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La représentation de l'Inde et son évolution (1/5)

Publié le 27 avril 2010 par Olivia1972

Une des questions qui nous passionne est celle de savoir comment s’est construite cette fascination européenne ou française pour l’Inde. Ou, en d’autres termes, quelles ont été les influences, et quels chemins ont empruntés les échanges de pensées entre la France et l’Inde ? Et au-delà, quel chemin a suivi en France la représentation de l’Inde ?

L’Orient est considéré depuis longtemps comme le principal marqueur d’altérité de l’Occident. Mais l’Orient n’est pas ce que l’on croit qu’il est. Ses racines plongent fort loin dans le temps, et on sait que l’Orient a d’abord été, pour les français, l’Espagne, puis l’Egypte, la Turquie avant d’être l’Inde ou la Chine.

Après la contribution des Jésuites à une meilleure connaissance de l’Inde et de la Chine et après les nombreux récits de voyage (dont ceux de François Bernier dont nous avons parlé dans ce blog), les premiers travaux des indianistes britanniques puis français, un vaste mouvement européen appelé « Renaissance orientale » partit d’Allemagne, durant les années 1800-1810. Dès 1800, dans l’Athenaum, Friedrich Schlegel écrit que c’est en Orient qu’il faut chercher le suprême romantisme. L’idée essentielle en étant que toute civilisation, tout art trouvent leur origine parfaite en Inde : ex oriente lux. Toute l’Allemagne est ébranlée par ces idées : les fantasmes de langue primitive, de parenté élective de l’Allemagne et de l’Inde font ressurgir l’espoir d’une union orientalo-occidentale qui donnerait accès, par la poésie, à une parole pleine. Mais tout cela commence au XVIII° siècle.

Le XVIII° siècle

L’indologie française émergea dans les premières décennies du dix-huitième siècle, quand le bibliothécaire du roi demanda à Etienne Gourmont, du Collège royal, de faire une liste des ouvrages indiens et indochinois d’importance que devait se procurer la bibliothèque du roi. Dès 1739, avait été rassemblé un catalogue des ouvrages sanscrits, et des copies des Vedas, des récits épiques, des textes et dictionnaires philosophiques et linguistiques étaient disponibles. La préoccupation de la première génération d’indianistes fut donc d’étudier les spéculations des Indiens, leur philosophie, et leur « niveau de connaissances scientifiques ».

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C’est à la fin du XIIIe siècle que les traductions des grands textes de l’Inde commencent à paraître en anglais, en français et en allemand : la Gîtâ, les Lois de Manu, des textes bouddhiques, la Shakuntalâ du divin Kâlidâsa (œuvre qu’invoquera Goethe dès 1792), et les deux grandes épopées : le Mahâbhârata et le Râmayana... En 1771 Anquetil-Duperron publie sa traduction de l’Avesta. C’est la « découverte d’un nouveau continent », selon la formule de Hegel. L’Inde, politiquement conquise, envahit les meilleurs esprits de l’Europe — et au-delà, ainsi Thoreau aux Etats-Unis : « Chaque matin, je baigne mon intellect dans la prodigieuse philosophie cosmique de la Bhâgavad-Gîtâ, aux côtés de laquelle notre monde moderne et sa littérature ont l’air chétif ».

Scophenhauer fut profondément influencé par la publication des « Upanishads » en 1785 par Anquteil Duperron et par les deux volumes de « Oupnek’hat » parus en 1801.

Le XIX° siècle

En 1805-1806, Friedrich Schlegel exprime sa frénésie pour l’Inde dans les cours qu’il donne à Paris sur l’histoire universelle.

La première chaire de sanskrit d’Europe est inaugurée par Léonard de Chézy en janvier 1815 au Collège de France.

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La France philosophique n’est guère touchée, pourtant, en dépit de Victor Cousin (1792 -1867), qui, en 1828, retrouve sa chaire à la Faculté ; c’est un événement car le philosophe fait figure de héros du libéralisme et la ferveur des étudiants est d’une rare intensité. A la passion politique se joint le désir de découvrir une pensée plus vive que celle professée sous le contrôle des ultras. Les « leçons » de Victor Cousin sont reprises dans les journaux et en 1829 elles seront publiées. Et que dit Victor Cousin ? « Nous sommes contraints de plier le genou devant la philosophie orientale et de voir dans ce berceau de la race humaine la terre natale de la plus haute philosophie ».

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