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Le Mal de Mère (# 9)

Par Sandy458

Du courage.


« Quel courage ! »

« Comme il faut du courage pour vivre comme ça. »

« Moi, à votre place, je n’aurais pas le courage. »

Je me suis souvent interrogée sur ces petites phrases qu’on nous a maintes fois servies au cours de ces années troublées. Je revois encore les mines contrites et entendues des interlocuteurs compatissants, le ton lugubre de circonstance et les yeux immanquablement baissés au sol de peur de croiser la réalité par le biais de l’échange des regards.

Et puis, cette petite phrase insidieuse que les esprits murmuraient à nos oreilles « Dieu merci, c’est sur vous que c’est tombé, pas sur moi… ».

Mais a-t-on réellement le choix de la couardise lorsqu’une calamité s’abat sur soi ?

Nous nous laissons emporter par le flot des événements, des annonces terribles qui nous arrivent de plein fouet. Nous composons, nous les digérons pour les intégrer du mieux possible dans le tableau de la vie. Plus rien ne nous appartient vraiment, sûrement pas la fausse notion de la permanence des choses.

On devient le radeau emporté par les vagues, un jouet pris dans un siphon tempétueux.

C’est ainsi, il faut en tirer partie.

Conserver la tête toujours au-dessus des flots et avaler les goulées d’air qui, emprisonnées dans nos poumons, nous permettent de ne pas étouffer.

Nous tentons de séparer le bon grain de l’ivraie, surtout si le temps semble compter pour savourer une vie normale.

Le tri se fait dans les personnes, les actes, nous définissons les vraies priorités.

Nous apprenons à saisir le bonheur, qui se niche toujours quelque part, même dans tout ce fatras, là ou là, où il peut être.

Courage, courage, ramons ferme !

La phrase la plus incroyable qu’il m’a été donnée d’entendre sur la notion de courage devant la maladie est curieusement sortie de la bouche d’une infirmière s’adressant à ma mère lors des soins quotidiens : « Quel courage ! A votre place, je n’aurais pas voulu tenir toutes ces années, surtout comme ça… ».

Non, il n’y a pas de courage possible dans des situations si délicates où la déchéance inéluctable brosse le portrait de la Grande Faucheuse à coups de pinceau rageur sur le fond de la toile. Il n’y a que le choix de la vie, au-dessus de tout.

Devons-nous tout lâcher, tout abandonner et se terrer en attendant la fin ?

Devons-nous disparaître au fond d’un trou, loin du regard des autres, des normaux, de ceux qui verront encore demain ?

Il n’y a pas plus de courage surhumain qu’il n’existe de bonnes fées qui surgissent au dernier moment pour corriger les erreurs de l’existence.

Il n’existe que des êtres qui auront un parcours plus ou moins longs, plus ou moins heureux mais qui se seront battus à un moment donné pour aspirer le même air que les autres.


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