Magazine Humeur

Afrique 50 ans d'indépendance : de la françafrique à la chinafrique ? 4/5

Publié le 29 mai 2010 par Marine8888

la-force-de-l-art-0349.jpg

L’indépendance reste virtuelle pour beaucoup d’Africains et d’une dépendance à l’autre les 17 pays africains ayant accédé à l’indépendance il y a cinquante ans font l’objet de pressions économiques et politiques qui les maintiennent  dans un système néocolonial à travers le contrôle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire internationale. L’économiste sénégalais Demba Moussa Dembele affirme qu’«il n’y a pas eu de véritable indépendance » ajoutant que «les leaders africains rebelles ont été éliminés, restent les dociles». Il prend l’exemple de la République démocratique du Congo, amenée à renégocier un contrat passé avec la Chine suite à la pression de ces deux institutions. Il n’hésite pas non plus à dénoncer la Françafrique qui même affaiblie, manifeste encore sa poigne, notamment au Sénégal.

Le journaliste Stephen Smith, qui enseigne aujourd’hui aux Etats-Unis, refuse ces analyses. «Houphouët-Boigny et les autres n’étaient pas des larbins. Le Sénégalais Abdoulaye Wade avait une marge de manœuvre quand il a pris le pouvoir en 2000. Qu’en a-t-il fait? Si on noie tout dans le mal universel et les théories du complot, on nie les différences, on enlève les possibilités d’agir.»

Pourtant les différences existent. Dans une Afrique à la traîne, le Botswana a connu une croissance moyenne annuelle de 10% depuis 1960 – mieux que certains «tigres» asiatiques – et une faible corruption grâce à des structures traditionnelles moins bousculées par le colonialisme. Mais les contre-pouvoirs internes peinent à se structurer pour contrer la forte corruption qui gangrène nombre d’états pétroliers ou miniers.

Selon Michel Beuret, coauteur deChinafrique,et Thierry Bangui, auteur deLa Chine, un nouveau partenaire de développement, les investissements chinois dans les infrastructures, plus massifs et efficaces que les européens, équivalent à une sorte de Plan Marshall qui a toujours fait défaut au continent. Une présence dynamisante selon eux mais qui n’est pas sans poser la question de savoir si Pékin, peu regardant sur les droits de l’homme, maintient les potentats corrompus au pouvoir.

Ce n’est pas aux ex-colons européens d’en juger, la Chine «n’est pas un bon samaritain, mais au moins elle discute d’égal à égal», relève Demba Moussa Dembele. Pour le sociologue Jean Ziegler, la Chine n’est qu’une «dictature capitaliste», tandis que Stephen Smith «voit avec tristesse la multiplication de l’offre aux dictateurs». Soumaïla Sunjata Koly, auteur d’un roman policier,Kalachnikov blues,qui a pour cadre les réseaux de Françafrique, pense que ces derniers se sont dissous dans un ensemble plus large, la mafiafrique. Il dénonce les achats massifs de terres pour des cultures d’exportation qui ne profitent pas à la population locale et risquent au contraire de l’affamer.

Dominique Ziglier, metteur en scène et auteur deN’Dongo prétend que la simple évocation de la responsabilité des dirigeants africains actuels relève d’une «dérive dangereuse» – «comme si on rendait les juifs coresponsables des crimes commis par les nazis» Il salue «la vitalité extraordinaire de la société civile africaine». Là serait peut-être leur indépendance !


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Marine8888 846 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines