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Texte de Patricia Laranco.

Par Ananda

METAMORPHOSE.

 

 

Une cour intérieure. Avec du linge qui sèche, en se gonflant, le long de cordes à linge tendues.

Avec un arbre. Un arbre. Un seul. A l’écorce sinueuse, tourmentée. Cloquée. Argentée de poussière. Au feuillage chétif, languissant.

Avec un vélo renversé, dont un gamin au ventre trop rond, trop proéminent prend un plaisir manifeste et bien enfantin à faire tourner la roue avant dressée, dirigée vers le ciel pâle.

Une cour intérieure.

L’ennui.

La poussière.

L’enfant aux pieds nus.

Un vent poussif qui, de temps à autre, arrive tout juste à se soulever.

Pour ma part, je ne fais que passer sur la pointe des pieds. Je traverse.

Il est hors de question que je m’attarde en ce lieu déroutant. Que je me laisse distraire par ce silence, qui parle de vautours, de charognes.

Le ciel sans nuage est un sifflement de silence continu, dévastateur. De silence apocalyptique, qui perce les conduits auditifs.

Mon regard, tout de même, croise celui de l’enfant. Mais il ne cille pas. Il a un masque impassible, presque boudeur, digne d’une grande personne.

Puis ses yeux profonds et noirs me jaugent sous des sourcils fournis, foncés…Ils me jaugent quasi sauvagement.

J’entends le bourdonnement d’une mouche. Je me demande d’où il peut provenir. Aucun insecte n’est en vue. Mais le bruit grandit, gagne en puissance. Il devient bientôt aussi monstrueux que le vacarme d’un hélicoptère, si monstrueux qu’il relègue au second plan le sifflement du ciel, pour prendre tous ses aises. Peut-être, au fond, me dis-je, est-ce le vacarme d’un hélico…mais non. Il faut en rester à l’évidence, mère de la certitude : ce son est reconnaissable, il est fort, mais c’est bel et bien celui d’une mouche. Je ne me trompe pas. Restons là-dessus…

Je continue de traverser. Voûtée. Sur la pointe des pieds. On dirait bien que je clopine.

Cette étrange constatation me vrille et, tout aussitôt, me pousse à baisser les yeux sur mes sandales. C’est alors que, manquant tomber à la renverse du coup, je constate que ce ne sont plus des pieds qui me transportent, mais des sabots de chèvre.

02/06/2008.

P.Laranco


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