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Le sommet de la Ligue arabe, c'est du théâtre

Publié le 29 mars 2010 par Tanjaawi

Les dirigeants arabes se réunissent actuellement en Libye pour un sommet rituel tenu presque chaque année depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Mahmoud Abbas, chef de l'Autorité de Ramallah, au dernier sommet arabe - Photo : Gallo/Getty


Bien que la Ligue des États arabes (aussi communément appelée la Ligue arabe) a été créée en 1945, il a fallu attendre 1964 pour que les États membres se soient réunis pour la première fois au siège du Caire pour discuter de la menace israélienne sur les ressources en eau.
Les dirigeants arabes s'étaient retrouvés de façon unanime pour étudier le danger représenté par les plans israéliens visant à détourner les eaux du Jourdain. Le plan établi au sommet a été aussi efficace que les plans militaires arabes ultérieurs pour faire face à la menace israélienne...
La Ligue arabe a été fondée à l'instigation des Britanniques, de même que le Conseil de Coopération du Golfe a été fondé sous l'impulsion des États-Unis. Il ne faut pas imaginer que ces puissances extérieures fassent pression pour l'unité arabe, en fait, c'est tout le contraire qui s'est produit.
Les puissances occidentales ont toujours été hostiles à tous les efforts pour l'unité arabe, en particulier quand Gamal Abdel Nasser, l'ancien président égyptien, était le symbole des pouvoirs arabes nationalistes. Mais les occidentaux ont favorisé des alliances régionales qui privilégiaient la sécurité occidentale et leurs objectifs politiques.
La Ligue arabe a représenté un compromis entre les attentes populaires arabes pour une entité arabe plus forte sur le plan politique, et les préoccupations des Britanniques face au nationalisme émergeant. Les sommets arabes n'ont pas réussi à capter l'attention du public arabe depuis la défaite de la Jordanie, de la Syrie et de l'Égypte face à Israël en juin 1967. Avant cette date, les Arabes avaient espéré que leurs dirigeants sauraient planifier et appliquer une opération militaire sérieuse pour vaincre Israël et libérer la Palestine.
Grandes promesses
Avant l'occupation par Israël de la Palestine en 1948, les journaux arabes avaient coutume d'envoyer leurs meilleurs correspondants pour couvrir les réunions pan-arabistes. Les articles de l'époque étaient remplis de références à des plans solides our vaincre le sionisme, sans même tolérer que l'Etat juif soit créé.
Les discours étaient fougueux et les promesses grandioses. Les dirigeants arabes ont même signé entre eux un pacte militaire. Le mot clé était « unis ». Les dirigeants arabes étaient censés coordonner leurs initiatives politiques, diplomatiques et militaires, surtout quand il s'agissait d'affronter le sionisme et de venir en aide aux Palestiniens.
Bien évidemment, la première guerre en 1948 a été une expérience humiliante pour les Arabes, et un coup dévastateur pour les aspirations palestiniennes. Le pacte militaire n'a pas donné grand'chose : la désorganisation des troupes arabes entrées en Palestine pour empêcher l'état hébreu d'occuper la Palestine a souvent entraîné des tirs « amicaux » entre elles.
En fin de compte, les régimes qui avaient envoyé les armées arabes en 1948 ont été renversés (sauf en Jordanie). De nouveaux gouvernements arabes sont arrivés au pouvoir en Syrie, en Irak, en Egypte, puis au Soudan et en Libye. Les nouveaux régimes utilisaient le vocabulaire du nationalisme arabe et promettaient une solution rapide à l'occupation de terres arabes.
Amin Hafiz, le président syrien en 1963, affirma avoir un projet crédible qui réglerait la question d'Israël en trois jours. Nasser, il faut le dire à son actif, a été plus prudent et a souligné que la planification de la libération de la Palestine nécessitera des années d'une préparation précise.
Mais lui aussi était mal préparé et il a pris des décisions fatidiques (par exemple être entraîné dans la guerre au Yémen, ou avoir nommé Abdul-Hakim Amir, notoirement incompétent, comme commandant des forces égyptiennes, puis s'être laissé entraîner en 1967 par la Jordanie et la Syrie dans des risques mal calculés qui ont entraîné la défaite finale).
Douche froide
Les Arabes en général faisaient des distinctions influencées par la rhétorique politique de Nasser entre « les régimes arabes progressistes » et « les régimes arabes réactionnaires » - les « queues des puissances coloniales », comme Nasser les appelaient.
