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La leçon de science de Grigori Perelman

Publié le 08 juin 2010 par Monthubert

Aujourd’hui s’ouvre à Paris une conférence singulière. Le thème : la démonstration de la conjecture de Poincaré, un problème centenaire qui a mobilisé des centaines ou milliers de mathématiciens, et qui a été résolu par un mathématicien russe du nom de Grigori Perelman. Un problème classé par une fondation américaine parmi les 7 problèmes du millénaire, dont la résolution vaut à son auteur un prix d’un million de dollars. Perelman a aussi « reçu » la Médaille Fields, le prix le plus prestigieux des mathématiques, pour ce travail. Mais pour Perelman, les mathématiques ne peuvent se traduire ainsi en prix et récompenses. C’est ainsi qu’il a refusé de se rendre au congrès international des mathématiciens pour recevoir la médaille Fields, et qu’il a aussi refusé jusqu’à aujourd’hui le prix Clay. Michel Broué, ancien directeur de l’Institut Henri Poincaré dans lequel se déroule la conférence d’aujourd’hui,  en parle particulièrement bien au micro de Sophie Becherel sur France Inter, dénonçant la « pourriture financière et commerciale » dont les mathématiques étaient jusqu’à présent protégées :

France Inter, le journal de 07h, 8 juin 2010

Si Perelman est absent du colloque sur ses travaux, c’est pourtant une belle leçon de science qu’il nous livre. Une leçon que le mathématicien russe Anatoly Vershik avait tirée déjà il y a quelques années, sur le lien absurde  et malsain entre science et récompense monétaire.  Certes il faut se garder de généraliser à partir d’un cas très particulier, mais il montre bien à quel point la volonté de Valérie Pécresse de monétariser la science, d’individualiser son fonctionnement, de confondre quête de vérité et quête du profit est une absurdité. Toute sa politique salariale est fondée sur le fait de distribuer des primes de performance, comme la Prime d’Excellence Scientifique (PES), dont j’ai déjà parlé. Cette logique continue de susciter l’hostilité de nombreux chercheurs, qui sont choqués, à juste titre, que la direction du CNRS ait pris la décision d’octroyer cette prime à 660 des 11 000 chercheurs. Une pétition a été lancée qui a déjà recueilli plus de 4 000 signatures. Sauvons la Recherche met à disposition une lettre-type motivant le refus de candidater pour cette prime, qui rappelle les motions votées par diverses instances scientifiques.

Il ne faudrait pas pour autant en tirer la conclusion que les chercheurs sont hostiles à toute différenciation salariale. Les statuts prévoient des évolutions de carrière variées, avec plusieurs grades, des avancées de carrière plus ou moins rapides. La revalorisation salariale doit s’effectuer dans ce cadre, et pas dans la mise en place de procédés fondés sur un ultra-élitisme hors de propos, dont Perelman nous indique à sa façon l’inanité.


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