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15 ans de prison pour des tirs meurtiers à la Kalachnokov : Malheureusement le procès n'a pas permis de faire éclater la vérité.

Publié le 01 juin 2010 par Jenbproductions

Témoignage

Le procès de Médhi Baadache à la Cour d'Assises n° 1 du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Bobigny (Seine-Saint-Denis) vient de s'achever. Quatre jours d'audience lors desquels la Cour aura auditionné quelques 26 témoins.
Il vient d'être reconnu coupable du meurtre (homicide volontaire) de Prince Tamukwo, âgé de 20 ans, lors d'une fusillade à la kalachnikov le 18 mai 2007 sur la place de la gare de Noisy-le-Sec. Il a été condamné à 15 ans de réclusions criminelle.
- Le résumé des faits : lire ici
- La personnalité de l'accusé : lire ici
- Les premiers évènements à la gare, lire ici
- Le meurtre de Prince Tamukwo, lire ici
- Le Verdict, lire ici
Comme bon nombre, j'attendais beaucoup de ce procès pour enfin connaître la Vérité. Et plus que la peine elle-même, c'était avant tout cela que j'espérais au terme de quatre longues journées d'audience.
Alors qu'ai-je appris de façon certaine ?
    15 ans de prison pour des tirs meurtiers à la Kalachnokov : Malheureusement le procès n'a pas permis de faire éclater la vérité.

L'accusé

Je ne l'avais jamais vu et ne connaissais même pas son nom avant le premier jour du procès. De façon incontestable, la personnalité du mis en accusation est très concrête, même si cela est relativisé malgré tout par la subjectivité-même de la psychiatrie et l'étalement des dates d'expertises sur une période de trois années au cours desquels Médhi à eu un suivi et un traitement médical, donc forcément une amélioration de son état psychique.
Son comportement carcéral lui est favorable.
Toutefois, à la période des faits, nous sommes en présence d'un jeune adulte (29 ans), très désociabilité sur le plan familial, en échec professionnel suite à une scolarité tumultueuse, au caractère instable, impulsif, incapable de de projeter dans l'avenir, même si le psychiatre le considère comme normalement intelligent. Certes, il existe bien des troubles de la personnalité liés à l'enfance, mais il n'y a pas de pathologie psychiatrique. L'accusé est donc accessible à une sanction pénale.
A noter que le jour des faits, l'accusé est sous l'emprise de drogue et d'alcool à forts dosages depuis plusieurs jours. La cocaïne pouvant à la fois donner un sentiment de puissance et accentuer un état de paranoïa. Jusqu'alors, il faisait usage de ces toxiques mais de façon occasionnelle uniquement.
Le jeune homme qui est dans le box aura une une attitude prostrée durant tout le procès, à l'exception des moments où la Cour l'invite à s'exprimer : Ces phrases sont monocordes. Ses regrêts m'apparaissent plus être des excuses de circonstances.
Le déroulement des faits : Il manque 40 minutes
Les témoignages "visuels" sont incomplets, parfois contradictoires.  On arrive à retracer le déroulement de la journée, mais les différents mouvements tant de l'accusé que des différents groupes laissent des interrogations : les phasages, les nombres d'intervenants,...
Il est évident que bon nombre de témoins n'ont pas tout dit. L'un d'eux dira d'ailleurs " Je ne suis pas une donneuse, monsieur le Président ".
Le Légiste

C'est incontestable : Prince est décédé d'un fragment d'une seule balle. Pour ce qui semble être ce premier tir, l'accusé a tiré vers le bas, et la balle a ricoché puis s'est fragmentée avant d'atteindre la victime. Me Eric Dupond-Moretti, en charge de la défense, le souligne d'ailleurs fort bien dans sa plaidoirie : Peut-on qualifier d'homicide volontaire un tir par ricochet ?
La Balistique
Bien que l'on soit amené à visionner un modèle semblable, la Cour doit se prononcer sur une arme qui n'est pas celle utilisée le jour du drame (Elle n'a jamais été retrouvée). La pression sur la queue de détente, le maniement du sélecteur (sécurité / rafale / coup-par-coup) semble "dur" à manipuler.  Toutefois, le premier tir, mortel, est suivi de deux autres tirs, toujours en direction du groupe où se trouvait Prince, mais cette fois légèrement plus hauts : Deux impacts sont retrouvés dans l'axe dudit groupe, retrouvés fichés dans la façade d'un commerce, légèrement au dessus de la hauteur d'homme
Enfin, la rafale a été tirée du même endroit puisque les huit douilles percutées sont toutes regroupées en un même endroit. Cette rafale a été probablement tirée en l'air, soit " par gloriole " comme le dira un témoin, soit pour couvrir sa fuite.
Pour l'Avocat Général, il ne fait aucun doute que pour les trois premiers tirs, en coup par coup, le groupe de jeunes Noirs était bien visé par le tireur. Selon Me Francoise Mothes, l'intention de tuer est incontestable. Elle réclame 20 ans de réclusion.
L'enquête de Police et le Juge d'Instruction

