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Qui est le fantôme ?

Publié le 04 avril 2010 par Desiderio

jonathancartland.jpgOn l'a compris : j'adore les westerns et surtout ceux qui sont bien racontés. Parmi les meilleurs, je place Jonathan Cartland qui a bénéficié d'un scénario exceptionnel avec la personne de Laurence Harlé. C'est une période un peu particulière dans les éditions Dargaud : le personnage naît pour le magazine Lucky Luke qui ne vivra pas un an (mars 74-février 75). Nous sommes ici encore dans l'anti-western, comme chez Buddy Longway. Les éditions Dargaud ont décidé à ce moment-là de lancer une collection uniquement consacrés aux westerns et je dois dire que l'on y cotoie d'abord le pire. Et même le pire du pire. C'est effroyable... Un vrai massacre en série. Seul Jonathan Cartland survivra de ce carnage et c'est d'abord dû aux qualités narratives de la série. C'est grassement souligné par le profil à mufle de taureau en en-tête. La collection va continuer un peu, mais il faut souligner que cet album a d'abord été publié sans prépublication. puisqu'il fallait poursuivre ce qui était une catastrophe éditoriale et dans ce bourbier, sur ce fumier émerge une perle.

Cartland commence comme un trappeur, exactement comme Buddy Longway à la même époque (c'est vraiment la mode des trappeurs dans les années septante, après celle des cow-boys et des sheriffs). La scène qui est montrée en couverture n'est pas une scène de l'action principale : il s'agit d'une scène de rêve. Le personnage a une prémonition de ce qui va venir et il vit une initiation indienne. On est dans une réédition de ce qui fut le diptyque des Monts de la Superstition pour Blueberry, mais en plus complexe. Le personnage mis en avant au premier plan n'est pas Wah-Kee, lequel est déjà mort et qui va dire à Cartland comment choisir le bien (parce que les esprits, cela connaît la vérité). C'est Wendigo. Je ne sais si vous le connaissiez alors, mais alors brrr... Cela fait peur.

Les illustrations sont souvent empruntées à Karl Bodmer. C'est le cas de l'image de couverture qui nous fait tout de suite penser à un monde de zombies. Vous ne connaissiez pas non plus ce pittoresque peintre suisse de l'époque impressionniste ? Pourtant, c'est l'une des plus importantes sources d'images sur le monde indien et la base de ce qui sera tout le Kraut-Western (les Winnetou, les machins cinématographiques ou dessinés dérivés de Karl May, tout un ensemble de choses innommables et immontrables), l'Ouest à la sauce allemande et surtout bavaroise comme vous n'aimeriez pas vous la voir conter.

Pourtant, c'est par un retour aux pires clichés au sujet du monde indien que Harlé et Blanc-Dumont parviennent à revenir à une forme de vérité au sujet du monde du far-west. Et aussi par le détour du rêve. J'estime alors que Laurence Harlé n'a pas vécu en vain.


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