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La place n'est pas mauvaise mais...

Publié le 30 mars 2010 par Sully

Le Président de la République, on le sait, est un excellent communicant. Rien de tel, par exemple, d’une bonne prise de bec publique avec sa Secrétaire d’Etat à l’Ecologie, à propos du renoncement présidentiel sur la taxe carbone, pour faire taire immédiatement les rumeurs sur leur flirt qui ont fait les choux gras de la presse mondiale.
Alors que penser de cette déferlante d’informations concernant la non-candidature de Nicolas Sarkozy en 2012 ? Le Président aurait-il perdu la main ?
Tout d’abord, c’est madame Sarkozy qui a ouvert le bal en indiquant, sur TF1 puis dans le Figaro Magazine, deux médias que nul ne songe à taxer d’antisarkozysme primaire (ni même quaternaire), alors qu’on l’interrogeait sur l’éventualité d’un second mandat : « En tant qu’épouse, je ne le souhaite pas vraiment. [En tant que citoyenne, cette électrice de Ségolène Royal ne doit pas le vouloir du tout.] Peut-être ai-je peur qu’il y laisse sa santé. Peut-être ai-je envie de vivre ce qui nous reste à vivre [sic] dans une certaine paix. »
Puis vint le tour du père, Pal Sarkozy : « Je pense qu’il aura une vie plus tranquille et plus confortable [re-sic] s’il ne se représente pas. C’est une opinion de père qui aime son fils et qui aimerait le voir heureux. »
De ces deux interviews, on peut donc conclure que le Président n’est pas heureux (le sera-t-il jamais, lui qui depuis des années nous montre l’image d’un éternel insatisfait ?). L’attention de ses proches est touchante. Ils veulent son bonheur (et le nôtre par la même occasion) en éloignant Nicolas Sarkozy du pouvoir, comme des parents inquiets pour leur ados tentent de l’extirper de sa console de jeux. Mais, à moins que le Président ait véritablement perdu la main,  peut-on sincèrement croire que ces témoignages aient été livrés sans l’accord de l’intéressé ?

Vide.PNG A ces prises de position d’intimes, s’ajoute celle de Xavier Bertrand, Secrétaire général de l’UMP, qui a déclaré, à propos de la désignation du candidat de son parti pour la Présidentielle de 2012 : « Tous les candidats, y compris Nicolas Sarkozy s’il se représente, devront se soumettre à des primaires. » Incroyable ! Du jamais vu ! Ainsi, un chef de parti qui se veut un soutien indéfectible du chef de l’Etat indique que ce dernier, s’il souhaite bénéficier de son appui pour cinq années supplémentaires, devra passer par un tour préliminaire. Comment imaginer un seul instant Nicolas Sarkozy accepter d’affronter Jean-Louis Borloo, Alain Juppé ou Jean-François Copé pour obtenir l’investiture des militants UMP ? Et si Nicolas Sarkozy devait être seul candidat à cette primaire, cela renforcerait encore davantage l’image d’un Président partisan, lié à un clan, au lieu d’un rassembleur de la Nation comme devrait l’être un chef d’Etat. Selon TNS-Sofres, qui teste la popularité des Présidents et Premiers ministres depuis 1978, après 34 mois de mandat, François Mitterrand était à 43% d’opinions favorables et Jacques Chirac à 36%. Nicolas Sarkozy est à 31%. Un sondage réalisé par IPSOS indique que 57 % des Français ne veulent pas d’une nouvelle candidature de Nicolas Sarkozy en 2012 (37 % vraiment contre et 20 % plutôt contre). 32 % sont de l’avis inverse (22 % plutôt pour et 10 % vraiment pour). 
Alors ? Nicolas Sarkozy a-t-il vraiment l’intention de se présenter à sa propre succession ? Cette campagne médiatique n’aurait-elle pas pour finalité de préparer sa sortie ? Sur ses vingt-deux prédécesseurs, un est devenu Empereur, six ont démissionné, six ne se sont pas représentés, deux furent les victimes d’un changement de régime ou de constitution, quatre sont morts pendant l’exercice de leur fonction. Deux ont achevé leur second mandat. Un seul a été battu alors qu’il était candidat à sa propre succession. Nicolas Sarkozy aurait-il peur de subir le même revers que Valéry Giscard d’Estaing ? Préfère-t-il jeter l’éponge plutôt que de vérifier auprès des Français sa légitimité ? L’homme marche aux défis. Il est Président de la République, qu’a-t-il besoin de l’être une seconde fois ? Armand Fallières, Président de la République de 1906 à 1913, non-candidat à un second mandat, disait : « La place n’est pas mauvaise mais il n’y a pas d’avancement. »

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