Les enquêteurs auditionnés sont formels. S'ils ont réussi à avancer dans cette enquête c'est justement parce que c'est Prince qui a été touché. Au début, il ont démarré l'enquête sur des témoignages anonymes. Mais, le plus surprenant, ce qu' a souligné Me Dupond-Moretti à plusieurs reprises, c'est qu'un certain nombre de témoins importants n'ont pas été auditionnés par le Juge d'Instruction n'y même convoqués à la reconstitution. La Justice a même considéré que l'un d'eux était introuvable... alors qu'il était "sous main de justice" ... puisqu'incarcéré. Un comble !
Pour moi, dans mon "intime conviction" cette phase de l'enquête sous la direction du Juge d'Instruction n'est pas aussi complète qu'elle aurait dû l'être.
Pour les Jurés, dont deux auront été récusés en cours de procès par le Président, pour s'être entretenus trop longuement avec des proches de l'accusé, La Cour ne se sera finalement décidé que sur 40% de la Vérité, comme Héritier, frêre ainé de Prince l'aura clairement exprimé lors de l'audition des Parties civiles.
La Vérité n'a pas éclaté
C'est en cela que le procès est décevant. Finalement, on ne saura jamais à quel moment l'accusé entre en possession de l'arme. La version de Médhi est acadabrantesque et pourrait-même prêter à rire si l'évènement n'était aussi tragique. On ne saura donc pas officiellement s'il est entré en possession de l'arme dès son passage à la Boissière où seulement si on le lui a passé peu de temps avant les tirs à la gare.
De même, nous n'avons qu'un seul accusé dans le box, alors que dans mon "intime conviction" il a forcément bénéficié de complicités, y compris passives.
Enfin, même s'il nie formellement tout préjugé raciste, force est de constater que ce jour-là du moins, l'accusé ne s'est "pris la tête" qu'avec des personnes d'origine Noires-Africaines et a proféré des insultes racistes à plusieurs reprises.
Lorsque la Cour se retire pour délibérer, elle doit se prononcer sur la culpabilité : Médhi Baadache est-il coupable du meurtre (homicide volontaire) de Prince Tamukwo ? La Cour dispose du droit de requalifier les faits en homicide involontaire comme l'a suggéré la défense qui demande entre 8 et 12 ans de réclusion.
Le chef d'inculpation est "meurtre". Les facteurs agravants de "crime en bande organisée", "crime à caractère raciste" et surtout "crime prémédité" n'ont pas été retenus.
Mon "intime conviction"

Pour avoir suivi l'intégralité des audiences, après avoir pris 60 pages de notes, je pense que l'accusé avait l'intention de tuer. Il s'est armé ou a été armé dans l'après-midi, non dans le but de faire peur ou d'impressionner ses adversaires, mais bien pour tuer. C'est même un miracle qu'il n'y a pas eu plus de victimes.
Si j'avais été parmi le Jury dans cette Cour, j'aurais reconnu coupable de meurtre l'accusé.
Quant à la peine, ce fameux quantum, il ne représente au demeurant que 50% de la peine encourrue puisque le meurtre est punissable de 30 années de réclusion.
Les Parties Civiles
Je terminerai cet article sur les parties-Civiles et me dois d'insister sur l'exemplaire Dignité de la Famille de Prince pendant ces trois années. Une Dignité exceptionnelle qui ne peut qu'inspirer le Respect, le Respect, avec un "R" majuscule. Et je terminerai sur cette phrase prononcée par la maman de Prince en s'adressant à celui qui a ôté la vie de son fils :
« Je suis Chrétienne, je suis Evangéliste, je travaille pour le Seigneur. Je te pardonne »
Que rajouter de plus après une telle déclaration...
J'espère seulement qu'à l'issue de ce procès, la famille et les amis de Prince pourront achever cette période de deuil et aller de l'avant.
J'espère que l'accusé, qui a déjà fait trois ans de préventive, saura profiter de son incarcération pour poursuivre sa thérapie, saura avoir un comportement carcéral sans reproche et profitable à une réinsertion réussie, ce qu'il semble déjà avoir entrepris.

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Jean-Emmanuel Nicolau-Bergeret
1er juin 2010 - © JENB PRODUCTIONS
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