Cette distinction a été enterrée en Juin 1967 lors de la Guerre des Six Jours, un tournant dans l'histoire arabe. Tous les espoirs placés sur Nasser et l'idéologie socialiste baasiste ont été déçus. On peut affirmer que les sommets arabes n'ont plus eu d'importance après ce jour, au moins en ce qui concerne les peuples arabes.
Nasser participa au sommet arabe de Khartoum en 1967 mais c'était un homme brisé, et il lui fallait compter sur l'aide de l'Arabie Saoudite et des autres états arabes pour reconstruire ses armées.
Pour les populations arabes, il n'était plus pertinent de faire une distinction entre les deux camps dans la politique arabe. Tous les deux avaient échoué à tenir leurs promesses.
Les dirigeants arabes ont continué à se réunir en sommets irrégulièrement tenus. Mais plus personne n'y prêtait attention. Personne ne s'attendait à ce que des dirigeants arabes résistent à Israël lorsque celui-ci a envahi le Liban en 1982, ou quand il a attaqué Gaza en Décembre 2008, ou quand il a attaqué le Liban en 2006, ou lorsque les États-Unis ont à deux reprises attaqué l'Irak.
Les dirigeants arabes se réunissent aujourd'hui pour une foule de raisons qui n'ont rien à voir avec les aspirations des peuples arabes ou les rêves d'unité. Ils se réunissent d'abord et avant tout pour avoir l'honneur d'accueillir le sommet à la place d'un autre.
Chaque année, un chef d'Etat arabe joue à accueillir le sommet. Qui lui apportera un certain degré de prestige formel. Le dirigeant de ce pays reçoit plus de visiteurs et dignitaires que d'habitude et il est visible sur la chaîne de télévision d'Etat, recevant les chefs d'Etat et des représentants d'organisations internationales.
Donner l'impression d'être affairés
Ensuite, fréquemment les dirigeants arabes se réunissent afin d'appliquer les diktats américains.
Hosni Mubarak, le président égyptien, a organisé à la hâte une réunion de la Ligue arabe au Caire à l'été 1990 en vue de prévenir qu'un consensus arabe puisse se développer pour résoudre la crise créée par l'invasion irakienne du Koweït, car les États-Unis poursuivaient leurs propres objectifs qui étaient d'expulser l'armée de Saddam et de déployer leur puissance dans la région.
Le sommet arabe de Beyrouth en 2002 a été aussi une tentative (en grande partie par l'Arabie saoudite, mais aussi par les gouvernements d'autres pays arabes) de parer à la colère de l'administration Bush dans la foulée des attentats du 11 Septembre.
Les dirigeants arabes ont une autre raison de se rencontrer. Ils aiment donner l'impression de s'affairer, qu'ils s'occupent des problèmes des peuples. Mais à un certain niveau, ils sont bien conscients que personne ne leur prête attention.
Les dirigeants arabes font toujours de longues déclarations fleuries mais qui ne sont lues par personne. Ce n'est plus l'époque de Nasser. C'est l'époque du vieillissement des dirigeants arabes (ou leurs fils), qui manquent de charisme et de popularité.
C'est l'ère de la domination américaine au Moyen-Orient où il est laissé peu de place aux dirigeants arabes pour manoeuvrer.
Les sommets arabes ont été capables d'au moins quelques surprises rhétoriques. « Les trois Non » de Khartoum (pas de paix avec Israël, non à la reconnaissance, et non à la négociation) en 1967 sont les plus célèbres, mais nous savons maintenant que les gouvernements qui avaient officiellement approuvé cette formulation négociaient déjà secrètement avec les Israéliens.
Le gouvernement américain appui maintenant un couvercle très serré sur les régimes qu'elle contrôle. Quand le roi Abdallah, le monarque saoudien, traitait l'occupation américaine en Irak comme « illégitime » lors de son discours d'ouverture à l'occasion du sommet arabe de Riyad en 2007, une crise diplomatique s'en est suivie et le roi n'a plus jamais utilisé cette expression depuis.
Les peuples arabes sont désormais habitués à ces rassemblements d'où sortent de longs documents insipides que personne (sauf les traducteurs dans les ambassades étrangères) ne lit réellement.
Entre regarder des séries télévisées syriennes ou turques, et suivre le déroulement des sommets arabes, les peuples arabes usent de la télécommande. Le temps est révolu où ils étaient soumis à un contrôle étatique qui les assommaient, à travers une chaîne unique de télévision, avec les discours et les visites des « chers dirigeants arabes ».As’ad AbuKhalil - Al Jazeera / info-palestine

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