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La police, l'omerta et les bavures

Publié le 04 mai 2010 par Bernard Girard
Le Nouvel Observateur fait état d'une nouvelle bavure policière : des jeunes se battent pour une affaire de cigarettes. L'un de ceux-ci est ivre. La police intervient frappe une première fois le jeune homme d'un coup de matraque, il s'enfuit, un policier le frappe une seconde fois, il tombe et tombe dans le coma. La scène a été filmée par des caméras de surveillance, ce qui évitera sans doute les mensonges des policiers, de celui qui a frappé et de ses collègues.
Affaire banale dont je ne parle que parce que je viens de lire un article de deux responsables de la police de Lausanne sur ces questions : Pierre Alain Raemy et Stéphanie Meylan (Changement culturel et organisationnel par le biais d'une approche éthique : l'exemple de la police municipale de Lausanne in Ethique publique, automne 2009). Article qui raconte les efforts de la police de Lausanne pour introduire un peu d'éthique dans les pratiques de ses membres et qui souligne une difficulté particulière à ces services :  comme tout service, la police est amenée à commettre des erreurs et des fautes qu'il faut corriger et sanctionner. Mais l'omerta est particulièrement puissante dans ce milieu : les policiers se protègent mutuellement, ils se protègent d'autant plus qu'ils exercent un métier où les erreurs et fautes ont des conséquences lourdes et graves (un coup de matraque en trop peut mettre comme dans le cas cité par le Nouvel Observateur dans le coma). Plus les sanctions des erreurs et fautes sont sévères, plus l'omerta est puissante. Faut-il alléger les sanctions en cas d'erreur ou de faute? ce serait sans doute la meilleure manière de faciliter les témoignages et de lutter contre l'omerta, comme le suggère Jean-François Malherbe, professeur d'éthique à l'université de Sherbrooke, auteur d'un livre sur l'éthique dans la police.
Mais renoncer autant que faire se peut aux sanctions ne va pas de soi pour deux motifs :
- cela amène d'abord à multiplier les signalements d'erreurs et de fautes qui dégradent l'image de services qui ont besoin pour fonctionner de manière satisfaisante et efficace de la confiance de la population. Qui ira dénoncer un crime ou témoigner à un service dont on lit chaque jour dans la presse qu'il travaille mal?
- cela conduit ensuite à une étrange conception de la justice où ceux qui sont chargés de faire respecter l'ordre seraient moins sanctionnés que le reste de la population.
Voilà un sujet de réflexion pour un prochain ministre de l'intérieur.

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