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Remed, Attention aux effets secondaires

Publié le 21 avril 2010 par Jekyllethyde

remed-jekyllethyde

Remed, Attention aux effets secondaires

De nos premiers dessins animés devant TF1 et «il était une fois la vie», aux émissions spécialisées sur la Cinquième en passant par les cours d’anatomie au collège, force est de constater que notre génération, celle des briques Tetra Pak, des chips saveur jambon fumé, et du taux de cancers en probable augmentation de 50% d’ici 10 ans, a toutes les clefs en main pour dompter et maîtriser cette enveloppe de chair – devenue préoccupation principale de notre société occidentale.

Savoir présenter, charmer et paraître, tout en camouflant sous une couche de capillaires et de viande, l’incontrôlable tourbillon de sentiments qui nous parcourt constamment, voilà l’Homme que Remed, artiste originaire de Lille met en scène au travers d’un travail minutieux et évolutif, entre cosmos et intestin grêle.

Jonglant de la toile à la façade de 500 m², de la typo au cubisme, du graffiti au pinceau, son travail transpire la vie, se joue des codes, et insuffle un vent nouveau sur la planète « street art » décidément bien capricieuse…

Nous sommes allés à sa rencontre.

Salut Remed, commençons par la classique ; où es-tu et quelle heure est-il alors que tu réponds à nos questions ?

Je suis à Madrid, il est 17:52.

Peux-tu rapidement nous parler de ton parcours ?

J’ai rencontré l’Art vers 17 ans, en ouvrant un livre de Modigliani, et suis tombé amoureux de la rue quelques années plus tard. Depuis, je peins chez moi et sur les murs de la ville dans laquelle j’habite.

Remed Zagreb

Te souviens-tu de ta première peinture, de ton premier mur ? Avais-tu imaginé que tu en ferais un jour ta profession ?

Ma première peinture était une nature morte représentant des bouteilles et des fruits. Je me souviens l’avoir peint en nuance de bleu électrique avec un peu de rouge à la gouache. Quant à mon premier mur, c’était un garage, dans une rue derrière chez moi.

Mais ce n’est que vers 21 ans, en rentrant dans la maison de Madjoub Ben Bella, que je me suis rendu compte qu’il était possible de vivre pour et grâce à l’Art. Et puis, lors d’un voyage au Maroc, et suite à une discussion avec mon ami Nadjib (Dj Boulaone), j’ai pris conscience de la nécessité pour moi de croire en ce chemin…

Originaire de Lille, tu as aussi pas mal bourlingué, Madrid, Pays de l’Est, New York… lequel de ces voyages t’as le plus marqué, inspiré ?!

Plusieurs voyages m’ont marqué, chacun pour différentes raisons. L’Espagne pour sa qualité de vie, le Brésil pour ses contrastes et l’énergie qui s’en dégage, New-York pour son approche du travail et ses rencontres dans les quartiers pionniers de notre culture, la Serbie également pour ses contrastes mais aussi son passé… Mais le voyage qui a vraiment changer ma vie et ma manière de l’aborder, reste mon second voyage au Maroc.

Tes fresques murales réalisées en Europe de l’Est sont vraiment impressionnantes. D’où te sont venues de telles opportunités. Quel fut le retour des habitants sur celles-ci ?

Aujourd’hui encore, les institutions et galeries ont bien du mal à comprendre ce qu’il se passe, malgré qu’elles veulent toutes faire des expositions de « Street Art »… Alors elles font appel à des artistes locaux pour les aider à monter un projet, et parfois ces artistes en question ont entendu parler de moi et m’invitent… Souvent, ils deviennent des amis.

Remed - Jekyll et Hyde
Illustration exclusive pour Jekyllethyde.fr

Comment travailles-tu lorsque tu dois réaliser des murs aussi gros ?

En général, je fais un sketch… Sauf pour le mur en Pologne où j’ai improvisé tant l’atmosphère du lieu était forte et la peinture est sortie toute seule, en deux jours comme par magie.

Sinon, conscient de l’opportunité qui m’est offerte, je me documente quant à l’architecture, l’histoire et la culture du lieu, puis tente d’assimiler le tout afin de le retranscrire à travers ma vision.. L’exemple dont je suis le plus fier reste « La Santa de Belgrade », un mur réalisé en Serbie.

Présentation de l’oeuvre :

«J’ai recherché des informations à propos de l’histoire et l’architecture de Belgrade, et y ai appris que la ville avait été détruite 38 fois dans son histoire. Cette vierge, inspirée d’une icône de la ville, a plusieurs mains et une tête cachée dans le noir. Entre ses jambes se trouve un oeuf donnant naissance à la civilisation. Une main la soutenant, la protégeant… L’autre lui envoyant des lasers destructeurs, bien que de sa manche sorte un drapeau blanc – synonyme de paix. Une autre de ses mains soutient son sein, au travers duquel elle nourrit la ville, mais là encore sort de sa manche une arme à feux, synonyme cette fois de destruction. Même schéma avec la dernière main qui, située au-dessus du reste, envoit des éclairs sur la ville alors que de la manche s’envole un oiseau libre, désireux de répandre la paix et l’amour.»

