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Ich liebe dich

Publié le 23 mai 2010 par Ruminances

Posté par Rémi Begouen le 23 mai 2010

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Aussi surprenant et invraisemblable que cela paraisse, j’apprends que la langue alsacienne (ne dites surtout pas ‘dialecte’, ‘patois’, ou ‘parler local d’allemand’ …) ne connaît pas l’équivalent du ‘Je t’aime’ ou du ‘Ich liebe dich’… !!!

On ne sait que trop que le ‘franc’ amoureux a déclaré à l’Alsace son ‘Je t’aime’, cependant que son jaloux ‘teuton’ lui déclarait son ‘Ich liebe dich’… Longue et tragique dispute qui explique peut-être (très peut-être) l’absence de l’équivalent, en langue locale, de la belle Alsace, on l’on s’aime tant, pourtant.

J’ai appris cela par hasard. Car le hasard veut (ah bon ? c’est qui c’lui là ?) que j’ai, en Bretagne, de bonnes relations amicales avec une alsacienne, ‘immigrée’ si l’on veut. Or, on le sait tous, il n’y a pas étanche frontière entre amitié et amour, surtout entre amis hétérosexuels des deux sexes. Donc, il m’arrive un moment de tendresse où je dis à l’amie ‘je t’aime’ – c’est grave docteur ?-, elle me répond ‘Je t’adore’ – c’est plus grave !… Puis on rigole et on ‘s’entre-psychanalyse’ gratis, quoi. Elle a son vécu, complexe comme le mien, si différent.  Nous avons en commun beaucoup de connaissances et de valeurs, soit ; et de subtiles différences de sensibilités, en plus de nos évidentes différences morphologiques, etc.

‘C’est pas que j’t’aime, mais y a de ça…’, chante récemment le merveilleux Jacques Higelin (à qui je dirais bien ‘je t’aime’). Il y a surtout des chansonnettes matraqueuses (‘Que je t’aime !’…) et autres matraques, du ‘roman de gare’ à ‘Paul et Virginie’ ou ‘Le grand Meaulnes’, et du pire au meilleur dans la pléthore des  ‘films d’amour’, etc.

Passons ? Non : Il y a Shakespeare… et moi, et elle. La vie. Nos pulsions et impulsions, désirs, freins.

Il y a l’immense misère sexuelle, parfois étudiée chez les travailleurs émigrés ou les militaires en opérations (2 variantes de ‘l’armée prolétarienne de réserve’ théorisée par Marx). Et ‘la vitrine’…

Sans doute à 95%, les publicités sont sexuées, axées sur la séduction féminine, parfois masculine, même pour un parpaing de ciment ou une déclaration d’impôt. On n’y échappe pas. Sexe = Fric.

Il reste le gratuit, le sourire d’entre inconnus et inconnues, comme on respire. Une seconde, avant que les ‘réflexes de bonne éducation’ – à multiples variantes – ne viennent mettre le ‘holà’… C’est la seconde seconde qui compte. Celle où le regard, puis le mot – bonjour ! – est plus fort, parfois, que le dit réflexe. Dans nos sociétés si policées (voire policières), c’est plus rare que dans des sociétés plus proches de la nature (provisoirement, vu l’appétit du capitalisme global)…

Il me souvient d’une anecdote, proche du ‘point sublime’ que cherchait André Breton, qui se situe au sud-est du Maroc, entre des dunes. Avec une amie, nous gambadions dans ce beau décor minéral et avions été attirés par un chant venu de nulle part. Puis nous l’avions repéré : ‘c’est par là !’… Nous avons pu ainsi assister à un concert – le mot n’est pas de trop – de deux lingères qui, en prime de leur invraisemblable travail de faire bouillir la lessiveuse avec des épineux, chantaient, chantaient… et étaient tout heureuses d’avoir ‘un public’ imprévu…

On est loin de l’Alsace ? Pas tant que cela : J’ignore comment on dit ‘Ich liebe dich’ dans la langue berbère de ces femmes, dont les chants, très vraisemblablement, devaient parler d’amour. Puisque l’amour n’a pas de frontières et toutes les langues. Donc, je t’aime, lingère marocaine et chômeuse alsacienne. Et puis tant d’autres…

Comme (presque ?) tout le monde masculin, j’ai fait l’amour avec des femmes que je n’aimais pas, et je n’ai pas fait l’amour avec des femmes que j’aimais. Passons les détails – cela prendrait des pages, pleines d’erreurs – et revenons à l’essentiel. Avec ou sans le mot de passe – ‘je t’aime’ -, je sais bien que (presque ?) tout le monde féminin a fait le symétrique du masculin.

L’essentiel reste. La domination sociale du sexe masculin, même bousculé – pas assez – par le féminisme récent. Car cette domination s’exerce fortement, par exemple, dans la presse genre ‘Femme Actuelle’ et bien d’autres domaines (salon de coiffure… sermon de curé… devoir d’éducation des enfants…). L’essentiel reste, aimer : aimer la nature, respecter sa complexité. Celle du brin d’herbe, du sourire ou de la grimace de la voisine, du voisin… On y passe sa vie ? Oui, mais c’est bien mieux que le délire de ‘dominer le monde’ pour le fric, et donc détruire le monde… sans que ce fric ne donne ni l’éternité ni l’amour.

Au fait, ‘l’alsacienne’, ich liebe dich, entre autres… lectrices et lecteurs de ce billet d’humeur.


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