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Interview de Philippe MENDIL, PDG de Cards Off

Publié le 25 mai 2010 par Sia Conseil

Interview de Philippe MENDIL, PDG de Cards Off En quelques mots, pouvez-vous nous présenter Cards Off ?

Cards Off est une entreprise française fondée par 5 associés en 2005, puis introduite en bourse en 2007. Cards Off conçoit, commercialise et exploite des solutions innovantes dans le domaine des transactions e-commerce.

Notre offre constitue une alternative originale au paiement par carte bancaire, plus rapide et plus sécurisée, intégrée par ailleurs avec l’ensemble de la chaîne logistique de livraison. Nos services sont pleinement opérationnels et accessibles à nos clients particuliers via une centaine de sites marchands affiliés aujourd’hui.

Par ailleurs Cards Off a reçu l’agrément d’établissement de paiement par l’ACP en avril 2010. A ce jour, Cards Off emploie 11 personnes.

Concrètement, comment se déroule une transaction réalisée avec Cards Off ?

Lors de leur inscription initiale à Cards Off, nos clients se voient remettre un login et un mot de passe unique, permettant de s’identifier sur l’ensemble des sites marchands affiliés. En échange, ils enregistrent leur(s) adresse(s) de livraison ainsi que le RIB du compte bancaire avec lequel ils souhaitent régler leurs futurs achats.

Une fois leur inscription validée, nos clients sélectionnent leurs achats sur le site de nos partenaires. C’est au moment de la validation du panier que Cards Off propose un parcours client innovant. A cette étape, un site classique propose généralement deux options : « identification » pour les clients existants et « enregistrement » pour les nouveaux clients. Nos sites partenaires proposent une nouvelle option : « commande avec Cards Off », amenant le client vers un processus de règlement et de livraison plus rapide, sécurisé et intégré.

Ainsi, après avoir saisi son login et son mot de passe Cards Off sur le site marchand, le client choisit directement l’adresse de livraison souhaitée (parmi celles déclarées à Cards Off qui apparaissent automatiquement), le mode d’expédition, puis le moyen de paiement. S’il choisit le paiement Cards Off, la transaction est directement effectuée sans qu’aucune autre saisie ne soit nécessaire. Le règlement s’effectue par prélèvement bancaire sur le compte du client, opération immédiatement confirmée par email et par SMS. Les fonds sont alors transférés et bloqués sur un compte au nom de Cards Off, qui attendra la bonne réception de la commande avant de payer le site marchand.

Notre solution comporte donc de multiples avantages. Tout d’abord, nous offrons un gain de temps estimé à 38% par rapport à un processus d’identification et de règlement classique, ce qui représente un atout majeur dans le cadre du e-commerce. Ensuite, les coordonnées bancaires et personnelles de nos clients sont uniquement stockées sur nos serveurs, qui présentent un dispositif de sécurité de très haut niveau, agréé par l’ACP. Enfin, nous sommes un tiers de confiance sur toute la chaîne logistique, car nous contrôlons la livraison effective du produit avant le virement des fonds.

Vous dites ne déclencher le paiement qu’à réception du bien par l’abonné. Comment procédez-vous à ce contrôle ?

Il existe plusieurs niveaux de contrôle. Pour les objets de faible ou moyenne valeur, Cards Off a interfacé son système d’information avec celui des principaux transporteurs tels que Coliposte afin de traquer l’état d’avancement de la livraison. Concernant les objets de plus grande valeur, Cards Off propose à ses abonnés un badge personnel nominatif muni d’une puce RFID. Celui-ci est scanné par le transporteur à la livraison au moyen de son PDA ; ce dispositif permet d’éviter toute erreur d’adressage ou de fraude, y compris au sein d’un même foyer. Dans tous les cas, l’ordre de virement du montant de la commande au vendeur n’est déclenché que lorsque cette confirmation a été reçue.

Quels sont les fondements de votre modèle économique ? Vous positionnez-vous comme concurrent des banques ?

Pas du tout. D’ailleurs, nous nous entendons très bien avec les banques. Par exemple, nous travaillons de concert avec elles pour réaliser les opérations de prélèvements clients et de virements partenaires. Autre exemple, notre activité d’établissement de paiement ne nous permettant pas de placer les fonds perçus sur nos « comptes de paiement », nous les laissons gérer à leur convenance les intérêts sur les montants générés par notre activité, ce qui constitue une ressource intéressante dans leurs activités d’intermédiation.

Notre modèle économique est avant tout fondé sur la relation avec nos clients et partenaires. Les particuliers souhaitant bénéficier du service Cards Off sur l’ensemble des sites affiliés souscrivent à un abonnement de 2 euros par an. Les professionnels signent un contrat d’affiliation et s’acquittent d’un abonnement mensuel ainsi que d’un pourcentage sur chaque transaction. Notre service est parfaitement rodé et le déploiement de notre plateforme sur le site de nos partenaires s’effectue en moins de 5 jours, à moindre coût. Cette rapidité constitue un véritable atout, car il est souvent long et coûteux de modifier l’existant lorsque l’on touche à ce type de systèmes. L’essentiel de la complexité du traitement de l’information est gérée directement chez Cards Off, ce qui représente une véritable valeur ajoutée pour nos partenaires.

