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Réf DT 27: Les couleurs primaires

Publié le 01 avril 2010 par 1132nd
Réf DT 27: Les couleurs primaires

Pas de débats programmatiques, pas d'idées, que le mélange des couleurs primaires qui correspondrait le mieux au Mauriciens en termes de balance éthnique et équation communale

C’est parti. Les élections législatives à Maurice auront lieu le 5 mai prochain. Le Nomination Day, c’est-à-dire le jour où les candidats s’enregistreront pour ces élections, a été fixé pour le 17 avril prochain. Une campagne électorale de 35 jours qui commence dès aujourd’hui. Et d’emblée, les débats ont pris une tournure ethnique, donnant le ton de ce qui va suivre. Pendant un moment, ces considérations ethniques m’ont ramené à la fin des années 80/début des années 90, lors du démantèlement de l’ex-Yougoslavie.

Car à entendre parler les politiciens et autres acteurs de la société civile, j’ai une sensation de déjà-vu, assistant à un scénario à échelle réduite, mettant en scène Kosovars, Serbes et Croates et autres qui se déchirent en réclamant chacun la légitimité de pouvoir et de territoire. A entendre les politiciens, on imagine même que la « nation arc-en-ciel » va vivre des mouvements démographiques de masse, où chacun va se regrouper et s’isoler dans une partie du pays, dans un souci de « préserver l’hégémonie de la communauté ». Ce discours, selon moi, est lourdement irresponsable.

Car je refuse la banalisation de ce discours opposant les « majorités » et «  les minorités ». Certes, nous avons à Maurice quatre partis politiques majeurs, chacun avec un lourd historique associé à la défense des intérêts d’un groupe ethnique spécifique : le Parti Travailliste (PTr) aux hindous des castes supérieures, le Mouvement Militant Mauricien (MMM) aux créoles et aux musulmans, le Mouvement Socialiste Militant (MSM) aux hindous des castes inférieures, le Parti Mauricien Social Démocrate (PMSD) aux euro-créoles.

Ces associations relèvent toutefois d’un détournement de l’histoire. Car à la base, l’on se souviendra que le PTr était fondé sur l’avènement du mouvement des travailleurs et calqué sur le modèle anglais du Labour Party. On se souviendra aussi que le MMM se revendiquait la mission de reprendre le combat délaissé par le Parti Travailliste. Les autres partis politiques ont aussi leur naissance dissociée de la défense d’un groupe ethnique. Je ne m’arrêterai pas sur la question de comment en est-on arrivé à une balkanisation de ces groupes. Ou formulée plus caricaturalement, comment en est-on arrivé à associer un groupe ethnique à une couleur et un symbole de parti.

A la place, je poserai les questions suivantes : est-il responsable aujourd’hui de continuer à associer des groupes ethniques à des partis politiques ? Et brandir cette association comme le seul argument – aussi irrationnel qu’il soit – des motivations de votes de l’électorat mauricien ? Pour moi, les politiciens insultent l’intelligence du peuple mauricien et avouent leur manque de réflexion avec un tel argument. Mais malheureusement, on me brandira les « réalités du pays » et « c’est ce que demande le peuple » comme réponses cinglantes. Ainsi, faute de pouvoir lui donner le bénéfice du doute, j’attendrai de voir la réaction du peuple mauricien pendant ces prochains 35 jours de campagne pour juger de son intelligence.

Néanmoins, iacta aléa est : la campagne a débuté sur cette note et j’ai peur que mon avis ne soit pas représentatif du réflexe identitaire anachronique et primaire de la majorité des citoyens de mon pays, quelque soit leur origines socioéconomiques ou leur âge. Au final, le Mauricien votera en fonction de la couleur identitaire primaire par laquelle il se définit. Car ainsi va la politique à Maurice.



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