne de trois-quarts où la charnière Parra – Trinh-Duc est jeune et en recherche d’expérience, la paire de centre, Jauzion- Bastareaud, pas très complémentaire, et les ailiers, pour cause de malédiction, se sont succédés, de Rougerie pour les 5 premières minutes du Tournoi jusqu’à Andreu en passant par Fall, Clerc, Malzieu et Palisson.

Si l’on compare les 2 époques, on sent que la ligne de trois-quart de 2002 était arrivé à maturité alors que celle de 2010 est encore loin du compte. Est-ce grave ? Non, car apparemment celle de 2002 n’avait pas su suffisamment évoluer pour faire la différence en Coupe du Monde lors de la demi-finale face à l’Angleterre. Alors est-ce que l’on peut espérer beaucoup de cette ligne de trois-quarts version 2010 ? Non plus car, en l’état, elle présente des faiblesses rédhibitoires. Malgré leur talent individuel Yannick Jauzion et Matthieu Bastareaud ne sont pas complémentaires. Heureusement des solutions existent avec, bien sûr, Maxime Mermoz qui peut, très vite, devenir le centre que le monde nous envie. Derrière David Marty continue de progresser, Florian Fritz et Yann David ne sont pas largués et Damien Traille a le potentiel pour mettre tout le monde d’accord. La charnière n’est, elle, pas complémentaire. Morgan Parra a réalisé un beau Tournoi mais il ne faut pas oublier qu’il l’a fait derrière un pack dominateur et l’équipe de France aura besoin d’une charnière capable de dominer le jeu quel que soit la performance de son pack. C’est là où le manque de complémentarité physique de la paire Parra – Trinh-Duc risque de poser problème. Même si ces 2 là méritent la confiance, il ne faut pas exclure Sébastien Tillous-Borde et Lionel Beauxis si celui-ci se remet en question. Pour le triangle arrière, l’incertitude est de taille. Clément Poitrenaud a réalisé un beau Tournoi mais n’a quand même pas été exceptionnel sur ce qui est censé être son point fort, la relance. Et à un moment donné, il n’y a qu’à partir de ballons de relance qu’un match peut basculer. Sur les ailes, les entraîneurs ont 1 an pour se trouver une paire de titulaires parmi une petite dizaine de candidats. Il y a bien des pays qui aimeraient avoir un tel choix.

En tout cas, ce qui manque le plus à cette ligne de trois-quart, c’est le temps. Ce n’est pas nouveau mais l’enjeu est de taille. A la différence de Bernard Laporte qui voulait théoriser les différents temps de jeu, Emile N’Tamack est de l’école Toulousaine, adepte de l’intelligence situationnelle, c’est à dire de la capacité des joueurs à trouver des solutions quel que soit le type de situation. Mais pour cela il faut que les joueurs passent du temps ensemble pour se créer des repères communs. Et le mode de fonctionnement de l’équipe de France ne le permet bien sûr pas. Alors, de nouveau, il faudra attendre le début juillet avant la Coupe du Monde pour commencer véritablement à travailler ensemble. Là, heureusement, les 2 mois de préparation plus le début de la compétition devraient permettre à la ligne de trois-quarts de se constituer des bases de jeu solides, capables de porter l’équipe aussi bien que ne l’a fait son pack pendant ce Tournoi.

Beaucoup de choses ont changé entre les époques :

Le problème rencontré par les 2 sélectionneurs reste que l’équipe de France n’est pas la priorité du rugby français qui navigue à vu entre les compétitions et oblige ses joueurs à être ceux qui jouent le plus au monde. Encore une fois, cela n’a pas été préjudiciable lors du Tournoi mais cela pèse sur les résultats de l’équipe de France et, tant que la formule du Top14 restera en l’état, ce n’est pas près de changer. Pourtant, il y a quand même une petite lueur d’espoir qui vient des rapports entre la fédération et la Ligue qui ont permis, cette année, de protéger les joueurs en prévision du match du vendredi au Pays de Galles. Sans cela, je ne crois pas que le Grand Chelem aurait été possible. Et, dès à présent, les 2 entités discutent pour protéger un minimum l’équipe de France la saison prochaine. C’est peu mais, dans le rugby français, c’est déjà beaucoup.

Autre grande différence entre les époques, autant Bernard Laporte, par sa personnalité, centralisait les pouvoirs, autant Marc Lièvremont a la volonté de s’appuyer sur Emile N’Tamack et Dider Retière pour gouverner. Le passage de l’annonce d’une équipe tout en traction arrière en 2008 à la réalisation d’un Grand Chelem tout en traction avant en 2010 est totalement révélateur de l’importance de chacun dans la construction de cette équipe. Cette volonté de démocratie est une garantie en comparaison avec une époque où, en plus de gouverner seul, le sélectionneur se voulait omniprésent dans les affaires et la politique. Du coup, ce trio-là a les moyens de prendre les bonnes décision aux moments importants.

Par contre, difficile de ne pas finir sur une note négative en prévision d’une Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande, dans un pays où tout va être fait pour que ce soit l’équipe locale qui la gagne. Finir magnifique second ne peut plus être un objectif pour le rugby français qui est la seule grande nation de ce sport à ne jamais avoir été champion du monde. Alors, je ne voudrais pas être négatif mais, d’une part, l’équipe de Marc Lièvremont doit, l’année prochaine, composer avec les conséquences de 2007 : jouer dans la poule de la Nouvelle-Zélande, ce qui oblige à un exploit : soit battre les All Blacks dès les matchs de poule pour finir 1er, soit battre 3 des meilleures nations du monde en 3 semaines de rang, ce qui n’a jamais été réalisé encore. Du coup, malgré un beau Grand Chelem et plein de lueurs d’espoirs dans le futur de cette équipe, c’est à se demander si la France sera un jour championne du Monde…


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