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Pourquoi IL Est Temps D’Accepter De Débattre Avec Le Front National

Publié le 30 mars 2010 par Sagephilippe @philippesage

Le Danger.jpgOui, je sais, ouh la la, il ne faut pas en parler, du Front National. C’est sale et ça porte malheur. Et puis, ne pas en parler, n’est-ce pas, en d’autres termes, l’ignorer, c’est faire comme s’il n’existait pas. Circulez, y’a rien à voir ! C’est rien, rien qu’un épiphénomène. Ou une mauvaise grippe. Ça va passer ! Comme hier. Comme toujours.
Comment ?

17,5% de moyenne sur 12 régions au second tour des régionales ?
Et alors ?
On a connu pire, non ? Alors peu nous chaut qu’elle glapisse la Marine, qu’elle fanfaronne, du Front et de ses idées, le citoyen est vacciné, depuis un certain 21 avril 2002, où, on l’a bien observé, il vote certes pour lui, mais bon, au second tour, il se fait remettre recta à sa place, no pasaran, liberté vaincra ! Hourra, la République est sauvée !
Et puis après, on s’en souvient, en 2007, cette peur qui nous guettait, et si ça recommençait, murmurait-on ? Ah, comme ça y allait, dans les pronostics alarmistes, gare au Front, mobilisation, votez utile les gens, nous ne sommes pas à l’abri d’une redite, et puis quoi ?
Et puis on se serait fait peur tout seul, dis-donc ! Ah c’qu’on fut benêt, ma parole ! Tiens, regarde-le ton Front, ramassé, ratatiné, "siphonné" même qu’on a dit, et par qui ? Par Sarkozy ! Alléluia ! Gloire au stratège, chapeau l’artiste ! Ah ça, vous nous la copierez, quel sacré tour de passe-passe ! Mais bon, vous nous en avez débarrassé de ce Front, c’est bien là tout ce qui compte, même que c’est pas fini, ah non, c’est qu’un début, on va l’anéantir, vous allez voir c’que vous allez voir, et zou, un ministère de la Population .. de l’Immigration ET de l’Identité Nationale ! Haro sur la burqa ! Chasse aux clandestins ! Et quant à la délinquance ? Tolérance zéro (ben voyons !) ! Kärcher, nous voilà ! Et si ça ne suffisait pas, allez hop, un bon gros débat sur ce que c’est qu’être français ! Et pour quel résultat ? Un Front que revoici, revoilà ! Et une abstention galopante de surcroît ! Bref, une calamité, un échec retentissant.
Et donc ?
Et donc rien ! Nada ! Nib ! Enfin si : “on maintient le cap” ! Bref : on continue ! Ou plutôt : on recommence ! Comme avant 2002. Du Front, on ne parle pas, bouh ! Sous l’éteignoir, ce truc-là ! Ou alors, on minimise. Chuuuut ! Et avec lui, on ne débat (toujours) pas ! Ou alors on envoie le Besson, comme jadis, on envoyait le Tapie.
Eh bien moi, je dis que pour combattre le Front National, il faut désormais accepter de débattre avec lui. En finir avec cette hypocrisie. Ne pas le faire, c’est laisser ses idées gagner du terrain. Ne pas le faire, c’est instiller dans la tête de certains citoyens que le Front a(urait) raison. Parce qu’en refusant de débattre avec lui, on laisse à penser qu’on pourrait être défait.
Mais bon sang ! N’y aurait-t-il donc aucun républicain digne de ce nom qui puisse s’opposer à la régulière à – par exemple - Marine Le Pen ? Démonter unes à unes ses théories ? Faire la démonstration que ce que propose le Front National est irréaliste ? Inapplicable ? Pour ne pas dire suicidaire ? Mais c’est une faute grave que de se dérober !
Oh oui, je sais, j’entends déjà, les : “Mais arrêtez ! Le Front, jamais, vous entendez ? Mais jamais il ne passera !”. Sans compter les : “En parlant du Front National, vous faites son jeu !”. Et en n’en parlant pas, on fait le jeu de QUI ? Ça va durer combien de temps, encore, cette mauvaise plaisanterie ? Cette politique de l’autruche ?
Bien sûr, oui, on peut toujours se convaincre que bon, c’est impossible, allons ! Au dernier moment, dans le sacro-saint isoloir, il y aura un sursaut, c’est évident, enfin, les gens, ils pourront pas, mais non, pas à ce point !
Et pourquoi pas ?

