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Scandales pédophiles : L'Hebdo qui offense Benoît XVI et la vérité

Publié le 06 avril 2010 par Francisrichard @francisrichard

Hebdo du 1.04.10

Hier, de retour du Pays Basque où j'ai passé les fêtes de Pâques, sous la houlette de Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, j'ai trouvé L'Hebdo du 1er avril 2010. L'hebdomadaire romand, qui, sans prétention aucune, se dit "bon pour la tête", déverse sur le pape Benoît XVI un tombereau d'immondices, en guise de joyeuses fêtes de Pâques. 

Après l'air pur de l'Atlantique, qui, lui, est "bon pour l'esprit", j'ai donc dû humer, à mon corps défendant, la haine anticléricale recuite, après passage dans un seau d'aisance, de l'hebdomadaire de référence.

Pour faire bonne mesure le plumitif de service, Christophe Passer, ici, nous fait d'abord le résumé des épisodes précédents - soit deux pages sur trois de son article fielleux - avant d'en venir au nouvel épisode de la série de calomnies contre Benoît XVI.

Sur ce blog j'ai dit l'année dernière ce que je pensais de la levée des excommunications [voir mon article La levée des excommunications par Benoît XVI est de son seul ressort ], de Mgr Williamson [voir mes articles Ces éminences catholiques suisses qui tirent dans le dos de Benoît XVI  , Levée d'excommunication de Mgr Williamson : les à peu près de France 2  et Mgr Richard Williamson demande pardon ], du "silence" de Pie XII [ voir mon article Le montage soviétique sur le "silence" de Pie XII fonctionne toujours ]. Je n'y reviendrai donc pas. Je laisse sur ces sujets le journaleux à ses miasmes.

Le nouvel épisode de la série de calomnies contre Benoît XVI s'intitule "scandales pédophiles".

Sur ce thème Christophe Passer s'en prend à la lettre pastorale de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande, datée du 19 mars 2010, fête de saint Joseph. Il écrit :

"Elle ne s'adresse qu'aux seuls Irlandais, ce qui a provoqué un  premier écœurement . Cette stratégie du confinement est terrible. Les affaires de prêtres pédophiles vont-elles comme le nuage de Tchernobyl, au gré des vents mais s'arrêtant aux frontières ? Quid des Etats-Unis, de la France, de l'Allemagne, de la Suisse, du reste du monde ?"

Christophe Passer n'a pas peur des contradictions, ce qui dénote un certain courage. Il rappelle en effet un peu plus loin :

"Benoît XVI disait en février : "Les abus sexuels sur des enfants et des jeunes gens sont non seulement un crime atroce, mais aussi un péché grave qui offense Dieu.""

Au lieu de nous dire d'où vient cette citation - Benoît XVI réagissait ainsi déjà ici  aux abus sexuels commis par ... des prêtres et religieux irlandais - il rebondit sur elle pour dire arbitrairement :

"C'est lui, Joseph Ratzinger [il n’est plus Benoît XVI ?], qui offense Dieu désormais, par ses mensonges et ses dénis, par sa dogmatique absence de courage à affronter l'époque et ses tourments".

J'ai eu beau relire l'article du sieur Passer, je n'ai pas trouvé quels étaient les mensonges et les dénis que l'auteur - que la haine étouffe visiblement au point d'asphyxier ses neurones - reproche à Benoît XVI.

Benoît XVI a-t-il fustigé en février les abus sexuels commis en Irlande, comme le laisse supposer le sieur Passer, pour les minimiser en mars ?

Faux : il est évident que le sieur Passer a lu la lettre pastorale aux catholiques d'Irlande ici [si la version en français n'est pas officielle, elle est fidèle à l'esprit de Benoît XVI] en diagonale ou qu'il en a dénaturé l'esprit ou qu'il a fait les deux.