Pour le coté technique, si il y a un échafaudage (ce que je préfère largement aux grues électriques), je prends une photo du mur avec l’échafaudage et grâce à Photoshop, je superpose mon croquis afin d’avoir des repères. Puis imprime ainsi le dessin ce qui me permet de savoir que le coude droit du personnage arrive au deuxième étage, à la troisième barre en partant de la gauche, et ainsi de suite… Je travaille ensuite au rouleau, et au fatcap lorsque j’utilise du spray.

Quelle est la méthode de travail que tu affectionnes le plus ?

Il y a un temps pour tout… ça dépend du moment, de ce dont j’ai besoin.

Ton travail sur toile est aussi relativement propre et épuré, tel ta dernière série où les corps et les couleurs se mélangent et s’entrelassent formant un tout abstrait – peux tu nous en dire plus sur ces creations, que représentent-elles ?

Hmmmm… Ca risque de prendre un moment à expliquer… Mais je vais quand même tenter de faire court :
Tout mon travail, que je comprends parfois au fur et à mesure qu’il se réalise, est l’expression de la vie, ma vie – la vôtre. Du contraste, de la dualité, du chaos et de l’harmonie, du doute et de l’espoir, du cynisme à l’utopie..

Au départ, mes toiles étaient complexes, composées de multiples formes, icônes, mots, lettres… Très codifiées. Aujourd’hui, mon travail est de plus en plus simple (à part certaines exceptions comme la toile sur le temps, « el spmet »). J’aime croire que le « spectateur » peut les sentir – et les ressentir sans avoir besoin de les lire, sans que je sois là. Mais s’il faut expliquer la dernière série que j’ai réalisée, qui s’appelle « from desire to fullfilment » (Du désire à l’épanouissement), voici quelques mots :

Les deux toiles dont tu parles « From desire » et « to fullfilment » sont issues d’une série de 7 dessins sortis de manière très spontanés, pour lesquels j’ai laissé couler ma main (je pense que j’en avais besoin après avoir passé un mois et demi à peindre le temps, jour après jour, répétant les mêmes gestes à mesure que les couleurs s’affirmaient).

Remed - From Desire
« From Desire » : 80 x 120 cm. Acrylique sur toile. 2010

Dans cette peinture, on voit un homme assis, une main posée sur son genou droit, l’autre se tenant la tête – Grise. Son coeur est bien là, jaune et rouge… Puis de la bouche de l’un des masques coule un coeur inversé sombre et plus gros que le coeur de sa poitrine. L’ombre du corps assis et du coeur inversé est la même.

Derrière sa tête, une serrure qu’il ne voit pas encore. Autour de lui, son futur potentiel. On voit un large profil, orange, tourné vers le dehors en communion avec l’univers, le cosmos, représentés par le triangle et le rond. On peut imaginer que le triangle est l’entonnoir par lequel le rond ou le global, le tout, peut entrer dans l’homme. L’un de ses yeux projette la vision d’un troisième, celui-ci est empli de lumière.

Remed - To Fullfiment
« To Fullfiment » : 80 x 120 cm. Acrylique sur toile. 2010

Cette toile est la suite de la première. On y retrouve cet homme assis. Une de ses mains est toujours sur son genou. L’autre ne retient pas la tête qui est désormais coupée mais se lève vers le ciel devenant la main d’un deuxième personnage (qui est en fait le même dans un espace-temps différent). On voit que le second personnage est debout et marche. Sa main gauche n’est plus sombre mais baigne dans la lumière. Un triangle prolonge l’enveloppe de son visage jaune vif vers l’ extérieur. La lune derrière sa tête, remplace la serrure et on devine donc qu’il a trouvé la clef.

Les yeux du profil derrière lui ne sont plus obscurs mais teintés d’un jaune profond, le troisième oeil rentre dans le visage.

Le coeur inversé est en bas, petit, insignifiant.

Et si tu devais chercher la clef de l’action, l’œuvre ou la réalisation la plus folle qui te serait permis de réaliser, laquelle ce serait ?

Une sculpture monumentale en ville, dans la nature ou au musée…. et sauter d’une falaise avec un wingsuit.

Pour beaucoup d’artistes, la musique tient une place importante dans le processus de création, est-ce le cas pour toi ?

Non, pas vraiment. C’est rare. Dans la phase de conception, je n’ai pas de musique, je préfère regarder la toile en silence.

Comment envisages-tu ton évolution pour les années à venir ?

Je pense que je me tournerais de plus en plus vers le volume… J’ai déjà plein de formes en tête autour desquelles je souhaite me lancer.

remed in action

Un message à transmettre aux jeunes artistes ?

Croire.

Comment décrirais-tu ton univers en un mot ?

Le mouvement

Comment définirais-tu la société actuelle en un mot ?

Le mouvement

Comment définirais-tu le milieu de l’art en un mot ?

Le mouvement

Et enfin je te laisse le dernier mot pour la fin ?

P e a c e
Il est 19:59

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