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5e Conférence internationale sur la Résistance populaire de Bil'in : déclaration finale

Publié le 27 avril 2010 par Tanjaawi
Cinquième Conférence Internationale sur la Résistance Populaire de Bil’in Au nom de nos prisonniers

Non-violence, Créativité, Lutte commune internationale

Khalas ! Nous gagnons !

21-23 avril 2010

Déclaration finale

(JPG)
Les participants, dont de nombreux diplomates et politiciens palestiniens représentant l’ensemble des partis politiques, ont été accueillis à Bil’in par Iyad Burnat, dirigeant du comité populaire de Bil’in, et Luisa Morgantini, ancienne vice-présidente du Parlement européen.

Iyad Burnat a déclaré : « Notre mouvement prend de l’ampleur et se développe localement et globalement. La présence cette année de tous les partis politiques palestiniens et de diplomates internationaux reflète le consensus grandissant autour de la nécessité et de l’efficacité de la résistance non violente comme un moyen de mettre un terme à l’expansion des politiques d’occupation et d’Apartheid d’Israël. »

Pendant cette cinquième conférence annuelle, nous avons ressenti l’absence de nos amis restés derrière les barreaux des cellules de l’occupation, emprisonnés pour avoir lutté sans violence pour notre liberté. Nos amis militants et dirigeants de comités populaires : Abdullah Abu Rahmah, Ibrahim A’amirah, Adeeb Abu Rahmah, Hassan Moussa, Zaydoun Surour, Ibrahim Burnat, Wael Faqi et tous les prisonniers politiques.

La conférence s’est ouverte par la lecture d’un message d’Abdullah Abu Rahmah, coordinateur du comité populaire de Bil’in, actuellement emprisonné. Son message rappelait la nécessité de continuer la résistance populaire non violente et le besoin de soutien international.

Nous avons ressenti l’absence de notre bien aimé Bassem Abu Rahmah, ainsi que celle des martyrs de Ni’lin et de ceux qui sont tombés pour défendre notre terre et notre dignité. Nous avons écouté la famille de Bassem Abu Rahmah, s’exprimant au nom de toutes les familles de martyrs, déclarer que la résistance populaire devait se poursuivre jusqu’à ce que nous soyons libres.

Nous avons ressenti l’absence de nos frères et soeurs de Gaza qui n’ont pu se joindre à nous que par vidéo conférence en raison du siège criminel imposé par l’occupation à un million et demi des nôtres. Tous ceux qui n’étaient pas physiquement parmi nous étaient avec nous chaque minute dans nos esprits. Ce sont votre ténacité et votre sacrifice qui nourrissent et inspirent la lutte qui nous conduira à notre liberté.

Mohammed Khatib, représentant les comités populaires, s’adressant aux participants a déclaré : « Nous allons tenir éloignée la résistance populaire des pressions politiques internes et extérieures, nous devons respecter l’idéal qu’est l’unité nationale car nous sommes unis sous le drapeau palestinien. Nous allons coopérer avec tous, mais nous ne permettrons à personne de nous contrôler ou de nous diriger au nom d’une faction ou d’un agenda partisan. Nos comités populaires représentent tous les enfants de ce pays dans toute leur diversité. Ce mouvement restera un mouvement populaire avec des dirigeants de base, conscients et engagés envers les objectifs et les aspirations de notre peuple. »

Le Premier ministre Salam Fayyad a déclaré que la résistance populaire jouerait un rôle important pour mettre fin à l’occupation, il s’est également engagé à ce que les marchés palestiniens soient exempts des produits des colonies avant la fin de l’année. Aux nombreux diplomates étrangers présents, il a rappelé la nécessité d’arrêter d’importer des produits des colonies, ou au moins d’empêcher que ces produits bénéficient des traitements particuliers dont ils disposent actuellement. Salam Fayyad a également déclaré que les projets palestiniens en « zone C » et dans les zones à l’ouest du mur d’Apartheid allaient continuer à se développer peu importe qu’ils se trouvent en territoires occupés ou non, ou « territoires disputés » selon Israël.

Mustafa Barghouti, représentant les forces nationales et islamiques, a parlé de la diffusion du modèle de Bil’in et de la renaissance de l’esprit de la première Intifada tout en appelant les diplomates et militants à travailler pour empêcher l’occupation israélienne d’être récompensée par l’entrée d’Israël à l’OCDE.

Abass Zaki, membre du comité central du Fatah, a parlé de la nécessité du soutien à la résistance populaire et de sa rencontre avec Abdullah Abu Rahmah, coordinateur du comité populaire de Bil’in, à la prison militaire d’Ofer où il est détenu depuis son arrestation lors d’une manifestation non violente pendant laquelle les palestiniens revendiquaient leur liberté d’exercer leur culte dans les lieux saints de Jérusalem.

Nous avons entendu nos frères et soeurs de Gaza via une conférence satellite avec Ezbet Abed Rabbo qui a été en grande partie dévasté lors de la guerre d’agression d’Israël en janvier 2009. Nous avons parlé avec des militants de base à Gaza : Haidar Eid, militant pour le BDS (Boycott, Désinvestissements et Sanctions) et du Groupe démocratique pour un état (The One Democratic State Group) ; Mahmud Al Zik et et Saber Zaanin, organisateurs du comité populaire contre la « zone tampon » (« buffer zone ». Des militants d’organismes de solidarité internationale travaillant à Gaza ont également participé à cet échange : Adi Mormech de l’ISM et Max Ajl de Gaza Freedom March nous ont parlé de leurs actions pour briser le siège. Puis nous avons écouté des résidents d’Ezbet Abed Rabbo qui ont survécu à l’assaut de janvier 2009. L’archevêque Atallah Hanna de Cisjordanie a envoyé un message d’unité à la population d’Ezbet Abed Rabbo en déclarant « votre souffrance est notre souffrance, votre douleur est notre douleur, votre lutte est notre lutte ». Um Khatem Abed Rabo, réfugiée de 1948, qui a perdu de nombreux membres de sa famille en janvier 2009 a parlé de la responsabilité commune d’Israël et de l’Egypte dans le meurtre de sa famille.

Nous avons entendu nos frères et soeurs de Jérusalem. L’archevèque Atallah Hanna, Ziad Al Hamuri, Ihab al Jallal et Murad Abu Shaffa nous ont parlé des luttes des résidents de Jérusalem contre les tentatives d’Israël de transformer Jérusalem en une colonie israélienne. Ziad Al Hamuri a parlé de la nécessité de se battre contre la campagne israélienne grandissante visant à supprimer aux citoyens palestiniens de Jérusalem leur droit de résidence.

Le Comité national BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) a animé un panel mettant l’accent sur les politiques d’Apartheid d’Israël. Le journaliste et auteur Jonathan Cook a parlé de l’Apartheid dans les frontières de 1948. La professeur Nura Erikat, a parlé de la définition juridique de l’Apartheid et de son application aux politiques israéliennes. Hind Awad, coordinateur du Comité national BDS, nous a parlé des succès croissants à l’échelle mondiale du mouvement BDS palestinien.

Les comités populaires de Cisjordanie nous ont décrit leurs défis, leur résistance créative, les campagnes BDS, la répression à laquelle ils font face et le prix qu’ils paient pour leur résistance. Des militants de la résistance mondiale, dont David Bondia du Tribunal Russell pour la Palestine, nous ont présenté des campagnes internationales de solidarité et de résistance. Sahar Vardi, a présenté la résistance commune entre Israéliens et Palestiniens. Jonathan Pollak a parlé de la répression de la résistance populaire. Raja Abu Rahma a également témoigné au nom de son père Adeeb, emprisonné depuis 10 mois pour avoir participé aux manifestations non violentes, et parlé des conséquences de la répression sur sa famille.

L’ensemble des partis politiques palestiniens a réaffirmé son soutien à la résistance populaire lors d’un panel qui a réuni Nabil Shaath du Comité central du Fatah, Khaleda Jarrar du Front populaire de libération de la Palestine, Quis Abu Leila du Front démocratique de libération de la Palestine, Alam Jarrar of Al Mubdara du Parti national et Mahumud Al Ramahi représentant les législateurs islamiques et Secrétaire général du Conseil législatif. Khaleda Jarrar a rappelé la nécessité de l’unité afin de mettre un terme à l’occupation, au colonialisme et à l’Apartheid.