Quel a été votre parcours pour obtenir l’agrément d’établissement de paiement introduit par la Directive européenne sur les Services de paiement (DSP) ?

Nous devons reconnaître que ne nous attendions pas à un tel degré d’exigence immédiat lorsque nous sommes arrivés à la Banque de France le matin du 4 novembre 2009. Mais notre service étant déjà pleinement opérationnel, nous n’avons pas été pris au dépourvu pour fournir les éléments demandés. En fin de procédure, notre dossier validé pesait plusieurs kilos, tant les procédures d’agrément sont exhaustives et poussées. Sécurité informatique, rapport de juristes, données financières, processus de gestion interne, anti-blanchiment, protection du consommateur… toutes les facettes de l’activité ont été passées au peigne fin par des équipes de spécialistes. La Banque de France dispose d’agents expérimentés pour tous les domaines concernés. L’ensemble du processus aura duré un peu moins de 6 mois et nous y avons travaillé énormément. Obtenir l’agrément d’établissement de paiement ne s’improvise pas, seuls les dossiers très solides ont leur chance de passer ces étapes.

Le projet Cards Off a été lancé en 2005, bien avant la parution de la DSP. Aviez-vous anticipé le contenu de la Directive ?

Pas en 2005 ! Le paiement n’étant pas la base de notre activité, nous ne pensions pas à l’époque avoir besoin d’un agrément spécifique. D’ailleurs, après avoir mûri notre projet en 2005, nous avons démontré dès avril 2006, que l’on pouvait effectuer des achats sur Internet sans carte bancaire ni transmission de données personnelles. Après le lancement d’un premier prototype en 2007, nous avons monté notre dossier d’introduction en bourse, qui nous a permis de lever 2,2 MEUR.

Ce n’est que le 13 novembre 2007, lors de la parution de la DSP, que nous nous sommes posé la question de la compatibilité de notre modèle avec celle-ci. Après sa lecture, nous avons jugé qu’elle permettrait une assise juridique et institutionnelle en accord avec le développement des activités de Cards Off ; cela a renforcé nos convictions. A partir de ce moment, nous avons tenu compte de ce cadre prudentiel pour poursuivre notre développement. Nous étions donc assez confiants concernant l’obtention du statut d’établissement de paiement.

Le lancement commercial effectif de Cards Off est intervenu en septembre 2009, puis a été interrompu à la demande de la Banque de France pendant la durée du processus d’agrément. Nous avons reçu la notification officielle de cet agrément le 14 avril 2010, sous réserve de trois conditions suspensives qui sont partiellement ou en cours d’être levées.

Quel va être selon vous l’engouement autour de ce nouveau statut à l’échelle française et européenne ?

Il y a effectivement de multiples opportunités pour venir se positionner sur le marché des moyens de paiement. Un certain nombre de candidats sont à prévoir, mais seuls les dossiers solides pourront passer, en France tout du moins. Car il semble que le niveau d’exigence soit variable d’un pays à l’autre. Par exemple, la liste d’établissements de paiement est déjà bien fournie au Royaume-Uni, ce qui laisse à penser que les procédures peuvent être plus légères dans ce pays à la réputation libérale. Ce point sera à surveiller, car des disparités entre états peuvent venir entraver la concurrence à l’échelle européenne. Ce point pourrait bien apparaître comme une limite non négligeable de la DSP.

Ainsi il pourrait être souhaitable de former un organisme européen chargé d’harmoniser les demandes d’agrément des établissements de paiement.

Pour conclure, quelles sont vos perspectives d’avenir ?

Cards Off entame maintenant sa phase d’exploitation commerciale. Nous avons la volonté de nous positionner en tant que leader sur le marché des paiements en ligne en apportant des solutions innovantes répondant à un besoin avéré. A ce titre, une extension de nos activités à l’international est parfaitement envisageable, d’autant que l’agrément d’établissement de paiement permet d’adresser tout pays de l’Union européenne.

Par ailleurs, nous développons d’autres projets originaux, dont certains tirent parti de certaines possibilités offertes par la Directive, que je ne peux pas encore vous dévoiler à ce stade. Nous prévoyons donc une forte croissance ainsi qu’une diversification de nos activités.

PARCOURS

Philippe Mendil est un spécialiste du marketing et des technologies de l’information. Après une expérience au début des années 90 chez General Electric Information Services où il a contribué à monter la communauté EDI automobile française, M. Mendil a exercé 4 ans au sein de META Group, société d’analyse rachetée par le Gartner Group. Il a ensuite occupé des fonctions de direction commerciale chez Cambridge, Technology Partners, Netigy, Multimedia Network Computer et iAnywhere (filiale de Sybase). En 2007, il a rejoint définitivement l’équipe Cards Off en tant que Président Directeur Général.


Sia Conseil


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