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Démêlés avec la pensée (à René Descartes).

Par Ananda

Je me demande si je pense ou bien si je pense penser.
Est-ce  ma pensée qui me pense, ou est-ce plutôt moi qui la sens ?
Ne suis-je pas, en somme, en suspension dans ma pincée de pensée ?
Suis-je jamais vraiment sûre d'être en train de vivre lorsque je me mets à penser à ma vie qui pense ?
Est-ce que je me nourris de vie, de vie sensée ou de pensée qui donne du sens à ma vie ?
Quelquefois, ma pensée se trouve tellement mal en point que je la panse. Je la suspends...comme le temps suspend son vol...mais à un crochet.
Oui - je l'accroche à un crochet - comme un vulgaire pardessus. Comme un quartier de viande qu'a suspendu un boucher bouché.
Mais lorsque je me surprends à la suspendre, j'ai honte de moi. Le rouge me monte alors aux ouïes, aux joues...que faire d'elle ? Elle m'encombre.
Tout bien posé tout bien pesé tout bien pensé, je pense trop.
On dit que les cons qui pensent compensent en pensant de travers.
On m'a dit que le meilleur moyen de savoir si l'on était, c'était de s'assurer qu'on pense.
Voire...
Il advient qu'on oublie qu'on pense lorsqu'on est trop pensif. Alors, quand on pense à l'excès, on finit par oublier d'être (?).
Moi, mon problème à moi-moi-moi, c'est que je pense bête.
Ma pensée bée...jusqu'à se transmuer en transmission de pensée.
Et cependant, je n'ai aucune sympathie pour la télépathie.
L'empathie, c'est pire, voyez, j'en pâtis plus que de raison.
- Tu es née le jour où tu t'es mise à penser ! m'a dit quelqu'un, un jour.
Cela me laisse sceptique. La fosse de mon scepticisme n'a pas de fond...et là, soyez bien assuré que je vous livre le fond de ma pensée ! Si tant est, cependant, que ma pensée ait un fond - ah, que disais-je ! Mais, après tout, c'est un autre problème de fond que nous touchons là...
Alors, ça y est, j'ai atteind le fond de ma pensée. J'ai touché le fond.
Au fond de ma pensée, c'est noir...plus rien, que des algues aquatiques qui squattent l'espace de leurs cheveux verts.
- Pardonnez-moi, Seigneur, j'ai pensé, j'ai pensé. J'ai pensé de haut en bas et de bas en haut. Il m'est même d'ailleurs arrivé de penser tout haut.
J'ai aussi dépensé ma pensée en pure perte.
La pensée, c'est quelque chose d'insaisissable. Et quand on pense sans y penser, je vous dis pas !
Quand on pense que les gens pensent, ça fait frémir. ça m'effraie. Mur. Mort. Marre. Mare aux canards tous morts. ça m'effrite et me fait gueule de poisson frit.
La pensée, c'est quelque chose d'infranchissable.
Il faudrait vraiment se pencher sur la pensée.
Il faudrait vraiment penser au roseau penchant, vous savez, celui qui rosit dans la rosée...celui qui rougit, juste avant de rugir.
Il faudrait s'épancher et étancher sa soif de pensée dépecée dépassée à l'envers de ceux qui penseront qu'il vaut mieux penser rond.
Je pisse la pensée comme on pisse du sang, comme on pisse du vent - c'est une hémorragie.
Je m'affale sous la poussée de la pensée qui a le vent en poupe et stoppe les poupées de farine ou d'étoupe (vous avez dit "des taupes ?" crie la vieille mémé) elle y va par étapes et tape dans le tas une fois qu'elle a bien assuré sa percée elle ne perd pas son temps même son temps passé mais elle perd ses poils à force de donner la fessée qui affaisse les fesses de ces poupées à la tête vide lesquelles pour autant n'arrêtent pas de la fixer de leur oeil insolite, insolent qui au grand jamais ne retombe vers le sol pas plus que vers le fa, ou le ré, ou le bas du do.
Je me demande si je pense ou bien si je suis (de quoi prendre des suées !).
Je me demande si quequ'un suit ma pensée. S'il en suit le décours s'il en suit les détours et s'il en suit le cours et l'entour les recours les records les accords et les accrocs au corps et tout ce qui s'en suit s'enfuit en s'ensuivant (ce n'est pas très sensuel). S'il n'est pas pris de cours par cette faculté facultative qu'elle a de fausser compagnie à ma chair à mes jours à mes lieux de séjour.
Être, n'est-ce pas le contraire de penser ? Penser, n'est-ce pas le contraire de peser ?
Et à supposer que l'on suive ma pensée, la suit-on parce qu'on ne sait si elle est de suie ou de soie ? L'essuie-t-on comme on essuie un coup de tabac ? Essaie-t-on d'essayer de la prendre à l'essai ?
Il n'y a certes pas besoin de pensée pour être.
Mais pour se convaincre qu'on est, n'en faut-il pas ?
La pensée, c'est ce qui nous rend conscients de nous. C'est ce qui fracture l'unité inconsciente.
Et si elle naissait aux confins de l'ennui, aux confins du confinement qu'est l'être brut ?

Patricia Laranco.


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