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Difficile devant de tels faits d’affirmer de manière péremptoire que Grossouvre s’est suicidé

Publié le 03 juin 2010 par Pierda

Suite du témoignage de Frédéric Laurent, journaliste, écrivain et ancien collaborateur de F. de Grossouvre :

Selon la version officielle, François s’est tiré une balle dans la tête dans son bureau de l’Élysée vers 19 heures, en usant de son arme personnelle, un Manurhin MR 73 « 357 magnum ». Les portes capitonnées auraient empêché que la détonation soit entendue, le corps est découvert, vers 20h par son chauffeur et garde du corps qui s’inquiétant de son retard est monté le chercher dans son bureau.

François gît dans son fauteuil. Il y a du sang partout, jusqu’au plafond. Le colonel Claude Kalfon, médecin militaire de l’Elysée, constate le décès. Le Président, qui dîne alors dans ses appartements privés, est informé immédiatement par Pierre Chassigneux, directeur du cabinet, François Mitterrand qui devait intervenir en direct à la télévision dans l’émission « Tous contre le sida », annule sa prestation. C’est la première fois dans l’histoire de la République qu’un collaborateur du chef de l’État se donne la mort au palais de l’Elysée. Un vent de panique souffle: ne faudrait-il pas transporter le défunt dans son appartement du Quai Branly ? Trop tard. Il y a des témoins et si une « exfiltration » était découverte, ses conséquences seraient désastreuses. La police judiciaire est prévenue. Les légistes, de conserve avec le colonel Kalfon, établissent un certificat de décès. Seule la thèse du suicide est retenue.

Après enquête préliminaire, le parquet ne juge pas nécessaire d’ouvrir une information judiciaire. En conséquence, aucune reconstitution ne sera réalisée. Une question reste toutefois pendante : la détonation d’un « 357 magnum » est bien plus sonore que le bruit provoqué par un bouchon de champagne, elle correspond à la puissance de 164 décibels, autant qu’un coup de tonnerre !

Comment se peut-il que personne ne l’ait entendu ? L’huissier, présent à l’étage, a l’habitude de quitter son service à 19 heures. On peut donc penser qu’il n’était plus à son poste, mais, entre 19 et 20 heures, du personnel est encore présent dans les bureaux et les couloirs de la présidence. Et particulièrement ce soir du 7 avril où François Mitterrand devait s’exprimer devant les caméras des télévisions ! Si les portes capitonnées suffisaient à garantir la discrétion de conversations feutrées, ceux qui alors connaissaient les lieux savent que lorsque Grossouvre haussait la voix, on l’entendait distinctement dans le couloir…

Car contrairement à ce qui est soutenu aujourd’hui, le bureau de Grossouvre ne fut jamais capitonné et encore moins ses murs. Seule la porte d’entrée de son bureau à double battant était calfeutrée et sans grande efficacité… Elle ne pouvait guère atténuer la déflagration d’un « 357 magnum ».

En outre, le bureau donnant sur l’avenue de Marigny, la fenêtre ne disposait pas de double vitrage. Il est donc étrange que personne sur le moment n’ait entendu de coup le feu ; ni d’éventuels passants, ni le gendarme de faction au pied de cette fenêtre, même si la rue est parfois bruyante à cette heure. Enfin, dans le bureau situé juste en dessous, le haut fonctionnaire, présent au moment de la mort de Grossouvre, n’a rien entendu lui aussi ?

Ce n’est que des années plus tard, qu’un des gardes du corps de François Mitterrand prétendra dans des mémoires avoir entendu une déflagration. Mais, pourquoi avoir attendu dix ans pour en témoigner ?

Il faut dire aussi que ce suicide apparaît bien soudain. Le midi même, François de Grossouvre avait déjeuné en compagnie de son fils aîné Patrick, lequel n’a remarqué aucune agitation chez son père, rien ne laissant présager une telle fin. Par ailleurs, le conseiller de l’Elysée devait dîner le soir même avec George Rawiri, président du Sénat du Gabon, un proche d’Omar Bongo. Non seulement, François de Grossouvre n’avait pas décommandé ce rendez-vous, mais au contraire, vers 18 heures il avait fait courtoisement livrer des fleurs à l’épouse du sénateur gabonais avec un petit mot : “ "Je me réjouis d’être avec vous ce soir” ".

Difficile devant de tels faits d’affirmer de manière péremptoire que Grossouvre s’est suicidé, sans que le moindre doute ne subsiste ?

La question tourmente les proches. Un faisceau d’éléments troublants inquiète. Le témoignage de Patrick de Grossouvre va peser. Il a vu le corps de son père, a pu consulter les procès-verbaux. «Le rapport de police qui liste le mobilier du bureau de mon père omet de mentionner le coffre-fort où il rangeait les notes qu’il adressait à Mitterrand, observe-t-il. Aucune expertise balistique n’a été effectuée et l’on ne sait pas si la balle qui s’est logée dans le plafond a bien été tirée par l’arme de mon père. De plus le rapport d’autopsie précise que le corps présentait “ "une luxation avant de l’épaule gauche et une ecchymose à la face” ". Or mon père n’est pas tombé à terre, il a été retrouvé assis dans son fauteuil. Pourtant le rapport précise que la luxation doit être la conséquence du tir. Quant à moi, je ne me l’explique pas. Par contre un médecin légiste me dira que ce genre de trace est souvent la conséquence d’une torsion arrière du bras. »

Aurait-on abattu le conseiller avec un silencieux ou de quelque autre manière ?

Frédéric Laurent, auteur de “ "Le cabinet noir, avec François de Grossouvre au coeur de l’Elysée  de Mitterrand” ", Editions Albin Michel – 2006

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