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Le parapluie amoureux

Publié le 30 mars 2010 par Fred Desbordes

J'ai acheté un parapluie un jour d'automne. Les averses se succédaient et il me fallait m'abriter de ce vent pluvieux qui s'engouffrait sans cesse sous mon blouson. Alors j'ai acheté ce parapluie dans la première boutique venue, j'étais trempé et j'ai juste demandé s'ils vendaient des parapluies. Ils m'ont dit oui. J'ai eu de la chance. Pour 7€50, j'ai eu ce beau parapluie noir, tout plastique, made in china, armature métallique et fourreau noir. 7€50 pour un parapluie anonyme, on se dit qu'il ne fera pas beaucoup de pluies celui-là. Tout au plus un mois et on pourra le jeter, même pas droit au recyclage le pauvre.

Je ne sais pas pourquoi, ce jour là, j'ai contemplé mon nouvel ami-objet et je lui ai promis d'en prendre le plus grand soin. Il m'a suivi dans mes voyage urbains pendant quelques semaines, bien posé au fond de mon sac ou fièrement déployé, majestueux,  contre les abats d'eau fréquents.

Un matin, alors que je descendais l'avenue, à demi-caché sous son voile noir, je fut brusquement tiré en arrière. Ce n'était pas une bourrasque d'automne, il n'y en avait pas ce jour là, juste une brume tenace qui nous rendaient tous anonymes parmi nos parapluies. Tous sauf une silhouette bien caché sous son pébroc multicolore. Et plus j'essayais d'avancer et plus une force invisible me poussait vers l'inconnue au pépin chromatiquement… osé. C'était à n'y rien comprendre. Comme si j'étais dépourvu de ma propre motricité. Je luttais encore un moment puis, épuisé, me laisser faire. C'est alors que la brume cessa. Je fermais mon parapluie mais il couina si fort que j'en eu froid dans le dos. Mon tom-pouce se révoltait ! Il refusa catégoriquement de se refermer,redoublant de couinements à chaque fois que je voulais rabattre ses oreilles. Et me voici parti dans une course, contre ma volonté, tournoyant entre les passants, volant littéralement au-dessus des passages piétons, avec en ligne de mire, le pébroc tout en couleur.

Au loin, je voyais bien que la silhouette n'en menait pas large non plus. Son abri anti-gouttes faisait aussi des siennes. Elle stationnait sur le trottoir d'en face, se débattant fermement pour le refermer mais je pouvais entendre clairement les couinements caractéristiques d'un parapluie en colère. Le feu piéton passa au vert, je traversais en voletant, muée par cette force invisible et fini par me cogner dans l'inconnue.

Nos parapluie désertèrent nos mains, tombant au sol et dansant follement dans une sorte de ronde amoureuse parapluiesque. Nous comprîmes alors que nos pépins avaient eu le coup de foudre…

Depuis cette aventure, nous prenons bien soin de les laisser toujours ensemble, et pour être sûr de ne plus jamais séparer les deux tourtereaux nous avons décidé d'habiter sous le même toit. Nous les avons fiancés récemment, juste après les nôtres…


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