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Le 27 Mars, à 20h 45, " L'ODYSSEE DES POLYNESIENS " sur ARTE.

Par Ananda
Ce documentaire, très maritime, nous convie à un passionnant "jeu de piste ethnologique dans un décor de rêve".
Tout d'abord, le cadre : le Pacifique, qui est "le plus grand océan du monde", et ses kyrielles d' "îles éparpillées dans un immense triangle dont le centre est Tahiti".
Sur cette immensité, le plus étonnant : "un seul et même peuple : les Polynésiens", dont l'origine, mystérieuse, intrigue et fascine depuis fort longtemps les voyageurs.
"D'où viennent-ils ?", voici l'interrogation à laquelle ce documentaire se propose de répondre.
Et aussi, comment expliquer l' "histoire remarquable" qui fut la leur, celle de "gens  dotés d'outils de pierre" (et de rien d'autre) qui ont cependant réussi à "coloniser" une étendue telle que celle du plus vaste océan du monde ?
Au XXème siècle, cette énigme déchaîne la passion de nombreux marins, qui "s'élancent sur l'océan" dans le but de "revivre cette épopée avec des embarcations toutes plus improbables les unes que les autres".
Il faut savoir qu'au moment des premiers contacts, au temps des Cook et des Bougainville, tous les archipels polynésiens "étaient pleins de pirogues de toutes tailles, qui étaient capables de naviguer en haute mer".
Hélas, en 1850, les Européens, pour servir leurs propres intérêts dominateurs, n'eurent de cesse de dissuader, par persuasion et par l'entremise de leurs missionnaires chrétiens, les autochtones de construire de grandes pirogues de voyage; il fallait les fixer pour mieux les contrôler et les pirogues leur assuraient trop d'indépendance.
Très vite, l'énigme du peuplement polynésien suscite en eux deux théories :
- les Polynésiens auraient effectué de "véritables voyages d'exploration"
- tout au contraire, ils n'auraient fait qu'arriver sur les îles "par accident", en se laissant simplement "dériver".
La seconde théorie, qui nie le génie de la navigation  et, plus généralement, celui de la culture polynésienne, et, par conséquent, sert le système colonial, l'emporte haut la main, et il faudra énormément de temps pour qu'elle se retrouve enfin réfutée.
Au début du XXème siècle, les malheureux habitants originels de la Polynésie "n'ont plus que leurs légendes" (telles celle du Maauwi) pour évoquer "la gloire de leurs origines". Une fois de plus, culture écrasée, ravalée au rang de moins que rien par le joug du colonialisme des Blancs !
Après la seconde guerre mondiale, l'expédition du Kon-Tiki aboutit à réimposer le point de vue des missionnaires européens en tentant, en prime, de prouver que le peuple polynésien venait d'Amérique du Sud. Elle fortifia donc encore la "version coloniale de l'histoire", tellement commode : les Polynésiens étaient des primitifs, bien incapables de maîtriser, de planifier quoi que ce soit (que faites-vous de "l'insouciance des îles" ?) !
Cependant, et fort heureusement pour leur amour-propre malmené, les années 1950 voient la construction du premier catamaran, directement inspiré de leurs grandes pirogues, par le navigateur génial Erick de Bishop, lequel, sur son embarcation, parvient à réaliser la traversée du Pacifique, de l'Océan Atlantique et de l'Océan Indien.
Erick de Bishop avait été traversé par une "intuition" relative aux "qualités de navigateurs des Polynésiens".
Partant du principe, fort simple et fort pragmatique, qu' "un marin part toujours contre le vent pour pouvoir rentrer chez lui", il fait ensuite construire un radeau de bambou dénué de la moindre pièce métallique et, le 15 novembre 1956, il prend la mer. Six mois de "véritable navigation contre le vent, vers l'Amérique du Sud" (totalement à l'opposé d'Heyerdahl) l'attendent. Des marins ayant participé à cette aventure témoignent : "l'embarcation était très stable". Ce fut, ainsi, un total succès.
Là-dessus, au milieu des années 1960, la recherche scientifique se mit de la partie et effectua une importante percée. Grâce à "une simulation sur ordinateur de 120 000 voyages", on acquit décisivement la certitude que "les premiers Polynésiens n'ont pas dérivé depuis l'Amérique du Sud".
Une étude portant sur la végétation présente en Polynésie prouve  que, pour cent plantes introduites par les Polynésiens dans les archipels du Pacifique, 97 sont sans nul doute possible, originaires de l'Asie du Sud-Est.
De même, l'étude de la génétique des bactéries contenues dans l'estomac, comme celle du langage (un des exemples les plus frappants dans ce dernier domaine est le mot "mata") pointent du doigt un lieu extrêmement précis en Asie du Sud-Est : l'île de Taïwan.
