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Toujours l'AF447

Publié le 04 mai 2010 par Toulouseweb
Toujours  l’AF447Les recherches continuent, inlassablement, dans l’inquiétude

Il y aura bientôt un an que le vol Air France AF447 s’est abimé dans l’océan atlantique. L’A330-200 a été englouti, corps et âmes, mettant les familles des victimes, la compagnie aérienne, Airbus, les enquęteurs et toute la communauté de la sécurité aérienne dans l’embarras le plus profond. Il n’est pire scénario, en effet, que celui de l’accident inexpliqué.

Les rares informations disponibles, des dépouilles, quelques débris repęchés, ont permis d’avancer ŕ pas prudents jusqu’au moment oů il est apparu que, sans lecture des enregistreurs de vol, la plupart des questions resteraient sans réponse. Tout au plus dispose-t-on de données sur des disfonctionnements survenus pendant la phase finale du vol, de quoi mettre en cause les sondes anémométriques dont la défaillance est considérée, ŕ ce stade, comme une cause contributive de l’accident. Les experts du Bureau enquętes et analyses pour la sécurité de l’aviation civile (BEA) ont aussi déterminé que le biréacteur a touché la surface de l’eau ŕ l’horizontale, sans s’ętre brisé au cours de sa descente incontrôlée.

Le reste, pour l’instant, n’est qu’hypothčses et spéculation, dans un contexte d’autant plus difficile que le temps des rumeurs est venu, d’autant plus fort que les informations factuelles sont rares. D’oů l’énergie déployée pour tenter de retrouver l’épave et ses précieuses boîtes noires. Les recherches ont couvert les 2.800 kilomčtres carrés jugés les plus intéressants et une nouvelle campagne de recherches vient de débuter. Elle se terminera le 25 mai, date qui correspondra ŕ un rendez-vous délicat. Faudra-t-il alors choisir de s’obstiner ? Et comment ? Une double question qui, ŕ coup sűr, n’apportera que de mauvaises réponses.

On entend dire, ici et lŕ, qu’il serait Ťpréférableť que les enregistreurs ne soient pas retrouvés. Ils pourraient en effet révéler des vérités qui ne seraient pas bonnes ŕ dire sur la maničre de faire de l’équipage, elle-męme liée ŕ une formation qui ne serait pas suffisamment proche de la vraie vie opérationnelle d’un long-courrier traversant une zone météorologique sensible. On entend aussi qu’Airbus aurait tout intéręt ŕ l’absence d’explication, une affirmation non fondée en męme temps qu’inacceptable. Si le mystčre de l’AF447 reste entier, toutes les parties concernées seront condamnées ŕ vivre dans le doute et l’incompréhension. Un cas de figure qui n’est pas envisagé pour l’instant. Jean-Paul Troadec, directeur du BEA, vient d’ailleurs de répéter que le moment n’est pas venu de préparer le scénario de l’échec.

Il y a lŕ matičre ŕ débat. Un faux débat, ŕ vrai dire, dans la mesure oů il occulte un point essentiel, la volonté totale et absolue d’expliquer l’accident. A n’importe quel prix, si l’on ose dire, quelles que soient les erreurs, les faiblesses, les manquements qui pourraient ainsi ętre mis sur la place publique. En douter relčverait de la mauvaise foi et, surtout, indiquerait une ignorance regrettable, inexcusable, de l’état d’esprit propre aux enquęteurs, oů qu’ils soient, BEA, NTSB américain ou ailleurs.

La Fédération nationale des victimes d’accidents collectifs se dit solidaire et mobilisée. Des associations réunissant des familles, de part et d’autre de l’Atlantique Sud, sont parfois moins mesurées. On peut les comprendre parce que, pour elles, l’heure de l’impatience a sonné depuis plusieurs mois.

Quel que soit l’épilogue du dossier AF447, il faudra en tirer les leçons. La remarque, certes, peut paraître banale mais se justifie pleinement. Une fois pour toutes, il faudra répéter que la sécurité aérienne ne cesse de faire des progrčs, marteler qu’elle est pour l’essentiel placée sous la responsabilité d’experts au-dessus de tout soupçon, que les Ťcomplotsť qu’elle alimente réguličrement n’existent que dans l’imaginaire de leurs auteurs. Il faudra démontrer que la sécurité n’a rien de politique, qu’elle est tout au contraire exclusivement technique et opérationnelle.

On croyait passé le temps des fausses polémiques mais, malheureusement, il n’en est rien. C’est lŕ une raison de grande déception.

Pierre Sparaco-AeroMorning


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