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Laissons Alexandre Vinokourov savourer sa victoire

Publié le 27 avril 2010 par Vinz

La victoire d’Alexandre Vinokourov à Liège-Bastogne-Liège n’a pas été appréciée par tout le monde. Le succès du Kazakh, qui sort d’une suspension pour dopage, est teinté par la suspicion qui pèse au-dessus de ses performances. Sans pour autant le défendre, je crois que ces accusations implicites ne sont que le fruit d’une gigantesque lâcheté collective.

Vinokourov

Présumé coupable

« Qui a bu boira ». Bien entendu, cette maxime est toujours à l’esprit des grands moralisateurs du monde sportif. Un sportif pris pour dopage ne peut que replonger. Ainsi, tel un détenu qui sort de prison, on ne peut pas penser que la réinsertion dans une vie normale, sans histoire, est possible.

Faut-il pour autant fustiger la victoire de Vinokourov, qui a bien mené sa course et qui a gagné « à la pédale » ?

Dans une lettre ouverte, il a fustigé l’acharnement de la presse à son égard après sa victoire. Et d’une certaine façon je peux le comprendre. Pourquoi lui et pas les autres ? Si Valverde ou Contador avaient gagné, seraient-ils devenus la cible des médias ? Le premier a pourtant été suspendu par le CONI et le second est lourdement soupçonné de dopage.

Vinokourov prend pour les autres : ceux qui ont été suspendus, pris par le contrôle. A-t-on fait le même sort à David Millar, lui-même attrapé il y a quelques années ? Non, Millar est un type bien. Mais de Vino, on disait la même chose.

Que fera-t-on du plus grand imposteur de l’Histoire du cyclisme, et un des plus grands du sport ? Celui qui a volé au moins trois Tours de France alors qu’il avait été contrôlé positif en 1999 l’année de sa première victoire ? Les organisateurs du Tour de l’époque (Jean-Marie Leblanc) n’ont pas été très regardants sur la chose, l’UCI non plus, mais elle ne le sera jamais.

Que fait-on aussi du droit à se reconstruire ? De ma place, rien ne me permet d’estimer que Vinokourov triche à nouveau, comme rien ne me permet de penser le contraire. La présomption d’innocence se transforme en présomption de culpabilité.

C’est facile…

Le sport boit et le cyclisme trinque

Évidemment, c’est un des sports les plus durs au monde qui est frappé. Il faut quand même reconnaître aux coureurs une sacrée dose de courage pour accomplir un sport aussi difficile et aussi mal payé par rapport à des pousseurs de ballon, des frappeurs de balle ou des fracasseurs de panier. Le monde est ingrat. Le cyclisme est aussi un sport perpétuellement dénigré alors qu’il essaie de lutter contre le dopage par une politique assez élaborée.

Attention, je mets toutes les réserves possibles à son efficacité. Sans doute ceci est d’abord de la publicité, mais je n’ai pas entendu de passeport biologique dans le football.

Si on regardait la quantité de cadavres dans les placards du football, du rugby, du tennis (je crois que c’est le pire), de l’athlétisme, on se dit alors que le cyclisme est vraiment mal considéré alors que c’est un vrai sport populaire (et le plus en France).

Souvenez-vous du « grand donneur de leçons » Christophe Dugarry qui n’a échappé à une suspension pour dopage que pour vice de forme ? Et qui se souvient que Zidane a reconnu avoir pris de la créatine et des produits dopants en 2004 ? Etc.

Pas les journalistes

Non ce ne sont pas eux, les journalistes sportifs. Et pour cause, ils sont complices. Ne me faites pas croire qu’ils n’étaient pas au courant de tout cela. Quand je lis les tonnes d’indignation à l’encontre de Mark McGwire, qui a récemment reconnu s’être dopé, je me dis que l’hyprocrisie est pire encore.

Quand Mark McGwire reconnaît s’être dopé

Que les journalistes ne viennent pas me dire qu’ils n’étaient pas non plus au courant des « soirées thématiques » des quelques internationaux français. Ils connaissent les rumeurs de transfert, je ne crois pas une seconde à leur méconnaissance du milieu obscur du football. Et leurs leçons de morale (affaires privées) ne tient pas plus que leur indignation sur un sportif dopé. Ils cherchent simplement à se protéger car eux-aussi pourraient bien être inquiétés.

A ce propos un petit conseil.

http://www.dailymotion.com/videoxc2t1d

C’est facile…

Mon credo reste simple et je me l’applique. Soyons lucide. Le baseball est un sport où le dopage reste encore vivace, mais certaines choses changent : le style se fait moins puissant et plus tactique. Le football et le tennis ne peuvent échapper à la triche organisée. Si on a vraiment accepté cela, alors on peut apprécier le spectacle. Et surtout ne pas s’indigner.

Idem pour les sports à notation comme le patinage. L’affaire de 2002 a été montée en épingle, mais les magouilles sont aussi ancestrales que le sport est devenu affaire politique avec la guerre froide.

La morale de l’histoire

Alors, un sportif a-t-il le droit de pratiquer à nouveau à haut niveau après une suspension ? Très moralement oui. On a le droit à une seconde chance : Vinokourov recommence à courir. Pour expliquer ses performances, il dit qu’il n’a jamais cessé de s’entraîner. Marion Jones tente une reconversion dans le basket-ball. Et alors ? Où est le mal ?

Finalement, nous ne sommes pas mieux que les anciennes générations : nous voulons des têtes bien coupées mais le dopage c’est l’Hydre de Lerne. Sauf qu’il faudra un sacré Hercule pour en trancher les têtes en même temps. Ce Hercule s’appelle justice, car je ne vois pas d’autre solution que la judiciarisation des affaires de dopage. Encore faut-il le vouloir. Et l’Espagne a décidément du mal avec son passé : le franquisme, M. Fuentes. Ce qui me renvoie au « Grand Timonier » de l’Olympisme moderne. Ou son grand tisonnier récemment disparu.

En tout cas, M. Vinokourov j’espère sincèrement que vous ne trichez plus. Mais j’ai tellement de doutes.

C’est facile, les promesses et les serments


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