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Pour ou contre la constante macabre ?

Publié le 04 juin 2010 par Sampieru
Pour ou contre la constante macabre ?Au moment où je termine mes corrections annuelles j’apprends que les 3 plus grandes fédérations de parents d’élèves demandent officiellement la fin de la notation. Mince ! Si j’avais su, … De fait, malgré mon volontarisme sans borne pour les méthodes actives pour la formation des adultes, j’ai conservé le goût pour la domination que fait naître le cours magistral, et je cède ainsi régulièrement à la tentation de me prendre pour le savoir plutôt que de le construire avec ceux qui le cherche. Et, au bout de la logique, je convoque l’évaluation sommative, car il faut une note. Je ne devrais pas l’avouer, mais je n’y crois plus. Mais voilà, il faut une note, et ils la réclament en plus ! Le système permet-il une autre évaluation ?On lit majoritairement que supprimer les notes revient à supprimer l’évaluation, priver les élèves des repères nécessaires à leur progression. Mon expérience de la formation me permet de soulager ces craintes. Il existe bien des moyens de repérer les compétences, dans le cadre de leur construction ou en fin de parcours pour les valider. Le système des VAE et VES est d’ailleurs édifiant de pertinence, … et de complexité. Le problème doit donc être ailleurs. Peut-être, encore une fois, dans le rôle que tient l’évaluation scolaire au-delà des murs de l’école, que ce soit au pied du sapin de Noël ou au moment de (con)quérir son premier emploi.
Je mettrai donc cette hypothétique suppression des notes en perspective avec les enjeux d’un recrutement. Je crois d’ailleurs que je vais arrêter de demander des CV. Ils vont suivre le même chemin que les lettres de motivation, pathétique exercice de mise en scène où l’on flatte l’égo du recruteur en masquant des défauts qu’un simple entretien téléphonique pourrait trahir. Qu’est-ce donc qu’un CV sinon une photographie du parcours scolaire d’un jeune candidat, ou du parcours professionnel chaotique d’un plus ancien ? Alors, pourquoi recruter sur le passé ? Recruter, c’est un acte ambitieux, c’est un projet. Mais il faut bien un repère. La valeur de la personne, mesurée à l’aune du projet de l’entreprise et de sa capacité à s’y engager ? C’est tellement plus simple de prendre un CV, d’écarter ceux qui n’ont pas d’expérience, de privilégier telle formation reçue dans telle école, …
Lorsque Antibi dans ‘La constante macabre’ avait révolté le bon peuple en expliquant que le système de notation était faussé par des facteurs extérieurs (parents, équipe enseignante, …) qui rendait nécessaire l’instauration de 3 grandes masses dans la classe : les bons, les moyens et les mauvais. Si tous réussissent, c’est que le contrôle est trop facile, ou que l’enseignant n’est pas assez exigeant, ce qui a pour conséquence de le disqualifier, et ses élèves avec. A l’opposé, dans ‘La fabrique du crétin’, Brighelli dénonçait cette vision démagogique de la notation (« avoir zéro, ce n'est pas être un zéro »), la défendant comme une incitation à faire mieux, un ‘flash’ lui permettant de se situer. Oui, mais se situer où ? Dès lors, la suppression de la notation au profit de nouvelles méthodes d’évaluation pourrait alors devenir un moyen de briser certains modèles et de donner une chance aux élèves d’exister autrement que par l’équation savante des moyennes de leur livret scolaire. Mais l’obtention des diplômes serait sans doute plus difficile, sauf à conserver la notion de moyenne, une vision de la vie qui n’existe qu’à l’école. Dans la vie professionnelle, on est capable ou on ne l’est pas. Il n’y a pas d’entre deux.
Restera la question du rôle de l’envie d’être le meilleur comme moteur de développement humain et social. On en reparle ?
Pour aller plus loin :
J-P. Brighelli, Macabre
A. Antibi, Mouvement contre la constante macabre
Veille-éducation : Et maintenant ils veulent supprimer les notes à l'école!

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