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La nouvelle ère de l'économie intuitive

Publié le 03 décembre 2007 par Laurent Ballestra
Longtemps attribut d’une féminité irrationnelle, l’intuition est désormais reconnue comme l’une des clés de la créativité.
Les femmes possèderaient un sixième sens, admet-on communément, qui les rendrait plus sensibles et plus réceptives à leur entourage que les hommes. L’intuition, dite « féminine » est généralement décrite comme la faculté à écouter sa voix intérieure, tel un guide personnel. Elles sont d’ailleurs nombreuses à reconnaître s’être déjà fiées à cette « petite voix » lors de choix déterminants, que ce soit pour leur carrière professionnelle ou leur parcours personnel. En terme de psychologie, l’intuition est-elle prise au sérieux ? « Tout à fait ! », répond Francis Cholle, conseiller en entreprises, dans son ouvrage « L’intelligence intuitive, pour réussir autrement ». Elle est même identifiée comme « une forme d’écoute profonde, au-delà des mots et du mental, où l’intellect n’a plus de prise »… Mais les femmes en sont-elles vraiment les seules détentrices ?

Intuitives… par sexisme !

Soutenir que l’intuition est un don féminin relève d’une théorie qui prend sa source au XVIIe siècle, époque à laquelle les femmes se sont emparées du langage. Dans le frémissement de la Renaissance, elles tenaient salon, parlaient romans et composaient des rimes, le tout sans aucun enseignement rhétorique. Les cantonner dans cette capacité à communiquer et sentir le monde, tel un pouvoir quasi mystérieux, fut donc une stratégie masculine afin de les empêcher d’accéder au savoir rationnel et à la connaissance. Pour Pierre Boudieu, sociologue, réserver l’intuition à la gent féminine est même inséparable du rapport de soumission dans lequel elle s’inscrit. Francis Cholle renchérit : « L’intuition se trouve naturellement moins valorisée par notre culture patriarcale, malgré les progrès accomplis ces quarante dernières années ».

La part féminine de chacun

Justement, pour l’auteur, qui a passé douze ans aux États-Unis, cette qualité n’est pas uniquement réservée aux femmes : « Ce n’est pas son attribution à un genre plus qu’à un autre qui me semble porteur d’enseignements utiles, explique-t-il. Certaines femmes ont plus d’intuition que les hommes en matière relationnelle, alors que dans d’autres domaines, on trouvera peu de différences. En somme, elle est liée au caractère féminin de chacun. » Selon le principe, aujourd’hui bien connu, de l’anima (la partie féminine) et de l’animus (la partie masculine) de la personnalité de chaque être humain.

La reconnaissance, enfin ?

Heureusement, le monde et ses conceptions changent, même si des tabous subsistent autour de l’intelligence intuitive. Dans son ouvrage, Francis Cholle relate en effet une enquête surprenante, conduite à la Harvard Business School par le professeur Jagdish Parikh. Ce dernier a interrogé 13 000 cadres, qui ont expliqué que 80 % de leur succès provenaient de décisions prises par intuition. Seulement, les résultats de l’enquête ont aussi révélé que plus de 50 % d’entre eux n’étaient pas prêts à l’admettre ouvertement ! Mais, à l’heure de l’émergence de la Chine et de l’Inde, l’innovation des entreprises françaises passe par la créativité… et donc l’intuition. Certaines grands groupes français, comme l’Oréal ou Renault, l’ont compris et intègrent des formations internes expliquant les ressorts de l’intuition. Alors, la société de demain sera-t-elle prête à entrer dans l’ère de l’économie intuitive ? « Oui, dit Francis Cholle. De toute façon, elle n’a plus le choix. »

PAR STÉPHANE POCIDALO

Copyright : Photo Jupiter DR.

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