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#4 Pérouse : Le journalisme financier au risque du court terme

Publié le 03 mai 2010 par Mentre

#4 Pérouse : Le journalisme financier au risque du court termeÀ propos du  journaliste financier deux logiques se sont affrontées au Festival international de journalisme de Pérouse, le jeudi 22 avril 2010. L’une pragmatique défendue par des journalistes anglo-saxons, Betty Wong, global news editor de Reuters, Adrian Michaels, du Telegraph Group et Alessandra Galloni du Wall Street Journal, et une autre plus romantique et politique, développée par Massimo Mucchetti du Corriere della Serra.

« Aujourd’hui, le nombre de journalistes capables de comprendre les données financières sont plus nombreux qu’il y a 20 ans, et pourtant ils n’ont pas compris ce qui s’est passé avec la crise économique, qui a commencé en 2008″. Pour expliquer cette défaillance collective, Massimo Mucchetti, avance d’abord un raison « italienne »: l’absence de liberté dans les médias italiens, où « les promotions se font sur des critères politiques et où les éditeurs ont aussi des intérêts, dans la radio et la télévision. Or dans cette dernière, est contrôlée par Silvio Berlusconi à travers Mediaset. » Si de nombreux journalistes essaient de bien faire leur travail, ils ne sont pas incités à le faire », insiste-t-il.

Après avoir ainsi « balayé devant sa porte », il revient sur la question principale, à ses yeux:

« La crise a été provoquée par le fait que l’économie occidentale a accumulé trop de dettes. Toutes les données sont publiques depuis des années. Or, personne n’a rien dit. À cela une raison, les dettes sont un facteur d’optimisme pour l’avenir. C’est la Holly Bible de la finance. Mais alors que les banquiers achetaient des stocks options, les travailleurs étaient mis à l’écart. Comment avons-nous pu penser qu’un tel système pouvait fonctionner? »

Pour lui, cet aveuglement a été provoqué par deux facteurs: un problème d’éducation, « les journalistes ignorant l’histoire économique »; le fait que l’industrie de l’information est entrée dans l’ère du capitalisme financier. Elle est en quelque sorte embedded. De ce fait, les journalistes ne jouissent plus du recul nécessaire pour analyser correctement les données.

Le journalisme financier ne se résume pas à la seule analyse des données

Une analyse loin d’être partagée par les journalistes anglo-saxons. Alessandra Galloni glisse d’abord cette lapalissade: « Nous [journalistes] sommes aussi bons que nos sources le sont. »

« Le journaliste financier, analyse Adrian Michaels, est un sujet très technique. Je ne pense pas que l’absence de liberté soit une excuse suffisante ». Et il ajoute reprenant un point de vue politique, « l’analyse de ce qui s’est passé a été faite et les médias ont été à la tête du mouvement poussant à réformer le système bancaire.’

De son côté, Betty Wong rappelle que le journalisme financier ne se résume pas à la seule analyse des données. « Lors du scandale Enron, les responsables de l’entreprise racontaient qu’ils travaillaient 7 jours sur 7. Un journaliste est allé compter les voitures présentes sur le parking de la société pour voir qui travaillait réellement ».

Le lectorat des journaux financiers est très étroit

L’un des principaux problèmes du journalisme financier tient à son lectorat très étroit. « Peu de gens lisent les journaux économiques, remarque Adrian Michaels, et ceux qui les lisent le font par nécessité. Peut-être le grand public lira-t-il ponctuellement des articles sur Giorgio Armani, mais sur une base quotidienne, il ne le fera pas. » Le fait que ce soient principalement des traders qui lisent les informations financières introduit un biais, souligne Betty Wong: « Ils veulent savoir ce qui va se passer demain, ils sont intéressés par le short term. C’est pour cette raison que nous nous focalisons dessus. »

En même temps, souligne Betty Wong, le grand public a évolué. Nous n’avons plus à expliquer les basiques. Il y a quelques années encore qui savait ce qu’était le Nasquad ? Aujourd’hui, les déclarations de Ben Bernanke [le président de la Banque centrale américaine], peuvent faire la Une de la presse généraliste, ce n’était pas le cas pour son homologue de 1972! »

Une tendance à l’endogamie

Demeure la question de la formation des journalistes financiers. Sont-ils comme le revendique Massimo Mucchetti tombés dans cette forme très particulière de journalisme « par accident, alors qu’ils sont incultes dans ce domaine? ». Betty Wong relève deux traits caractéristiques. L’un est anecdotique, mais révélateur d’une forme de désintérêt de la part des étudiants en journalisme. « Je participais à une session à la CUNY [école de journalisme de New York], et j’ai demandé aux étudiants s’ils voulaient faire des blogs. Tous ont levé la main. En revanche, lorsque j’ai demandé s’il voulait faire du checking, personne ne s’est manifesté ». L’autre traduit une tendance à l’endogamie: « De plus en plus de traders deviennent journalistes financiers. Car disent-ils, le trading, c’est bien quand on est jeune… »

Le journalisme financier est pour l’instant affaire des médias traditionnels, qui sont peu confrontés à la concurrence des nouveaux médias, dans un domaine sensible, où courre toujours le risque de la désinformation. Par exemple, il y a peu de reprise d’informations de blogs, explique Betty Wong: « Nous produisons notre propre contenu, alors les blogs, oui, mais ils doivent être hyperspécialisés, tenus par des traders, des analystes, des universitaires. » La seule évolution importante tient aux commentaires et au feedback qu’ils procurent. « Aujourd’hui, des milliards de gens lisent votre ‘story‘ [c'est le cas pour une information diffusée par Reuters], et les commentaires permettent de corriger tout de suite, si une information est fausse. »

Le Festival de Journalisme de Pérouse

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