C’est qu’il peut s’en passer des choses, et des pas joyeuses, dans les deux ans qui nous séparent de l’échéance. Difficile, j’avoue, de faire des projections, alors que nous ne connaissons pas le nom des postulants. Et ils seront déterminants. Cruciaux. Il ne faudra pas se tromper. Tant le risque est grand.
Oui, il est grand, car la crise est là, quoi qu’on en dise, et sa "sortie", maintes fois évoquée, méthode Coué, on n’en verra pas le début de la queue avant 2012. Ou si peu. Les exemples, inquiétants, sont là pour nous le prouver : la Grèce. Le Portugal. L’Espagne. Pour eux, la rigueur. Et nous ? Combien de temps encore va-t-on nous faire avaler ça ? Que la crise ne nous coûtera pas un seul centime d’euro ? A d’autres ! Pas besoin d’être grand clerc, pour comprendre que, demain, dans pas longtemps, on va nous quémander des sacrifices. Encore, des sacrifices ! A qui ? Mais aux classes moyennes, pardi ! En fait, ça joue la montre, ça recule le moment où, mais serait-ce possible que ça tienne jusqu’en 2012 ? Pas sûr. Du tout.
Qui disait déjà (Attali ?) qu’en temps de crise, mais la dure, celle de 1929, et itou, celle que nous connaissons actuellement, dans un premier temps, le citoyen fait plutôt confiance à la droite. C’est comme un réflexe pavlovien. Parce que dans l’imagerie populaire, la droite c’est pragmatique, ça n’a pas d’états d’âme, ça tranche dans le vif, ça assure votre sécurité à tous les niveaux. Mais si elle faillit, je veux dire, si le citoyen a le sentiment qu’elle n’est pas à la hauteur, ou pire, qu’il est trahi par elle, alors, c’est l’Histoire qui le dit, autre réflexe, il se tourne vers la gauche (on vient de le vivre, avec les régionales). Oh pas la révolutionnaire ! Non ! Tout de même pas ! Mais celle qui promet de rééquilibrer le merdier. Par injection de "social". Prise en compte des souffrances. Parce que la gauche, c’est ça dans la tête du citoyen, celle qui va réduire les injustices, les corriger. Mais, si elle échoue, si elle déçoit, alors, en temps de crise, la dure, l’impitoyable, il fait quoi, le citoyen ? Eh bien, il se replie, il pense protectionnisme, oui, il est alors réceptif à ces thèses-là, il est prêt à franchir le pas … Quoi ? …. La gauche n’est pas au pouvoir ? C’est vrai. Elle est régionale. Départementale. Municipale. Et demain, va savoir, sénatoriale. Et qui dit, que le citoyen ne lui (re)donnera pas sa chance en 2012 ? Certes … Sauf que, ça dépendra du candidat (DSK, Aubry ou Hollande, c’est pas pareil, mais du tout !) et qui plus est, en 2012, il sera quasi impossible, pour la droite, de refaire le coup. Siphonner les voix lepénistes. Ces électeurs, tu les enfumes une fois, mais pas deux. Et dans les dix-huit mois qui viennent, Marine Le Pen et son appareil, ne vont pas manquer d’appuyer là où ça fait mal. Là où la crise a fait des dégâts. Et tous les moyens comme les arguments seront exploités ! TOUS ! 
Regardez donc le score du Front dans ce qu’on appelle, avec dédain, la France profonde - la France de gauche, aussi parfois - comme il grandit. Il est exponentiel, je dis.
Entre les déçus du sarkozysme, et les déçus des bastions de gauche, les "déçus tout court", ça en y fait du monde. Et on aurait bien tort, de l’ignorer ce monde-là, ou de lui faire la morale, la leçon, même que, ce serait pire que tout ! Le jeter dans la gueule du loup !
Les temps ont changé, la donne n’est plus la même. 2002, ce post-11 septembre, n’était pas un accident. Mais un réel avertissement. Il ne faut jamais oublier ça.
Le Front National, aujourd’hui, n’est plus un épouvantail. C’est devenu un recours possible. Tant les souffrances sont grandes. Et dans la souffrance, parfois, souvent, on se tourne vers l’impensable. Quand ça fait trop mal, on se dit tant pis, et merde, après tout, pourquoi pas ? Il ne faut pas négliger cet aspect. Surtout pas ! Plus maintenant ! C’est pourquoi, il faut débattre avec le Front National. Envoyer, comme ils disent, les meilleurs d’entre eux, pour affronter de visu, en plateau, les représentants du parti lepéniste. Ne plus pratiquer la politique de la chaise vide. Parce que, le temps ayant passé, la crise perdurant, les déceptions grandissant, ça laisserait à penser qu’un républicain ne pourrait pas sortir vainqueur d’un tel débat. Et ça, c’est terrible ! Il faut combattre ce sentiment-là. Et pour le vaincre, il n’y a pas d’autres moyens que d’accepter le débat.
C’est urgent !


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