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Le scandale du Musée des Confluences de Lyon

Publié le 02 juin 2010 par Copeau @Contrepoints
Le scandale du Musée des Confluences de Lyon Les élus lyonnais s'occupent depuis 1999 d'un projet de musée baptisé Musée des Confluences (censé remplacer le musée Guimet d'Histoire Naturelle de Lyon) : celui-ci, même après plus de 85 millions d'euros dépensés, n'existe toujours pas.

L'association CANOL (Contribuables Actifs du Lyonnais) a constitué un dossier [1] sur le projet du Musée du Confluences de Lyon, détaillant les évènements liés à celui-ci (renommé pour l'occasion par ces enquêteurs citoyens la « la Folie Confluences ») ; il couvre la période 1999-2010, et risque très probablement de devoir être remis à jour plusieurs fois d'ici 2014 ou 2015. Ce dossier mérite à lui seul une lecture approfondie, tant il démontre de manière ahurissante l'incroyable niveau d'incompétence des élus français. Nous allons en résumer ici les principaux points.

Explosion du coût du chantier

Pour mémoire, la décision de lancer le chantier de ce musée date de 1999. Il s'agissait de transférer le Muséum d'Histoire Naturelle de Lyon, le Musée Guimet, dans un nouveau lieu, le Musée Confluences.

On passera sur les différentes péripéties administrativo-politiques liées à ce projet, et nous nous contenterons en première approche de ne détailler que les coûts de ce projet ; voici les principales dates [2] de la folie budgétaire de Confluences :

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17 juillet 2000 : 400 000 000 F (61 M€), soit 72 931 000 € TTC, hors aménagements extérieurs, abords et parkings
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30 juin 2006 : 152 934 956 €, soit 182 910 200 € TTC. Cette somme correspond seulement au coût du bâtiment, alors que le budget 2006, voté le 31 mars 2006, donc préalablement à cette délibération, indiquait déjà un total de 193,7 M€ !
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10 décembre 2007 : 161 774 631 €, soit 193.482.459 € TTC, alors que le budget supplémentaire 2007, voté le 20 juillet 2007, prévoyait déjà un montant total de dépenses de 197,7 M€.
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Au 31 décembre 2008, selon les comptes approuvés le 12 juin 2009, le budget du Musée s'élevait à 213.693.251 TTC, soit 178.673.000 € HT.

Comme le souligne la CANOL, les 178 M€ d'euros HT correspondent au budget additionnel du projet [3], tel que annoncés par le président du CG du Rhône Michel Mercier [4], le 04 septembre 2008. Or, d'après l'association, 85 M€HT ont été déjà dépensés. Ainsi, le budget prévisionnel total est passé de 60M€HT au début des années 2000, à 85 +178 = 263M€HT. Oui, vous avez bien lu, le budget prévisionnel HT pour l'achèvement du chantier du Musée Confluences de Lyon a pratiquement quintuplé en 10 ans, et sera, selon les estimations actuelles, livré en 2014 plutôt qu'en 2004 comme prévu initialement.

Ces coûts ont explosé sur une période relativement courte [5], ce qui tout de même oblige le contribuable à se poser quelques questions sur la capacité de planification et de prévision des élus et des fonctionnaires territoriaux de ce pays. C'est en soi un premier scandale.

Mais il y a bien plus grave encore : en réalité, malgré les sommes pharaoniques déjà engoulties, et celles à venir, ce musée n'existe toujours pas dans la réalité.

85 millions d'euros pour un musée qui n'existe pas

Vous avez bien lu : après 85 millions d'euros HT dépensés, pas la moindre pierre de ce bâtiment n'a été posée [6]. Une première visite au site web du Musée (qui lui, fort heureusement, existe tout de même) et notamment à sa section "Photos du chantier", montre que celui-ci n'est guère avancé, malgré le soin louable apporté par le photographe pour essayer de montrer le contraire. Une seconde visite, celle-ci à l'application Google Maps, montre une photo satellite du chantier (datant probablement de quelques mois, voir ci-dessous) et révèle ainsi sa vraie nature : un terrain vague sans aucune activité perceptible.
Agrandir le plan

Les raisons de ce retard ahurissant ou, devrions-nous écire, de ce non-démarrage du chantier tout court, résident dans les multiples bisbilles entre promoteurs, maître d'oeuvre, d'ouvrage, donneur d'ordre, etc., dont nous avons le secret en France. Presque tout le monde s'en est mélé : entreprise du bâtiment, conseil de l'ordre des architectes, etc.

