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Fraude organisée, socialisation des pertes, dérives collectivistes

Publié le 04 mai 2010 par H16

L’imagination humaine est sans bornes. Couplée aux principes de base de la catallaxie, le résultat est parfois plus que surprenant. Quand, de surcroît, l’innovation suscitée utilise les mécanismes d’assurance et de répartition de risque dans le cadre d’un marché entre personnes libres pour circonvenir les problèmes liés à un monopole public géré n’importe comment, on ne peut que goûter à l’ironie de la situation, surtout lorsqu’elle est située dans un pays où le collectivisme galope dans les esprits.

Oui, on peut le dire, tout ceci semble confus : de quoi parle-t-il ?

Je suis tombé, assez stupéfait, sur un article du Parisien détaillant l’existence de « mutuelles » officieuses destinées à rembourser les amendes de leurs membres dans les transports en commun.

Le principe, parfaitement illégal, est simplissime : un groupe de personnes paye, régulièrement – mensuellement ici – une somme forfaitaire faible (5 ou 7 euros, semble-t-il)  destinée à alimenter un pot commun. Chacun des participants peut alors, pendant le mois, frauder sans vergogne en voyageant sans ticket. Lorsqu’il se fait prendre, la « mutuelle » utilise le fonds commun pour rembourser l’amende.

L’existence de ces « mutuelles » démontre à l’envi que le marché (d’une assurance, ici) répond très bien à un problème : le coût des transports jugé inabordable par certains, et l’opportunité que constitue la faible fréquence des contrôles, ainsi que la modestie des amendes encourues.

Mais elle apporte surtout un éclairage particulier sur les dérives observées dans les transports en commun : nos zouaves fraudeurs profitent clairement de l’état avancé de déliquescence tant de la société en général que de l’Etat en particulier :

  • De la société, puisque la réprobation d’une telle conduite est plus que légère (il suffit de lire l’article pour s’en convaincre).
  • De l’Etat, quand on pense que tout ce système n’est rendu possible que parce que les sanctions pour fraudes sont très légères et la probabilité de se faire coincer plus que faible.

Le lecteur régulier connaît ma position sur les transports en commun : je n’en suis pas vraiment fan. Constatant en effet que plus l’Etat y met les doigts, plus leur organisation se pourrit, ces mutuelles de la fraude sont pour moi un nouvel avatar gluant et rigolo de la gestion calamiteuse des transports collectivisés.

Gluants, parce qu’il s’agit de fraude et que ces personnes se comportent en bons socialistes : ayant pris exemple sur l’Etat qui, surtout ces dernières années, n’arrête pas de collectiviser les pertes et de socialiser les dettes, les déficits et les trous, aux profits d’une petite caste, nos joyeux fraudeurs ont appliqué les recettes efficaces du Capitalisme Étatique à leur propre compte.

Les pertes d’exploitation représentées par l’absence de paiement de leurs tickets seront donc supportées par tous les autres passagers et surtout, tous les contribuables – même ceux qui ne prennent pas les transports en commun. Nos fraudeurs, par le truchement de ces habiles mutuelles, ont donc reporté la charge de leurs méfaits sur le reste de la société.

Le plus joli est l’excuse fournie : non contents de coûter aux autres, ils voudraient qu’à défaut d’officialiser leur démarche, on rende les transports gratuits : « Parce qu’au même titre que l’école, la santé nous affirmons que les transports en commun devraient être accessibles à toutes et tous sans distinction, donc gratuits. » En face, il n’y aurait plus alors que les contribuables, dindons multi-fourrés d’une farce qui s’étale maintenant depuis des décennies, puisque, rappelons-le, ce qui est gratuit en novlangue est ce qui est payé par tout le monde dans le patois local des gens de bon sens.

Gros vilain fraudeur

Rigolo, parce que ce faisant, ils utilisent tous les arguments socialo-centrés, solidaires, festifs, citoyens, plein de vivrensemble et de fraude bonne enfant consistant à taper avec le sourire dans le portefeuille du voisin.

Ils appliquent, sans vergogne et la bouche en cœur tous les procédés de « résistance citoyenne » et d’activisme politique que, justement, les socialistes et collectivistes de tous crins s’emploient régulièrement à vouloir mettre en place pour les solutions écolos, l’implication de la société à s’ouvrir au partage youpi youpi et autres fadaises éco-partageuse avec des bisous et de la solidarité gentille.

Autrement dit, ces mutuelles de la fraude constituent un exemple parfait de l’aboutissement auquel on peut s’attendre dans une société remplie de petits bobos effervescents, citoyens engagés dans le pillage guilleret et désinvolte des ressources publiques, comme une Tragédie des Communs poussée à son paroxysme, tout en cynisme et hypocrisie.

Parfaitement au courant de faire quelque chose d’illégal et de le favoriser, ils surfent habilement sur la résignation des pouvoirs publics qui adoubent presque la démarche !

Pensez-donc, même les syndicalistes – normalement sensé protéger leur entreprise qui, rappelons-le, nourrit les syndiqués qu’ils représentent – trouvent la démarche intéressante ! Ainsi, Philippe Touzet, délégué général SUD-RATP, déclare calmement :

« Ces pratiques peuvent être intéressantes pour provoquer le débat sur la gratuité, mais elles fragilisent le système. Parce qu’au bout de la chaîne, ne pas payer son ticket, cela veut dire moins de bus, alors qu’on est déjà en sous-capacité de transports.»

Bah oui : il faut plus de moyens (évidemment) et des transports gratuits payés par tout le monde, mais frauder fragilise le système, mais c’est une pratique intéressante et repassez-moi un peu de subventions par ici je vous prie.

Comme je le disais, le pathétique se dispute à l’amusant.

Pour ma part, mon opinion est faite : c’est à ce genre de petits signes, qui consacrent dans la plus parfaite indifférence voire l’enthousiasme des foules, des comportements normalement punissables, qu’on mesure le stade d’avachissement d’une société.

Ma conclusion est sèche, mais s’étaye tous les jours un peu plus avec ce genre de faits :

Ce pays est foutu.


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