Benoît XVI écrit au tout début :

"Je ne peux que partager le désarroi et le sentiment de trahison que nombre d'entre vous ont ressentis en prenant connaissance de ces actes scandaleux et criminels et de la façon dont les autorités de l'Eglise en Irlande les ont affrontés."

Il redit donc ce qu'il a dit en février. Puis il rappelle longuement que :

"Tout au long de l'histoire, les catholiques d'Irlande se sont révélés une immense force de bien tant dans leur patrie qu'à l'étranger".

Enfin il analyse les raisons de la crise actuelle. Pour bien comprendre cette analyse il faut la citer in extenso ce que le sieur Passer se garde bien de faire. Admettons, pour être charitable, que la place lui manque. Il n'était pas pour autant obligé de sortir les phrases de leur contexte, pour bien tordre l'esprit de la lettre.

Comme je ne veux pas céder à cette tentation et que la place ne m'est pas mesurée, je cite donc le passage dans son intégralité pour laisser juge l'internaute :

"Au cours des dernières décennies, toutefois, l'Eglise dans votre pays a dû affronter de nouveaux et graves défis à la foi, découlant de la transformation et de la sécularisation rapides de la société irlandaise. Un changement social très rapide a eu lieu, qui a souvent eu des effets contraires à l’adhésion traditionnelle des personnes à l'égard de l'enseignement et des valeurs catholiques. Très souvent, les pratiques sacramentelles et de dévotion qui soutiennent la foi et lui permettent de croître, comme par exemple la confession fréquente, la prière quotidienne et les retraites annuelles, ont été négligées. Au cours de cette période, apparut également la tendance déterminante, également de la part de prêtres et de religieux, à adopter des façons de penser et à considérer les réalités séculières sans référence suffisante à l'Evangile. Le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican II fut parfois mal interprété et en vérité, à la lumière des profonds changements sociaux qui avaient lieu, il était très difficile de comprendre comment les appliquer de la meilleure façon possible [ souligné par moi pour la raison expliquée ci-dessous]. En particulier, il y eut une tendance, dictée par de justes intentions, mais erronée, une tendance à éviter les approches pénales à l'égard de situations canoniques irrégulières. C'est dans ce contexte général que nous devons chercher à comprendre le problème déconcertant de l'abus sexuel des enfants, qui a contribué de façon très importante à l'affaiblissement de la foi et à la perte de respect pour l'Eglise et pour ses enseignements.

Ce n'est qu'en examinant avec attention les nombreux éléments qui ont donné naissance à la crise actuelle qu'il est possible d'entreprendre un diagnostic clair de ses causes et de trouver des remèdes efficaces. Il est certain que parmi les facteurs qui y ont contribué, nous pouvons citer: des procédures inadéquates pour déterminer l'aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse; une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats; une tendance dans la société à favoriser le clergé et d'autres figures d'autorité, ainsi qu'une préoccupation déplacée pour la réputation de l'Eglise et pour éviter les scandales, qui a eu pour résultat de ne pas appliquer les peines canoniques en vigueur et de ne pas protéger la dignité de chaque personne. Il faut agir avec urgence pour affronter ces facteurs, qui ont eu des conséquences si tragiques pour les vies des victimes et de leurs familles et qui ont assombri la lumière de l'Evangile à un degré que pas même des siècles de persécution ne sont parvenus à atteindre."

Tout ce que le sieur Passer trouve à dire c'est :

" La lettre a la froide ignominie théologique de retourner les choses en présentant l'Eglise comme l'authentique victime des affaires de pédophilie"

Le propos évident du journaleux n'est pas que l'Eglise se réforme, mais qu'elle soit condamnée. Si je raisonnais comme lui, je dirais qu'il serait bien content que l'Eglise soit définitivement salie par ses bergers galeux et qu'elle crève... 

