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Violette sans Bidouille

Publié le 26 avril 2010 par Desiderio

bidouilleetviolette.jpgVoici une autre Violette. Plus tendre que la précédente. C'est normal, elle était publiée dans un journal pour enfants et non pour adultes. Je pense qu'elle crée une sorte de rupture dans la presse enfantine franco-belge. Une rupture qui avait été déjà commencée par le docteur Poche avec l'histoire de Karabouilla, l'année précédente. Je pourrais citer aussi Martin Milan, pilote au grand coeur, quelques années plus tôt dans Tintin, dès Eglantine de ma jeunesse en 72. Il y a rupture dis-je, mais en quoi ? D'abord parce que le dessin humoristique n'est plus seulement au service du seul comique, mais de bien d'autres registres ou genres : le pathétique, le tragique, le trivial, le lyrique, le fantastique. C'est ce mélange qui est le premier apport de cette série. Disons que dans le domaine de la presse enfantine, il n'y avait que Franquin pour oser ne pas se contenter du seul comique ou de la seule aventure.

Ensuite, il y a le thème : une histoire d'amour entre adolescents qui sont les lecteurs ! C'est totalement nouveau en 1978 (malgré les deux autres exemples cités). Celui-ci se forme sous l'aspect du cliché : Bidouille est Roméo et Violette est Juliette. La première histoire s'intitule d'ailleurs Un Roméo pour Violette. Leurs milieux sont totalement incompatibles : Bidouille est le fils d'un marchand de frites (corporation fort répandue en Belgique) tandis que les parents de Violette sont fleuristes. L'opposition est sociale et culturelle : le père de Bidouille mange en slurpant sa soupe et porte éternellement un marcel dépenaillé ou un pantalon informe, il sent la friture en permanence, il ne se rase pas, il entre dans des colères fantastiques et il veut imposer à son fils de travailler dans sa friterie quand il n'a pas cours. Dans le monde de Violette, tout n'est que calme, douceur, écoute, thé au jasmin, recherche du karma, conscience écologiste par un couple uni et compréhensif. Tout du moins en apparence. Ce sont des caricatures du beauf et des futurs bobos au départ, mais les choses se brouillent ensuite : on comprend que le père de Bidouille est capable d'affection, que celui de Violette peut se révéler colérique et despotique.

Enfin, il y a le décor. C'est celui de l'univers mental des adolescents : soit la table familiale, leur chambre et puis l'entre-deux des rencontres, mais jamais le moment des cours. C'est une série centrée sur l'intériorité des personnages et cela se manifestera surtout dans la Reine des Glaces (en référence au conte d'Andersen) qui se déroule durant une maladie de Violette qui délire à cause de sa fièvre. Ce peut être aussi les toits où se retrouvent les personnages comme dans Mary Poppins. On est donc très loin de l'étude sociologique comme dans Germain et Nous à la même époque (je ne retrouve plus mon billet sur Germain donc pas de lien), le quotidien est transformé, les clichés sont détournés.

Venons-en maintenant à la couverture. Elle est coupée en deux par le mur. La situation est réaliste, mais elle est aussi signifiante : d'un côté le soleil, la lumière, les arbres, l'insouciance, la légereté, la finesse et la vie ; de l'autre, les rondeurs, les boucles de cheveux, le repli, l'enfermement, les complexes, la grisaille du quotidien, le dos au mur face aux contraintes familiales ou sociales. Les caractères qui désignent les personnages sont aussi dans des formes très opposées, ceux de Bidouille sont rondouillards comme lui, ceux de Violette sont écrits en cursive bien personnalisée. Le titre offre une troisième police plus neutre en apparence, mais qui est d'une calligraphie volontairement maladroite et en outre avec un pâté ! On a bien l'idée de deux mondes différents.

L'histoire se termine très mal par la mort de Bidouille, renversé par une voiture, du moins le croit-on, tandis que Violette part en vacances sans l'avoir revu. Mais en fait, selon Hislaire, il aurait dû y avoir une suite. Au dos du dernier volume, il annonçait le titre du suivant Mordre au travers. Ce volume n'a pas vu le jour, sans doute parce qu'Hislaire devenu ensuite Yslaire et bien d'autres personnages avait envie de passer à d'autres histoires où il pourrait faire vieillir ses personnages, toujours à travers une forme de tragédie. J'avoue que j'aime moins le Hislaire deuxième période que je trouve un peu mégalomane et narcissique (mais c'est un défaut fort répandu dans la BD). Je ne sais pas s'il avait vraiment envie de poursuivre cette histoire qui finissait par tourner en rond et qui se serait conclue de manière trop prosaïque si elle avait été heureuse. La mayonnaise avait pris, mais Hislaire avait décidé aussi de renoncer au monde de Bidouille* et c'est pourquoi il le tue tout en laissant planer le doute sur sa vraie fin. L'ensemble, plus des inédits en album, sera republié en album avec comme sous-titre Chronique mélancomique d'un premier amour. Je ne sais s'il a imité Bernard Haller ou l'inverse, mais cela convient bien à l'ensemble.

* Bidouille évoque bien sûr l'astuce et la bricole, mais encore d'autres notions péjoratives comme l'andouille, la niguedouille, le couillon. En sacrifiant Bidouille, le fils du fritier, Hislaire entend se consacrer à l'Art avec un grand A, sans aucune compromission avec la cuisine aux odeurs d'huile rance comme il le faisait dans ses premiers récits. L'album la Reine des glaces annonce déjà ce qui sera la saga des Sambre, même si cela reste encore un peu fleur bleue.


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Par David Sansoni
posté le 16 octobre à 21:19

bidouille et violette c'est toute mon enfance, merci maman de m'avoir fait découvrir ce super dessin animé :) je t'aime

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