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Vers une excision “light” ?

Publié le 30 mai 2010 par Juval @valerieCG

Je vous avais déjà parlé de l’excision et du magnifique travail opéré par Tostan dans des pays où c’est la tradition. Il est bien évident que dans ces pays là, l’approche est différente de la France et d’autres pays occidentaux ; l’interdiction pure et simple ne suffit pas et il faut expliquer encore et encore.

On aurait pu penser qu’en Occident - et en Australie - le problème était réglé ; non qu’il n’y ait pas d’excisions mais sur l’idée qu’on ne transige pas.
Il y a quelques jours, avant de se rétracter précipitamment, l’Académie Américaine de Pédiatrie, a proposé de pratiquer une légère entaille sur le clitoris des petites filles dont la famille souhaiterait l’excision. La crainte de l’académie était de voir les familles partir faire exciser leur fille dans leur pays d’origine, , si on leur refusait l’excision.

L’Australie et la Nouvelle-Zélande s’y mettent aussi.

L’excision est un acte symbolique consistant à introduire une enfant, une femme dans la société à laquelle elle appartient. A ce titre, c’est strictement comparable, ne vous en déplaise, à la circoncision chez les musulmans ou les juifs par exemple.

C’est ainsi, comme on l’a précédemment vu, qu’il a fallu beaucoup de temps à Tostan pour faire admettre les méfaits de l’excision. Certains étaient tout à fait convaincus des méfaits de cette mutilation mais ne savaient pas comment leur fille pourrait vivre dans sa société, sans être excisée. Lorsqu’on sait que sa fille, si elle n’est pas excisée, sera isolée de tous et toutes condamnée à une vie de paria il est difficile de faire un choix. Mais on parle ici de travaux et d’éducation faits au sein de villages qui excisent, on ne parle pas de populations immigrées, avec lesquelles il est difficile de travailler puisqu’elles sont disséminées et isolées.
Si vous savez que le village X excise vous y allez, vous travaillez et éduquez de façon collective. Si vous savez que potentiellement, la famille Machin, qui vient d’entrer aux USA, peut exciser ses filles, il est beaucoup plus difficile de travailler à leur faire abandonner cette pratique.

Vous me direz “il y a des lois ils n’ont qu’à les respecter“.
Certes. On sera tous bien contents de les mettre en prison une fois que la fille sera excisée, mais le mal sera fait.

Donc, comment faire face à des familles nouvellement arrivées (quoique je ne sais si, pour l’Australie, cette idée ne concerne pas aussi certaines populations aborigènes) ? Comment faire pour qu’elles n’excisent pas dans le pays d’origine si on refuse ici ?

La position des pédiatres consiste à conserver la symbolique potentielle de l”excision tout en minorant l’acte au maximum.
On constate au passage que pour beaucoup de populations, l’acte n’a plus beaucoup de symbolique, il est pratiqué parce que “c’est comme ca, les anciens le faisaient”. On sait donc dans ces cas là qu’il est d’autant plus difficile de faire abandonner une pratique.

En pratiquant cette entaille, même mineure, on continue à laisser entendre aux populations qui y croient, que le clitoris est un problème. Que faire, je n’ai pas la solution. Eduquer de façon massive et collective est compliqué et surtout très long. On sait qu’avant que les familles soient convaincues des méfaits de l’excision il faudra du temps. On sait que la famille Machin peut être convaincue, mais excisera quand même car elle veut marier sa fille à la famille  Truc, qui elle, est convaincue qu’il faut exciser. Je reste convaincue que la position des pédiatres est dangereuse car elle continue à faire perdurer l’idée que le clitoris peut être entaillé, mutilé ou que sais-je tant que cela se passe dans de bonnes conditions sanitaires.
Donc même s’il est évident que l’éducation est beaucoup plus longue, elle me semble la seule solution pour espérer, un jour, faire disparaitre cette pratique.


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