Magazine Poésie

Dieu invisible au philosophe (Victor Hugo)

Par Arbrealettres
Dieu invisible au philosophe	(Victor Hugo)


Le philosophe allait sur son âne; prophète,
Prunelle devant l’ombre horrible stupéfaite,
Il allait, il pensait.

Il allait, il pensait. Devin des nations,
Il vendait aux païens des malédictions,
Sans savoir si des mains dans les ténèbres blêmes
S’ouvraient pour recevoir ses vagues anathèmes.

Il venait de Phétor; il allait chez Balac,
Fils des Gomorrhéens qui dorment sous le lac,
Mage d’Assur et roi du peuple moabite.
Il avait quitté l’ombre où l’épouvante habite,
Et le hideux abri des chênes chevelus
Que l’ouragan secoue en ses larges reflux.
Morne, il laissait marcher au hasard sa monture,
Son esprit cheminant dans une autre aventure;
Il se demandait: « Tout est-il vide? et le fond
N’est-il que de l’abîme où des spectres s’en vont?
L’ombre prodigieuse est-elle une personne?
Le flot qui murmure, est-ce une voix qui raisonne?
Depuis quatre-vingts ans, je vis dans un réduit,
Regardant la sueur des antres de la nuit,
Écoutant les sanglots de l’air dans les nuées.
Le gouffre est-il vivant? Larves exténuées,
Qu’est-ce que nous cherchons? Je sais l’assyrien,
L’arabe, le persan, l’hébreu; je ne sais rien.
De quel profond néant sommes-nous les ministres?…»
Ainsi, pâle, il songeait sous les branches sinistres,
Les cheveux hérissés par les souffles des bois.
L’âne s’arrêta court et lui dit: « Je le vois. »

(Victor Hugo)



Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • L’Etreinte (Victor Hugo)

    Mon bras pressait ta taille frêle Et souple comme le roseau: Ton sein palpitait comme l’aile D’un jeune oiseau. Longtemps muets, nous contemplâmes Le ciel où... Lire la suite

    Par  Arbrealettres
    POÉSIE
  • Certes, elle n'était pas femme(victor hugo)

    Certes, elle n'était pas femme Certes, elle n'était pas femme et charmante en vain, Mais le terrestre en elle avait un air divin. Lire la suite

    Par  Carambaole
    POÉSIE
  • Les femmes (Victor Hugo)

    Les femmes sont sur la terre Pour tout idéaliser; L’univers est un mystère Que commente leur baiser. C’est l’amour qui, pour ceinture, A l’onde et le... Lire la suite

    Par  Arbrealettres
    POÉSIE
  • Tu me regardais (Victor Hugo)

    regardais (Victor Hugo)

    Mon bras pressait la taille frêle Et souple comme le roseau; Ton sein palpitait comme l’aile D’un jeune oiseau. Longtemps muets, nous contemplâmes Le ciel où... Lire la suite

    Par  Arbrealettres
    POÉSIE
  • Si mes vers avaient des ailes (Victor Hugo)

    vers avaient ailes (Victor Hugo)

    Mes vers fuiraient, doux et frêles, Vers votre jardin si beau, Si mes vers avaient des ailes, Des ailes comme l’oiseau. Il voleraient, étincelles, Vers votre... Lire la suite

    Par  Arbrealettres
    POÉSIE
  • Chanson (Victor Hugo)

    Si vous n’avez rien à me dire, Pourquoi venir auprès de moi? Pourquoi me faire ce sourire Qui tournerait la tête au roi? Si vous n’avez rien à me dire,... Lire la suite

    Par  Arbrealettres
    POÉSIE
  • Jeanne (Victor Hugo)

    Jeanne (Victor Hugo)

    Sais-tu, Jeanne, à quoi je rêve? C’est au mouvement d’oiseau De ton pied blanc qui se lève Quand tu passes le ruisseau. Et sais-tu ce qui me gêne? Lire la suite

    Par  Arbrealettres
    POÉSIE

A propos de l’auteur


Arbrealettres 2788 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossiers Paperblog

Magazine