éd. Puf, collection Quadrige, 360 p.
A partir de 11,39 € sur Amazon.fr
Les éditions Puf fêtent Bergson à l’occasion du centenaire de l’Évolution créatrice. Ce diplomate français qui participa à la création de la société des nations fut aussi l’un des plus grands philosophes de sa génération. En 1900, Bergson publie Le rire, le Puf propose aujourd’hui une réédition critique de cette oeuvre, sous la direction du spécialiste Frédéric Worms. Deux autres livres sont réédités L’Évolution créatrice et L’Essai sur les données immédiates de la conscience.

Le Rire est sans doute le livre le plus lu de Bergson. Des générations de bacheliers en ont retenu cette citation "Le Rire est du mécanique plaqué sur du vivant". Dans la présentation de cette œuvre Frédéric Worms n’hésite pas à lancer que cette œuvre est elle-même plaquée mécaniquement sur Bergson. Il s’agit donc enfin d’entrer vraiment dans l’œuvre avec un appareil critique qui nous éclaire la richesse de la pensée de Bergson. Le philosophe donne au rire une portée morale et une signification métaphysique.
Il commence par observer trois éléments nécessaires à la compréhension du comique. Tout d’abord il montre qu’il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain que le rire « exige une certaine anesthésie du coeur » et « qu’il implique entre les rieurs une certaine complicité ». Partant de ces observations préliminaires, le philosophe énonce sa thèse, à savoir que le rire est une rupture dans le mouvement souple de la vie, l’introduction d’une raideur, une mécanique dans la vie qui est écoulement continu. Par là découlent des milliers d’effets comiques comme ce distrait qui au cours de sa marche fluide se prend un poteau.
L’art comique force les traits de la nature, note les pliures du visage, du caractère à la manière du caricaturiste. Ainsi le philosophe file son analyse en explorant les ressorts du comique de situation, mais aussi de mots. Le comique de langage consiste la encore à défier l’équilibre, l’écoulement en introduisant par exemple un terme absurde dans une formule banale ou bien un jeu sur le double sens. Bergson développe dans la troisième partie de son ouvrage le comique de caractère en insistant sur les enjeux moraux d’un rire qui pour vivre se nourrit de la tragédie.
Au final, le Rire de Bergson nous fait entendre en d’autres échos sonores notre propre rire, nous éclairant sur les mécanismes de notre condition humaine.