Ce journaliste, qui se réfère à un moment donné à Christian Terras [voir mon article La parole est au procureur Christian Terras,"expert" es Catholiques ! ], n'aime évidemment pas la brève allusion faite par Benoît XVI à Vatican II, qui, pour lui, comme pour son mentor, doit être le seul Concile qui vaille, les autres comptant pour du beurre. Là encore, c'est une habitude, il sort la phrase de son contexte et la tronque, ce qui rend, croit-il, plus solide sa démonstration :

"Le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican II fut parfois mal interprété et en vérité, à la lumière des profonds changements sociaux qui avaient lieu, il était très difficile de comprendre"

De comprendre quoi ? "Comment l'appliquer de la meilleure façon", a précisé le Saint Père. Précision que le sieur Passer passe à la trappe... Il n'a pas peur des trucages, ce qui dénote également un certain courage.

Quand on commence à truquer il est difficile de s'arrêter en chemin. Pas un mot du sieur Passer sur les paroles de Benoît XVI à l'égard des victimes d'abus et de leurs familles. Il convient de réparer cet oubli :  

"Vous avez terriblement souffert et j'en suis profondément désolé [souligné par moi]. Je sais que rien ne peut effacer le mal que vous avez subi. Votre confiance a été trahie, et votre dignité a été violée. Beaucoup d'entre vous, alors que vous étiez suffisamment courageux pour parler de ce qui vous était arrivé, ont fait l'expérience que personne ne vous écoutait. Ceux d'entre vous qui ont subi des abus dans les collèges doivent avoir eu l’impression qu'il n'y avait aucun moyen d'échapper à leur souffrance. Il est compréhensible que vous trouviez difficile de pardonner ou de vous réconcilier avec l'Eglise. En son nom, je vous exprime ouvertement la honte et le remord que nous éprouvons tous [souligné par moi]. Dans le même temps, je vous demande de ne pas perdre l'espérance. C'est dans la communion de l'Eglise que nous rencontrons la personne de Jésus Christ, lui-même victime de l'injustice et du péché. Comme vous, il porte encore les blessures de sa souffrance injuste. Il comprend la profondeur de votre peine et la persistance de son effet dans vos vies et dans vos relations avec les autres, y compris vos relations avec l'Eglise. Je sais que certains d'entre vous trouvent également difficile d'entrer dans une église après ce qui s'est passé. Toutefois, les blessures mêmes du Christ, transformées par ses souffrances rédemptrices, sont les instruments grâce auxquels le pouvoir du mal s'est brisé et nous renaissons à la vie et à l'espérance. Je crois fermement dans le pouvoir de guérison de son amour sacrificiel — également dans les situations les plus sombres et sans espérance — qui apporte la libération et la promesse d'un nouveau départ."

Il préfère s’interroger :

"Où sont en cette lettre de Joseph Ratzinger [il n’est plus Benoît XVI ?], ses propres excuses ? "

Pour l'aider, j'ai souligné les passages qu'il cherchait ...

En réalité, il préfère citer une phrase, sortie une nouvelle fois de son contexte, à l’adresse des prêtres et religieux abuseurs, pour qui il serait "plein de compassion" :

"Le sacrifice rédempteur du Christ a le pouvoir de pardonner même le plus grave des péchés et de tirer le bien également du plus terrible des maux".

Isolée, cette phrase est incompréhensible. Elle est citée telle quelle pour faire croire que le Pape verse plus de larmes sur les criminels que sur les victimes.

Voici donc le texte intégral où le Pape s'adresse aux abuseurs :

"Vous avez trahi la confiance placée en vous par de jeunes innocents et par leurs parents. Vous devez répondre de cela devant Dieu tout-puissant, ainsi que devant les tribunaux constitués à cet effet. Vous avez perdu l'estime des personnes en Irlande et jeté la honte et le déshonneur sur vos confrères. Ceux d'entre vous qui sont prêtres ont violé la sainteté du sacrement de l'Ordre sacré, dans lequel le Christ se rend présent en nous et dans nos actions. En même temps que le dommage immense causé aux victimes, un grand dommage a été perpétré contre l'Eglise et la perception publique du sacerdoce et de la vie religieuse.

