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Dubaï

Publié le 08 juin 2010 par Toulouseweb
DubaïEmirates n’a visiblement pas fini de nous étonner.
Trente-deux Airbus A380 supplémentaires, d’une valeur de 11,5 milliards de dollars ! Emirates a créé la surprise en annonçant au salon de l’aéronautique de Berlin cette méga commande, laquelle porte ŕ 90 le nombre d’appareils commandés par la compagnie de Dubaď, dont dix lui ont été livrés jusqu’ŕ présent. S’y ajouteront au fil des années non moins de soixante-dix A350XWB et une poignée de Boeing, comme s’il s’agissait de nous dire, encore et encore, que les statistiques de trafic vont monter jusqu’au ciel, que la Ť6e libertéť du transport aérien, celle qui consiste ŕ prendre ailleurs passagers et conteneurs de fret que l’on n’a pas chez soi, permet de croître ŕ l’infini.
Il n’est plus question d’en sourire, pas męme de mettre en doute cette stratégie, dans la mesure oů, de toute évidence, elle fonctionne. Au cours de l’année fiscale 2009/2010, Emirates a transporté 27,5 millions de passagers et 1,6 million de tonnes de fret, résultat d’une croissance ŕ deux chiffres maintenue contre vents et marées, en pleine récession mondiale. Mieux encore, elle a dégagé un bénéfice de 964 millions de dollars alors que l’industrie des transports aériens tout entičre se débattait dans un contexte de surcapacité, de recettes en berne, de problčmes financiers inextricables.
Face ŕ ce résultat, force est de constater que le modčle économique du Ťhubť planétaire fonctionne, ŕ condition de disposer d’un réseau bien équilibré et d’offrir un service de haut de gamme. Emirates dessert actuellement 100 destinations dans 60 pays, son image commerciale est excellente et les seuls ŕ en dire du mal sont ses principaux concurrents. Il y a lŕ une forme de génie, semble-t-il, qui repose sur une équipe stable et de grande qualité, au sommet de laquelle trône le tout puissant Sheikh Ahmed Bin Saeed Al-Maktoum. L’homme clef est Anglais, Tim Clark, directeur général, constamment en premičre ligne.
C’est d’ailleurs lui qui se charge de répondre aux interrogations, ŕ l’incompréhension, ŕ la méfiance qu’expriment réguličrement des dirigeants de compagnies Ťtraditionnellesť, généralement ex-nationales. Jean-Cyril Spinetta, président d’Air France-KLM, ŕ plus d’une reprise, s’est interrogé publiquement sur une éventuelle face cachée d’Emirates. Nombreux sont les observateurs qui ont en mémoire son attaque en rčgle, pleine de méfiance, lancée il y a quelques années au cours d’un mémorable Cannes Airlines Forum. Tim Clark, dčs le lendemain, avait répondu avec flegme qu’Emirates n’a rien ŕ cacher.
C’est d’ailleurs un cas d’école dans la mesure oů la compagnie de Dubaď est ŕ 100% étatique mais est menée (de main de maître) comme la plus privée des entreprises. Elle a appris ŕ contrer les attaques dirigées contre elle, ŕ écarter les allusions ŕ des subventions cachées, ŕ un supposé traitement de faveur de compagnies pétroličres moyen-orientales. Tout cela relčve du mythe pur est simple, rétorque l’état-major d’Emirates. Lequel prend un malin plaisir ŕ dresser l’inventaire des aides étatiques généreuses attribuées par exemple ŕ Air France, Aer Lingus, Alitalia, Olympic Airways, Japan Airlines et beaucoup d’autres.
Cherchant ŕ élargir le débat et ŕ le rendre moins passionnel, Tim Clark et sa garde rapprochée avancent des arguments qui sont rarement évoqués en Europe. Ainsi, disent-ils en substance, Emirates est moins omniprésente ŕ Dubaď (avec 47% des passagers qui y sont traités) que ne l’est Air France ŕ Paris-CDG, Lufthansa ŕ Francfort et ŕ Munich, etc. En d’autres termes, c’est la Ville-Emirat, au cœur des Emirats arabes unis, et non pas la seule compagnie aérienne, qui vit un miracle économique.
Le taux de croissance de Dubaď est plus soutenu que celui enregistré par la Chine et l’Inde et son économie s’est remarquablement dégagée de l’emprise pétroličre en un temps record. La partie hors pétrole du PIB est en effet passée de 46 ŕ 95% depuis 1975.
Emirates est portée par cette situation exceptionnelle. Si elle arrive ŕ poursuivre cette expansion dans la durée, un jour, elle pourrait devenir la plus grande compagnie aérienne du monde. Dčs lors, il est tout simplement Ťnormalť qu’elle achčte des A380 par dizaines… En revanche, pour Airbus, cela fait beaucoup d’œufs dans le męme panier.
Pierre Sparaco - AeroMorning

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