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L'esprit de famille sévit

Publié le 12 mai 2010 par Cetaitdemainorg

"L'esprit de famille a rendu l'homme carnivore", écrivait Picabia qui avait le sens de la formule. De fait, nous savons que Saturne aimait à dévorer ses enfants. Nous n'ignorons pas davantage que les crimes se déroulent souvent dans le secret des alcôves, derrière les persiennes closes de la rancoeur, de la jalousie, de la passion ajustée à la haine ordinaire.

Il y a, dans ce festin dont personne in fine ne réchappera, les dévoreurs et les dévorés. Le dévoreur, (ou la dévoreuse), y occupe une position centrale voire dominante.  Son verbe martèle haut et clair les vérités qu'il veut imposer. Drapé dans les faux plis d'une morale mal fagotée, il désigne à la vindicte l'individu hors du chemin. Si la victime, défendue contre toute attente par une partie de la famille, parvient à résister, il tombe le masque du commandeur et se transforme en corbeau. Il envoie des courriers anonymes et tente une énième mobilisation de ses troupes. Il ne sait pas encore qu'il commence à être lui-même dévoré. Un sang noir obscurcit sa conscience et ses mots sont les tisons de la pire abjection. Sombrera-t-il comme Lear dans une errance chimérique ? Son trône sera-t-il sa malédiction et que feront les survivants de ses ruines ? 

Mon Dieu, la littérature est pleine de naufrages familiaux où l'histoire ne peut plus s'écrire que dans la honte. Cassandre pleure comme elle n'a jamais pleuré. Son enfance pleure. Sa solitude pleure. Sa clairvoyance la terrasse. Elle connaît les serres d'airain du corbeau. Il sévira encore. Jusqu'à ronger son foie gangréné. 


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