Je vous exhorte à examiner votre conscience, à assumer la responsabilité des péchés que vous avez commis et à exprimer avec humilité votre regret. Le repentir sincère ouvre la porte au pardon de Dieu et à la grâce du véritable rachat. En offrant des prières et des pénitences pour ceux que vous avez offensés, vous devez chercher à faire personnellement amende pour vos actions. Le sacrifice rédempteur du Christ a le pouvoir de pardonner même le plus grave des péchés et de tirer le bien également du plus terrible des maux [souligné par moi]. Dans le même temps, la justice de Dieu exige que nous rendions compte de nos actions sans rien cacher. Reconnaissez ouvertement vos fautes, soumettez-vous aux exigences de la justice, mais ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu."

Revenons à l’affirmation du sieur Passer, citée au début de cet article, selon laquelle le Pape ne se serait adressé qu’aux Irlandais au sujet de la pédophilie. Le sieur Passer ignore, ou feint d’ignorer, ce qui est fautif dans les deux cas, que le Souverain Pontife s’est adressé sur le même sujet aux Australiens en novembre 2008 et aux Américains en avril 2008…

Comme le rappelle l’excellent site benoit-et-moi ici :

"L'expérience américaine montre que ce sont justement les évêques locaux qui ont étouffé les procédures contre les prêtres pédophiles.

C'est pourquoi selon les nouvelles règles rédigées par Ratzinger en 2001 pour les délits les plus graves ("De delictis gravioribus"), la compétence pour les juger revient à la CDF [Congrégation pour la Doctrine de la Foi]. Les peines sont aggravées, les délais de prescription allongés.

Un an plus tard, Ratzinger est un des protagonistes de la rencontre entre les dirigeants de l'épiscopat américain et le Saint-Siège, qui inaugurera la "tolérance zéro" dans l'Eglise américaine..."

Ce que l’ineffable Christian Terras traduit de la manière truquée suivante dans L’Hebdo ici :

"Pour la pédophilie, Joseph Ratzinger avait toute latitude, et pourtant, en 2001, il écrit un texte De delictis gravioribus [voir la lettre ici et les commentaires appropriés] qui souligne le secret pontifical absolu sur ces affaires. Et qui exprime que désormais, la gestion des dossiers pédophiles sera directement centralisée par la Congrégation. Des milliers de cas lui seront alors transmis."

Dans ces conditions on a du mal à croire Christian Terras, le truqueur, quand il affirme sans preuve que Benoît XVI était au courant de l’étendue des dégâts aux Etats-Unis dès 1985 et qu’en 2005 il n’a échappé à la justice américaine que parce qu’il a été élu pape.

Je terminerai par cette citation du Message Pascal de Mgr Marc Aillet ici :

« Nous n’avons pas à rougir de notre Eglise qui est sans aucun doute la seule Institution au monde qui aborde ces affaires avec autant de transparence et de vérité, apportant concrètement sa compassion aux victimes, reconnaissant les erreurs passées, mettant en place des mesures énergiques pour prévenir des actes aussi monstrueux. Nous n’avons pas à rougir de nos prêtres, dont l’immense majorité vit son engagement dans la fidélité et donne sa vie sans compter pour Dieu et ses frères. Nous n’avons pas à rougir de notre Pape Benoît XVI qui n’a pas ménagé sa peine depuis des années pour apporter une réponse adéquate et ferme à tous ces graves dysfonctionnements.

Il n’est pas indifférent que cette condamnation médiatique advienne alors que nous nous apprêtons à célébrer le Mystère pascal du Christ, à suivre Jésus dans sa Passion et sa mort sur la croix pour ressusciter avec lui au matin de Pâques. C’est la prophétie d’Isaïe qui continue de s’accomplir aujourd’hui : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe […] Le Seigneur Dieu vient à mon secours […] je sais que je ne serai pas confondu » (Is 50). »

Francis Richard

PS

L'internaute peut apporter son soutien à Benoît XVI ici .

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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