Cette convergence d'indices balaie définitivement les fantasmes et les incertitudes.
"Pendant des millénaires, la migration polynésienne s'étend, par vagues successives". En 300 avt JC, les Polynésiens découvrent Tahiti, et s'y installent; vers l'an mil, les voici qui abordent les rivages de la Nouvelle-Zélande.
Il s'agit ici bel et bien d'une "colonisation méthodique" extrêmement organisée, reposant sur une "navigation sans boussole sur de longues distances". Les grandes pirogues hawaïennes, il y a encore 500 ans, ne mesuraient pas moins de douze mètres !
L'invention, à Tahiti, de la grande pirogue à balanciers joua un rôle déterminant dans l'audacieuse expansion de ce grand peuple maritime.
Nous savons à présent que les pirogues de la Grande Migration transportaient hommes, femmes, enfants, animaux et denrées.
En 1975, une expédition en Micronésie réserva une sacrée surprise, puisqu'elle découvrit qu'un vieillard savait encore fabriquer ces grands et ingénieux moyens de navigation.
Le film nous montre , à ce moment-là, toute une communauté à l'oeuvre : les femmes, en train de fabriquer les cordages en fibre de noix de coco (tâche qui n'est confiée qu'à elles), l'assemblage des balanciers (qui figurent, dans la riche symbolique polynésienne, l'élément féminin alors que la pirogue en elle-même représente l'homme), et, enfin, la mise à l'eau de l'embarcation toute neuve, moment sollennel.
Nous avons affaire à de réelles "technologies maritimes".
Les Polynésiens, certes, pour naviguer, se passaient de cartes et de boussoles (et autres instruments), mais "la culture orale transmettait la connaissance des forces de la nature" : étoiles, oiseaux, vents et courants. A titre d'exemple, "une étoile juste au dessus des voiles" constituait un précieux guide.
Non, décidément, les Polynésiens peuvent être fiers de ce qu'il ont accompli : ils "maîtrisaient le plus vaste des océans et colonisèrent des multitudes d'îles".
Les traces archéologiques qu'ils y ont laissé plaident en faveur d'importants réseaux d'échanges, témoins d'une économie active, "riche", autant que d'une brillante "civilisation maritime".
Répétons-le encore, les îles ont été "habitées par choix".
C'est alors que nous découvrons, enfouis sous la végétation luxuriante des Iles Marquises, de splendides pétroglyphes, tous centrés sur la représentation de la pirogue sur l'eau, lesquels, comme on s'en doute, se retrouvent dans tout le Pacifique. Preuve supplémentaire, s'il en était besoin, que "la mer était un élément de communication, de survie" et que "la pirogue (fortement liée à l'ancêtre-chien) était l'essence de la société, l'âme de la Polynésie".
D'ailleurs, "chaque partie d'une pirogue appartenait à une famille", ce qui resserrait beaucoup les liens de cette société très solidaire.
En Nouvelle-Zélande, autre terre polynésienne, nous faisons la connaissance de Francis Cowan, "constructeur traditionnel et sculpteur de pirogues". Il nous apprend que la construction d'une pirogue Hawaïki-Nui nécessite sept mois de travail et qu'il l'accomplit dans un grand "souci d'authenticité". Une traversée reliant Tahiti à la Nouvelle-Zélande (soit 2800 km) a été menée à bien, à bord d'une pirogue Hawaïki-Nui, en 1985. Bilan : "ça n'a pas été difficile", il a suffi de suivre les "chemins d'étoiles", les principales étoiles étant Vénus et la Croix du Sud, points de repère toujours visibles en ces cieux.  "Pas besoin de GPS; on garde le cap sur l'étoile Vénus" commente  on ne peut plus tranquillement Cowan.
Et, au cas où l'on exigerait encore un élément de preuve, le documentaire appelle à la rescousse les grands mythes fondateurs de l'univers polynésien, qui situent le lieu d'origine de ce peuple (Havaïki) à l'ouest, du côté où le soleil se couche, tandis que le trajet des morts, selon lui, "va en sens contraire".
Il est certain que "l'appel du large" prenait les Polynésiens aux tripes.
Entourés d'eau, peut-être se sentaient-ils à l'étroit et, sans doute aussi, les ressources s'épuisaient-elles vite, en cas de surpopulation. Alors, courageusement, on partait, on tentait l'aventure...qui n'était, certes, pas sans risques. "On est toujours dans des conditions de naufrage sur une pirogue. Nos ancêtres avaient maîtrisé l'art du naufrage" reconnaît, respectueusement quoique avec une certaine pointe d'humour, un homme des îles.
Et en effet, on peut à bon droit imaginer qu'il doit y avoir eu "un nombre incalculable de naufrages", de tragédies pour ponctuer les installations des Polynésiens dans le Pacifique.
Ils ne nous en apparaissent que plus héroïques, plus dignes de respect.



P.Laranco.

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