Après une journée bien remplie, le visionnement du film Budrus sur le succès de la lutte non violente ayant permis le déplacement du mur d’Apartheid sur les terres de Budrus a été inspirant.

En nous réveillant le lendemain pour le deuxième jour de la conférence, nous avons appris que des oliviers étaient en train d’être déracinés à Beit Jala. Alors que les ateliers de travail suivaient leur cours, plusieurs militants se sont rendus à Beit Jala où six d’entre eux ont été arrêtés par la police israélienne.

Après un processus participatif, nous avons adopté sur les points suivants :

  • 1. ENCOURAGER LA RESPONSABILITÉ JUDICIAIRE
    • 1) Soutenir le Tribunal Russell pour la Palestine et ses conclusions établies en mars 2010 lors de sa première session à Barcelone demandant à Israël, et aux autres états, d’appliquer les lois, traités et accords internationaux. Nous recommandons la création de comités nationaux du Tribunal Russell pour la Palestine dans nos pays respectifs.
    • 2) Promouvoir les actions judiciaires contre les entreprises tirant profit de l’occupation, en :
      • * partageant les informations entre les différents pays sur les entreprises impliquées
      • * partageant les expériences sur les affaires similaires afin de les exploiter lors de la deuxième session du Tribunal Russell pour la Palestine
      • * étendre la responsabilité des entreprises lorsqu’elles collaborent au régime d’Apartheid
  • 2. ENCOURAGER LE BOYCOTT, DESINVESTISSEMENTS ET SANCTIONS CONTRE ISRAËL
    • 1) En termes de désinvestissements, les priorités devraient être :
      • * suppression des accords préférentiels de l’Union Européenne envers Israël
      • * éviter l’entrée d’Israël dans l’OCDE
    • 2) En termes de boycott, les priorités devraient être :
      • * campagnes internationales et locales contre les entreprises internationales dont les investissements en Israël sont importants, les banques et fonds de placement, le Fonds national juif, les produits israéliens provenant des colonies
      • * arrêt de tous les accords et échanges entre les universités européennes et internationales avec les universités israéliennes
      • * promouvoir le boycott des publicités de tourisme en Israël
      • * prioriser tous les types de boycott au niveau culturel
    • 3) Nous devons encourager les échanges d’expériences, de contacts, d’informations, de recherches sur les produits ou autres informations de ce type, des forum internet ainsi que la promotion et le développement de la Semaine contre l’Apartheid Israélien (Israeli Apartheid Week).
  • 3. ÉTABLIR ET SOUTENIR LE RÉSEAU INTERNATIONAL POUR LA RÉSISTANCE POPULAIRE PALESTINIENNE NON VIOLENTE

Le Réseau international pour la résistance populaire palestinienne non violente, fondé en septembre 2009, a été renforcé lors de la cinquième conférence de Bil’in, en élargissant le nombre de ses membres et en mettant en œuvre une stratégie cohérente. Les actions suivantes ont été définies comme les plus importantes à développer immédiatement après la conférence.

    • 1) Nous appelons tous les groupes et organismes de solidarité avec la résistance populaire palestinienne non violente à unir leurs efforts via le Réseau International pour le Résistance populaire palestinienne non violente. Nous vous appelons à rejoindre le réseau et signer notre appel sur le site web : http://internationalpopularstruggle.org.
    • 2) Coordonner l’envoi de militants en Palestine entre les organismes appartenant au réseau, communiquer à l’avance les informations détaillées sur les équipes et les contacts.
    • 3) Créer une journée mondiale d’action de soutien à la lutte populaire, avec des initiatives dans tous les pays. La première journée d’action est prévue le 10 juin 2010.
    • 4) Encourager le soutien international à la lutte par le biais d’un don mensuel (même minime) à des personnes ou organismes.

Pour conclure la conférence, le comité populaire de Bil’in a invité tous les participants à se joindre à la manifestation hebdomadaire. Un manifestant palestinien de Jaffa a été gravement blessé à la tête lorsque les soldats ont tiré directement sur lui une cartouche de gaz qui l’a touché au front. Cinq manifestants ont été arrêtés puis libérés sous caution dans la soirée.

25 avril 2010 Village de Bil’in

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