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Les produits ne meurent jamais

Publié le 30 mars 2010 par Christophe Benavent
Les produits ne meurent jamais
Hommage aux vieux médias. Le disque s'effondre d'année en année, le cinéma hésite encore à s'engouffrer dans le déclin, le livre vacille, et la photo – nous ne parlons parlons pas des images mais de ce travail de la matière qui fige la vie - a disparu depuis longtemps. Pourtant un impossible projet se lance s'appuyant sur la nostalgie de quelques obsessionnels.

Le Polaroid qui, rarement a bénéficié de la légitimité d'un champ considéré comme un art mineur, moyen pour les plus généreux, ce champ glorieux qui a fait naître la Fnac, Kodak et d'autres firmes faisant de l'art populaire un marché mais faisant aussi par les forces du marché que l'art est populaire, le polaroïd resuscite.

Dans le registre instantané d'une image minimale, quelques grandeurs se sont manifestées, et des déterminations phénoménales se sont exprimées comme le projet d'Hugh Crawford. Et alors même que le marché s'est effondré, quelques anciens de Polaroid s'obstinent à maintenir une offre que le capitalisme ordinaire considère comme inéconomique. La passion peut prendre le dessus sur la raison, et affirmer que l'économie n'est pas une loi, juste une question d'échelle.


Comprenons bien que la passion peut aller au-delà de l'intérêt et redéfinir des projets, même si l'idée n'est plus populaire et se réduit au cercle très étroit des passionnés. Un tel cas nous apprend une chose précieuse : il n'y a pas de loi de l'économie, pas de vérité des coûts et des gains, pas d'échelle imposée. Sauf une, celle de la passion. La science économique n'est pas la science de la raison, mais ce résidu des passions. C'est l'ordre de la morale qui fait le monde, et l'économie n'est au fond que cette science résiduelle qui analyse comment les choses s'équilibrent une fois les passions morales exprimées. Sans aucun doute le nouveau marché du polaroid est un marché du point de vue économique, mais en survivant il affirme le caractère résiduel de l'économie.

La seule conclusion générale que nous pouvons tirer est que dans notre histoire récente, si le marché semble avoir dominé, c'est simplement parce que la passion dominante fût celle de l'argent et de sont accumulation. Ne doutons pas que d'autres vont lui succéder. D'autant plus que dans des sociétés qui matériellement sont de plus en plus riches, cette passion ira en s'amenuisant, d'autres prennent le relais, la passion religieuse est sans doute aujourd'hui au premier plan, l'écologie en est un variété, le socialisme un rhizome toujours vivace – il peut traverser le gel de plusieurs hivers.

Quant à nous, les savants de l'épicerie, restons attentifs, car dans un monde qui s'enrichit, les passions se multiplient, se fragmentent, se raffinent, et chacune de leurs branches créent de nouveaux marchés, des queues de comètes, qui jadis n'avait de destinées que les rêves, mais aujourd'hui peuvent fonder plus qu'un marché mais de petites sociétés.

Nous garderons en tête ce joli modèle d'Abernathy et Clark, leur belle inspiration schumpeterienne, pour nous interroger sur la vérité des techniques et de leur vie. Ce ne sont pas les produits qui meurent, mais les systèmes, et il n'est pas sur qu'un système se substitue entièrement à l'autre, sans doute le broie-t-il, mais quelques uns des fragments trouverons une autre écologie. N'oublions pas que si le cheval fût la clé de voute des postes et des transports, il reste encore une économie importante, plus modeste et moins centrale, celle du PMU et des haras.

Les révolutions sont rarement radicales, ce qu'elle détruisent n'est pas le fruit des passions, mais l'ordre des passions. Et cela doit faire réfléchir. L'ordre numérique, transforme et détruit, il se substuera largement à l'ordre de l'imprimé dans les métiers qui sont le notre, mais nous nous tromperions si nous pensions que l'imprimé va disparaître. Il rejaillira du sol comme les plantes après le gel, sans doute affaibli, mais trouvant dans un nouvel espace de nouveaux équilibres et de nouvelles échelles.


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