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HCup : Finale 100% française, une bonne chose ?

Publié le 03 mai 2010 par Lben

Chronique du lundi 3 mai 2010.

Toulouse et Biarritz ont, chacun, remporté leur 1/2 finale et se disputeront la finale de la Coupe d’Europe, le 22 mai prochain. 2 clubs français en finale, cela s’était déjà produit en 2003 avec Toulouse, déjà, et Perpignan. Mais 2 clubs d’un même pays en finale de la Coupe d’Europe, est ce une bonne chose pour le rugby européen ?

Une finale 100% française, quel succès pour le rugby hexagonal !

Retrouver 2 clubs français en finale de la HCup l’année où l’équipe de France remporte le Grand Chelem est certainement un signe de bonne santé pour le rugby français. Il faut se féliciter d’avoir autant de succès cette saison et de pouvoir prétendre à avoir le 22 mai une finale de HCup Toulouse – Biarritz et la semaine suivante, le 29, une finale de Top14 qui pourrait être Toulon ( ou Clermont ou Racing-Métro ) contre Perpignan. Avoir 4 clubs différents en 2 finales est définitivement un signe de bonne santé du rugby hexagonal et il ne faut surtout pas cracher dessus. Ce qu’ont montré les Toulousains face au Leinster était de haut niveau en 2ième mi-temps et cette équipe, si elle en a encore les ressources physiques en cette fin de saison, a le potentiel pour continuer à progresser avec la confiance qu’elle possède maintenant et elle peut encore nous délivrer un rugby de rêve d’ici la fin mai. Pour Biarritz, le jeu est un peu plus restrictif mais le haut niveau de densité physique proposé par les joueurs auquel s’est ajoutée une volonté de gagner encore plus grande que celle de ses adversaires mérite le respect.

Dans la perspective de la prochaine Coupe du Monde, la montée en puissance du rugby français est, bien sûr, intéressante. L’équipe de France peut s’appuyer sur des clubs forts qui ont de l’ambition et dont les joueurs ont la pression positive du résultat. Avec peut-être 4 clubs en 2 finales cette saison, c’est autant de joueurs potentiels de l’équipe de France qui doivent hausser leur niveau de jeu pour répondre à l’enjeu. Aujourd’hui Marc Lièvremont ne peut que se féliciter de cet état de fait même si, on va le voir plus loin, le nombre de joueurs étrangers dans ces équipes est important…

Une finale 100% française, c’est la victoire de l’euro !

Tout le monde se félicite de la compétitivité du Top14 cette saison avec notamment la bagarre que ce sont livrés quasiment 9 clubs pour les 6 places qualificatives. Quand on y regarde de plus près, on constate surtout que, dans un premier temps, ce sont les grands clubs historiques, Toulouse et surtout Biarritz et le Stade Français, qui n’ont pas été performant avec une crise voire deux du côté de Paris et Biarritz et 10 défaites côté Toulousain. A cela, il faut ajouter la baisse de la moyenne d’essai marqués par match même si ce chiffre peut s’expliquer par un resserrement du niveau de l’ensemble des clubs. En tout cas, plus que le fait que Toulon et le Racing-Métro aient créé la surprise, c’est d’abord les grands historiques qui n’ont pas été performants tout au long de la saison.

L’explication a ce manque de performance peut s’expliquer, notamment pour les joueurs de Toulouse et Biarritz, par la volonté de mettre la HCup en objectif     n°1 de la saison. Avec une finale au Stade de France et l’avantage que cela pouvait procurer face à un club étranger, les joueurs Toulousains et surtout Biarrots ont su se transcender les week-ends de HCup et se reposer sur leurs lauriers les samedi de Top14. L’accession en finale leur a donné raison et Guy Novès va sûrement aller dans ce sens vendredi prochain en prenant le risque d’aligner une équipe B pour le match de barrage contre Castres.

Il ne faut pas se voiler la face non plus. Quand on regarde la composition de l’équipe de Biarritz, par exemple, et que l’on dénombre 3 anglais ( Balshaw, Erinle et Lund ), 1 sud-Africain ( Hall ), 1 néo-zélandais ( Johnstone ) et même 1 américain ( Ngwenya ), on ne peut que constater que la première force de frappe du rugby français provient de l’euro fort notamment au dépend de la Livre Sterling. Et oui, plutôt que de se gargariser sur notre Top14 qui n’a pas grand chose de plus que le championnat anglais voire la Ligue Celte, il faut remercier la puissance de l’euro qui fait que, mis à part, peut-être, Richie McCaw, tout joueur dans le monde a un prix et si un président d’un des principaux clubs français a décidé de se l’offrir, il a les moyens de le faire. Merci l’euro !

Ainsi même l’équipe de France pourrait profiter de la puissance de la monnaie européenne. Si Carl Heyman prend la destination de Toulon plutôt que de celle du pays du long nuage blanc, c’est merci l’euro et accessoirement Mourad Boudjellal. Si Weepu vient aussi, c’est toujours merci l’euro. Mais, bon, comme la Nouvelle-Zélande est un pays où le réservoir de joueurs est de qualité, je ne suis pas sûr que Jackie Lorenzetti et Mourad Boudjellal arrivent, à eux seul, à nous faire gagner la Coupe du Monde. En tout cas, une chose est sûre, au moment où la France et la Nouvelle-Zélande s’affronteront pendant la Coupe du Monde 2011, ces 2 pays ne partiront pas totalement à égalité…

Une finale 100% française, 1 fois ça va, c’est quand il y en a plusieurs…

Effectivement, avoir tous les 7 ans une finale de HCup, franco-française aurait quelque chose de sympa, nous garantissant le trophée au moins régulièrement. Par contre, si la puissance de l’euro vis à vis des dollars Australiens et néo-zélandais, du Rand et surtout de la Livre Sterling continuaient à créer un tel différentiel et que les meilleurs joueurs de la planète rugby viennent en exclusivité dans notre pays à un tel point que nos clubs dominent outrageusement le rugby européen, ce serait extrêmement dommageable pour ce sport. En effet, il est important que la diversité l’emporte sur la consanguinité ! La première réaction du football face au succès des clubs français en HCup cette saison, sera évidemment de dire que cette compétition est d’un niveau très faible par rapport à la champion’s League. L’argument est imparable même si le football des clubs tourne toujours autour des mêmes pays : Espagne, Italie, Angleterre et de temps en temps Allemagne.

Face à un tel risque de déséquilibre, il est important que l’International Board réagisse. Pas, bien sûr, pour empêcher les clubs français d’être champion d’Europe, non. Mais plutôt pour redonner une capacité financière saine et suffisante à l’échelle mondiale à des pays comme la Nouvelle Zélande, l’Australie et l’Afrique du Sud et aussi aider au développement de ce sport dans le monde entier. Ces 2 priorités passent par la mise en place de nouvelles compétitions à l’échelle mondiale capables d’attirer des partenaires et de financer ces pays plutôt que de faire jouer chaque saison 10 fois le même Australie – Nouvelle-Zélande. L’entrée du rugby à 7 aux Jeux Olympiques est une bonne vitrine pour la communication du rugby et son développement dans certains pays Asiatiques et Africains. Mais, seule, cette action n’est pas suffisante et, si rien d’autre n’est fait, elle se transformera vite en miroir aux alouettes…


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