Bref, quoiqu'il en soit, et quelle qu'en soit la raison, le fait majeur demeure : le Musée des Confluences, malgré les sommes englouties, n'existe toujours pas. Et cela constitue un deuxième scandale.

Et le Musée Guimet dans tout cela ?

Heureusement, se dit le lecteur, le chantier n'est peut-être pas très avancé, mais au moins les charmants petits gones [7] de la région peuvent profiter des collections du Museum d'Histoire Naturelle Guimet puisque ses collections n'ont pas été, encore, transférées dans les locaux du futur Musée Confluences (vu qu'il n'existe toujours pas). Malheureusement ce n'est pas le cas : le Museum Guimet a fermé ses portes en juillet 2007, et ses collections sont conservées depuis au Centre de Conservation et d'Etude des Collections (CCEC) [8] dans le 7ème arrondissement de Lyon, lieu bien évidemment fermé au public. Ces collections ne seront donc pas visibles du public avant 2014 [9], et ne l'auront pas été pendant pratiquement 10 ans [10].

Le Conseil Général innove en inventant les opérations où l'on perd le beurre, l'argent du beurre, et où la crémière ne sourit même plus, comme le contribuable d'ailleurs. On ferme un musée qui marche avec ses belles collections, on les soustrait aux yeux du public, et on se lance dans la construction d'un second musée qui ne voit toujours pas le jour, en dépensant une véritable fortune en vain, et enfin dont l'aspect extérieur, s'il était futuriste et avant-gardiste en 1999, risque d'être absolument ridicule pour un bâtiment neuf 15 ou 20 ans plus tard.

On a là un troisième, un quatrième, un cinquième scandale, tous dans le même dossier.

Pour finir, un article du Canard Enchaîné [11] s'est fait l'écho de toute cette affaire et relate deux éléments supplémentaires, ajoutant encore pour l'un au ridicule de la situation, pour l'autre à son cynisme :

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le directeur du Musée Confluences, le canadien Michel Côté, a jeté l'éponge le 11 mai dernier [12] et est retourné au Québec, ce qui n'augure rien de bon pour la suite ; en effet, pourquoi un directeur, nommé entre 1999 et 2010, après autant de péripéties et si près du but, démissionnerait juste avant la présentation du plan d'avancement du chantier par le CG du Rhône [13], si ce n'est parce qu'il n'y croit plus du tout ?
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un ancien responsable du CG du Rhône, cité par le Canard, affirme à propos du Musée Confluences que « S'il est construit, c'est un scandale. Si il ne l'est pas, c'est déjà un scandale. ». On ne pourrait mieux résumer l'état d'esprit des élus lyonnais, empêtrés dans une fuite en avant depuis une décennie, dépensant sans compter pour une gabegie absolument scandaleuse et, comme toujours, très peu médiatisée.

Si l'on résume : plus de 10 ans de retard, un budget multiplié par 5, 85 millions d'euros déjà envolé alors qu'on n'a toujours rien vu sorti de terre, un projet qui n'a plus de capitaine à son bord et qui est dans une pagaille inimaginable, des collections scientifiques soustraites aux yeux du public.... Toute la question est désormais de savoir si ce dossier va recéler d'autres surprises d'ici quelques mois, et on peut gager que oui.


[1] Voir version du dossier mise à jour au 04 mai 2010.

[2] Voir le dossier de l'association Canol, p37.

[3] Il ne s'agit pas de l'enveloppe budgétaire à date, mais un mélange entre le total du budget et les annonces de rallonge annuelles, ce qui compliqua le travail de la CANOL

[4] Egalement Ministre de l'Espace rural et de l'Aménagement du territoire depuis le 23 juin 2009

[5] Voir également le dossier de Contribuables Associés sur le sujet..

[6] Seules quelques fondations ont été creusées.

[7] Que l'auteur de ces lignes était lui-même il y a quelques années.

[8] Voir la FAQ du site web du Musée Confluences.

[9] En considérant l'hypothèse hasardeuse selon laquelle il n'y aura pas de retards supplémentaires d'ici là.

[10] Elles auront été montrées quelques fois dans d'autres musées, notamment à Toulouse.

[11] N°4675, mercredi 02 juin 2010, p4

[12] Voir Libération du 10 mai 2010.

[13] Le 18 mai 2010.


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